Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Gustavo Diaz Sosa

Gustavo Diaz Sosa : le site


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VERTIGE ET HANTISE DE L’IMAGE : GUSTAVO DIAZ SOSA

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

courtoisie Galerie Concha de Nazelle
gustavo diaz sosaGustavo Diaz Sosa
Galerie Concha de Nazelle - 5, rue du Puits Vert,  31000 Toulouse .

Dans l’œuvre du jeune peinte cubain Gustavo Diaz Sosa s’émettent la volonté  d'un achèvement impossible et en même temps la puissance de contrecarrer la disparition d’une existence profonde.  Cette approche générée par littérature fantastique, le cinéma muet, l’expressionniste allemand, la photographie noir et blanc,  quoique  théâtrale, exclut le baroque. Elle est plus proche d’un Giacometti que d’une germination sud-américaine. Une simple chaise peut parfois servir de personnage. Celui qui ne sait pas la regarder ne l'approchera jamais, jamais ne la rencontrera.  Peu importe que l'artiste donne ou non à cet objet le sens d'une liaison, d'une assise. Il s’agit  surtout de créer par l’anodin un paradoxal changement de décor. La chaise semble placée entre le cristal et la fumée, entre l'ordre et le désordre.

Le mot “ risque ” se glisse dans de telles images. Elles deviennent le lieu naturel d’exploration des exploitations humaines. Chaque œuvre est un éboulis et une muraille d’énigmes volontairement soustraits au monde médiatique et à ses manipulations. Aimable ou non (ce n'est pas le propos) le travail de Diaz Sosa dans ses volontaires brouillages de lignes fait bouger le monde. Paradoxalement l’intime y infuse sans cesse. Le secret en est l’effusion sous divers instances mais toujours sous formes de symptômes.  En conséquence demeure perpétuellement  le « chant du sujet » lancé sourdement ou de manière tonitruante. Contre la détresse du monde tel qu'il est et face à sa confusion l'artiste nous montre que nous ne jouissons que dans l'inconfort, la rareté, l'incertitude. Sa technique elle-même  illustre cette sensation d'étrangeté et d'approximation. Elle provoque un saut dans le vide.

L’œuvre tente de sortir de la suffocation et de la terreur de toutes les idéologies. Elle crée de la déchirure et de l’hémorragie pour conjurer le sens qui nous échappe. Gustavo Diaz Sosa  décime nos chimères. Son œuvre devient l'injonction plastique afin de ne plus sacrifier aux illusions des images institutionnalisées et aux arpèges de crooners plastiques qui nous bradent et soldent leurs ersatz. L'artiste en balaie la poussière par ses ellipses et laps. Son univers devient un partout et un nulle part. Peu à peu la vie exulte drôle d'absurde au milieu des impossibles et au sein d'une sorte de vertige.

Il  ne s’agit plus de  penser le monde comme une fable brisée. Il faut partir pour l’existence. En faire son issue en d'imprévisibles abords.  Aller un peu plus loin que l’endroit où nous regardons. Redevenir voyants grâce à des images volontairement et essentiellement « mal » posées.  Les abrasions des quintessences de l’artiste dérangent notre façon de voir le monde et de le penser. Ne demeure  que des lacunes de lieux et d'objets afin d’éprouver le contact et la distance comme s’il s’agissait d’un courant d’  “ air ”, d’un souffle de vent si lourd que l’atmosphère prend une densité de plomb. Demeure ce crépuscule où l’artiste nous égare. Nous ne pouvons évaluer notre position dans ses espaces, nous nous sentons perdus, dérobés au monde “ objectif ” et à nous-mêmes.  N’est-ce pas là le seul “ sentir ” : celui qui prend le corps, l’ouvre comme écrin à hantises ?

 

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.

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