Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Peter Downsbrough

Peter Downsbrough

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D’UN MINIMALISME ABSOLU

par Jean-Paul Gavard-Perret

 


Peter Downsbrough est né en 1940 à New Brunswick (USA). Architecte de formation, il élabore depuis les années 60 un questionnement sur l’espace urbain, en une épure minimaliste faite de photographies, de vidéos, et de discrètes et puissantes interventions dans l'espace public. Entre écriture et sculpture, les œuvres de Downsbrough sont faites de jeux de barres horizontales et verticales, sur lesquelles se greffent des mots isolés, comme le fragment d’un discours amorcé, interrompu, et/ou à compléter. Par exemple dans une sculpture murale intitulée  un vocabulaire plastique minimaliste limité à la ligne droite et au texte. Il associe l'élément graphique au mot pour jouer avec les contradictions. Le mot « unité », élément cl é de l’ensemble, est dissocié en deux parties. Et s'oppose à sa définition sémantique. L'œuvre elle-même n'est pas visible par le spectateur dans son unité. Lorsqu'il s'éloigne du mur, il ne distingue pas les lettres D et E. Lorsqu'il se rapproche du bâtiment, un obstacle (le panneau d'une agence) l'empêche de voir la partie inférieure de l'œuvre.
Downsbrough partage son temps ente New-York et Bruxelles. Dans cette ville il a rencontré deux artistes d’une autre génération et d’un autre art : Benjamin Franklin et Xavier Garcia-Bardon  musiciens de « Buffle » collectif pop-punk-trance bruxellois. De cette collaboration surgit le CD le plus étrange de l’année ! Le plasticien et les deux musiciens  imposent un univers libre, affranchi de toutes conventions spatio-temporelle. Ce travail sonore est construit sur une écriture délibérément maigre, mais lancinante.  Le texte fait jaillir surtout des silences, une violence sourde.  Dans les interstices de cette parole rare ponctuée de jeux de barres sonores la fascination opère. Tout est en esquisse et tension. La dramaturgie repose sur des variations infimes parfois à peine  perceptible au sein d’une fragilité.

« And That » devient  forme suspendue, étirée dans le temps. Le minimalisme reprend là tout son sens. Plus que répétition il glisse de l’épure au presque effacement. Il donne à la musique comme à l’existence tout son sens en reposant la question même de la disparition. Il  fait écho à ce qu’elle est au plus profond. Elle se déplie assurée de sa lancée. Elle n’a charge que d’exister au plus intime de cette musique en creux. Insidieux, comme invisible er envahissant avec ses façons allusives «  And That" travaille le silence, fait partager l’impondérable chair de l’air parce qu’il est forgé dans la nimbe et non sur l'enclume.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.

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