Artistes de référence

Marie Ducaté

Marie Ducaté

"Tout ce que je fais, je le fais en tant que peintre. Les objets, mes sculptures ou mes céramiques, je les crée en tant que peintre. Je suis définitivement amoureuse de la peinture, c'est mon regard de peintre qui est la source de cet ensemble. Le regard d'un peintre n'est pas le regard d'un photographe, d'un designer ou d'un architecte. Je pense que les peintres ont une utilisation de la couleur et de la matière qui induit un regard proche du regard des poètes. Je suis loin du réel quand je peins : la finalité que je poursuis, c'est une transfiguration... "

Marie Ducaté : le site

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Traité des couleurs
de Libero Zuppiroli et Marie-Noelle Bussac

Le monde des couleurs a toujours éveillé la curiosité de l'homme, tant par sa diversité et sa complexité que par son contenu émotionnel. Depuis des siècles, artistes, artisans, scientifiques et philosophes s'interrogent, chacun à sa manière, sur la mature des couleurs et sur les moyens à mettre en oeuvre afin de s'en servir, de les reproduire ou de les mesurer. Du désir de mieux comprendre les couleurs sous tous leurs aspects, et donc de réduire l'éparpillement des connaissances, est née l'idée de ce Traité des Couleurs. Articulé en deux parties, richement illustré par plus de 130 photographies originales, cet ouvrage intéressera tous les curieux de La couleur et en particulier les scientifiques, les philosophes, les artistes et les artisans.

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AMOURS ET BRECHES DE MARIE DUCATE

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Exposition de Marie Ducaté au Centre Culturel Français de Constantine, Algérie, du 15 Juin au 31 Juillet 2009.

marie ducatéL’oeuvre de Marie Ducaté sous ses multiples formes et matières reste la plus cohérente qui soit. Elle  interroge l'histoire de l'art comme celle de l'artisanat et se développe à la jonction de plusieurs territoires.  Que ce soit dans les domaines du tissu, du mobilier, de la porcelaine, de la faïence, du verre ou de la peinture, l’artiste tient un rang majeur et non seulement parmi les créateurs de l'objet décoratif auquel on veut la réduire trop souvent. Artiste polymorphe, elle est capable d'une créativité rare et par exemples ses « sourires masqués » qu’elle présenta en 2008 à Grignan prouve qu'elle appartient à ces artistes qui démontrent combien le jeu de l'unité  passe par celui de la «  dispersion ». 

Elle illustre ainsi combien une dispersion apparente fait le jeu d'une unité plus profonde. Sortant l'art du simple registre de l'exquis, de la subtilité empreinte plus d'afféterie que de pertinence, elle ramène l’objet et l’image vers quelque chose de plus essentiel.  ll ne s'agit plus de "planter un décor" ou de faire de la surface un écran. Il ne convient pas non plus de faire écorce mais d'ouvrir le champ afin que face aux images standardisées s'opposent d'autres images plus essentielles, sourdes, aussi sophistiquées que naïves et surtout imprégnées des sourires d’éros.

Installée à Marseille depuis 1986, l’artiste plurimorphe traque une harmonie qui n’a rien d’imitative.  Adepte des lignes sinueuse, la frise et la feuille appartiennent à sa thématique. Mais L’artiste les sort de l’ornemental afin de les insérer dans un monde onirique. La richesse de ses coloris, le luxe des encadrements et la puissance lumineuse de ses verrerie nous placent d’emblée du côté de la vie et de l’invention. Marie Ducaté reste toujours à la recherche de réponses techniques originales pour ses vases en pâte de verre gravé comme pour ses sculptures perlières ou ses meubles.

En découle une sensualité et une érotique qui animent les personnages qu’elle met en scène. Ils deviennent des embrayeurs de désir aussi charnels qu’impalpables. Ses couples enlacés ou  ses groupes nus, parfois ailés, évoquent la vie et les plaisirs que celle-ci doit appeler comme le font tout autant ses dessins et ses aquarelles qui développe une philosophie particulière de boudoir… Graciles et drôles ses personnages comme ses végétaux ou ses animaux dont le clavier des sens, un clavier fait de courbes et de voltes,  est des plus large dans une approche aussi pulsionnelle que travaillées.
L’artiste ouvre l'espace à un alphabet plastique crypté. A travers les diverses matières, les diverses propositions, couleurs, symboles et langages elle offre un ordonnancement inédit, une recherche essentielle à ce que sans quoi l'art n'est rien. A savoir la recherche de l'identité et de ses fondements là où tout commence. Eros est donc omniprésent et écarte les larmes loin de toute considération de degrés ou de genres.  Maris Ducaté crée des images et  des " objets " jamais clos. Ils permettent la venue de divers sens sans que pour autant l'œuvre en tant qu'œuvre soit niée.

Faussement disparate, l’œuvre, ne possède rie, d’un  déballage de scories, de foire à la brocante. Sa créatrice demeure fixée à la recherche de structures fondamentales qui ne sont pas un simple retour à l'ordre crispé sur le passé. Face à la dispersion qui singe l'unité ils proposent une œuvre parallèle, transformable, mobile quasiment cinétique d’où partent des gerbes de lumière empreintes d'une valeur hypnotique, hallucinatoire.

S'il existe chez elle un grand brassage de formes ce n'est pas dans la recherche d'un aspect nébuleux mais à l'inverse afin de parvenir à découvrir ce qui peut s'incarner à partir d'une réflexion complexe de la manière la plus simple à la plus difficile à travailler pour traquer la lumière de vie. Un tel parcours est non de l'ordre de la mollesse mais de la " pointe". Il permet de débusquer des pans de l'identité cachée selon une problématique chère à Winnicot lorsqu’il écrivait : "Où se trouve l'identité sinon dans les images qu'on ignore".

A la recherche de constellations fondamentales, Marie Ducaté fait surgir des états intermédiaires qui nous arrachent au cerclage de la divinité de l'image telle qu'elle est le plus souvent offerte dans sa réduction de pure représentation La recherche de l’artiste marseillaise représente une brèche qui ouvre le monde par approfondissement de pans soudain écartés. D'un élément compact et opaque qu'on nomme image (plate ou en 3 D) se découvre et découpe des "strates". L'artiste montre la consistance et l'inconsistance de l'espace et de ce lieu qu'on nomme l'art  mais aussi de l’amour.

Elle plonge dans l'existant au delà des surfaces rassurantes en attirant l'œil sur l'ailleurs. Celui-ci n'est pas pour autant l'autre monde de la fascination de l'imaginaire mais celui de la nudité(à tous les sens du terme). Certes, de telles images ne permettent sans doute pas de calmer l'abrupt de l’existence sous l'effet de la douceur proposée. Toutefois  elles  laissent  palpiter de l'inconnu en ce qu'elles délient, desserrent. Grâce à Marie Ducaté le monde n'est ni bloqué dans l'évidence, ni enfoui dans le spectral : il s'ouvre, se profile autrement par variations sur le motif, exaspération des formes jusqu’à leur plénitude.  Marie Ducaté prouve que l’ornement n’est qu’un vain mot. Il est fait pour ceux qui ont besoin de limites et qui n’arrivent jamais, à l’inverse de l’artiste à les transgresser.


 

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.