Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Dy L.)

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DY L.) : ELEGANCE DU DESESPOIR

par Jean-Paul Gavard-Perret

Les portraits de Dy L.) forment un étrange poème graphique. Il peut aisément  faire délirer. Alors pourquoi ne pas en profiter ? On dirait parfois des mouches réveillées qui cognent sur carnet fermé ou sur une  tête tenue à bout de bras, Pas de  preuves d'être : le noir a sué noir et la couleur ne l'étanche pas forcément. Traînées de mots,  flaques d'images. Siphon sur le Saint Laurent. Parfois on  flanche. Puis retour au ciment de la marge des rues. Une silhouette bouge à peine. Trop peu.

Mais revenons à un peu plus de rigueur. L'oeuvre de Dy L.) s'inscrit dans le registre particulier d'un graphisme réaliste mais décalé. Illustratrice de formation - d'où la précision de son trait - l'artiste trahit sa spécialité d'origine par ses portraits trompeurs  et selon diverses techniques  (huile, numérique sur painter X, photoshop, ou au pastel, bic, mine de charbon). Le choix n'est pas anodin. Chez l'artiste la  peinture numérique ouvre un éventail de possibilités et de transfigurations, la peinture à l'huile est plus organique, viscérale  moins joueuse donc plus profonde. Quant au dessin il permet de voir comment tout cela se fomente.

Reste un mélange ou une confusion voulue de présent, de passé et futur. De  convulsion des genres aussi : du classique au baroque, du réalisme littéral à la surréalité. Surgissent des gisants hirsutes à l'air libre, des formes terrées et déterrées, des junkies clos sur eux-mêmes comme des hérissons, des boules piquantes de flics ou de fausses stars, des morts vivants et des vivants qui ne valent guère mieux. Mais il existe aussi des noyaux de rêve par  l'extraction du temps que Dy L ) crée en sa post modernité généalogique.

Anachronique et méticuleuse, anticipatrice du passé l'artiste sait creuser les traits essentiels afin de donner une profondeur à la futilité. Mais ne nous y trompons pas. La poétique de Dy L.) est des plus graves. Ses dessins le prouvent. Ce qui est en gestation l'est toujours sous le signe de la douleur. A la peinture ensuite non de la recouvrir mais de la métamorphoser par une sorte de politesse d'un désespoir raffiné.

Il faut donc se tenir droit face à de tels portraits pour les accompagner sur leurs chemins de jade. Une vie s'y vit. Mais pas forcément telle qu'elle fut rêvée. Pourtant l'artiste confie le sanskrit du désir à sa peinture. Elle voudrait  que la porte d'une chambre se referme sur ses errantes et errants magnifiques afin qu'ils se reposent un peu. Pour nous tenir aussi dans l'arc d'une vérité où l'amour ignorerait ses limites.

Dy L.) nous offre à l'éphémère et à l'éternité humaine. Et pour que renaisse un corps. Un corps frêle reprenant racine, s'unissant au pollen et au vent, faisant son miel des rêves de la foule et sa maison du cerveau de chacun. Soudain le délire revient. Lueur des lacs. Sabliers. Mantes, chapes de nuit, traces d'aube. Mutations. Roue des jours. Trous d'oubli. Ambre des nuits possibles. Mémoire dont le feu soulage de son silence de mort. Ici est le lieu. Plus de fin.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.

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