Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Edwige Hopfner-Bregent

Edwige Hopfner-Bregent

sa page Arts-up


La jeune femme qui descend l'escalier
de Jean-Paul GAVARD-PERRET

Sur le modèle de la Lettre à jeune poète de Rilke, ce livre s’appréhende comme une rencontre différée, une mutuelle invention plutôt qu’un soliloque – sinon à deux voix... Et une visée rédemptrice de celle à qui ce texte est adressé surgit. Par effet retour, elle glisse celui qui parle hors du rien. D’où ce paradoxal corps à corps dans le jeu des espaces d’un côté, et, de l’autre, la vulnérabilité paradoxale des mots au sein d’un « pas de deux » dans ces textes marqués par la danse donc par le corps. Le recours à l’éloignement n’est pas là pour offrir une version nouvelle du fétichisme de celui-là. L’écart créé éloigne des rapports humains contemporains qui s’évanouissent dans la consommation d’une chair provisoirement offerte. Il peut donc exister un goût clinique de l’amour bien fait, un goût du lisse qui forge une relation au sein de la distance. Elle n’est que la conscience aiguë d’un respect essentiel, un point de vie par effet d’empreintes des blessures afin que ces dernières s’effacent.

» Bon de commande ( prix : 10,00 €)
» Editions du Cygne


Edwige Hopfner-Bregent : barrage sur le "pacifique".

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Edwige Hopfner-Bregent : La mauvaise rencontre
Gravure carborundum (60x37)
dedron

Colonisation et oppression du temps de l’origine. L’arbre n’est pas toujours présent mais quand il est là sous forme d’olivier devenu femme il renvoie à l’équilibre que l’artiste cherche. Il y a en lui, en elle  toute une série de mouvements confus, en distorsions et détentes qui introduit le trouble. Un trouble inachevé, inachevable, matrice de la quête, de son mouvement.

Quelqu’un parfois surveille – les corps en témoignent. L’homme est là, phallique ou en embuscade. Il est plein de sauts et de chutes. Il précipite le mouvement vers le néant. La femme doit remonter à l’air libre pour n’être plus noyée. Edwige Hopfner-Bregent saisit le suspens de ce mouvement car son achèvement implique qu’il pourrait mal finir et la femme risquerait de se noyer aussi bien dans son bain amniotique que  dans les bras perdus d’un fleuve Amour.

On ne voit que peu l’homme, on ne voit que la femme réduite par moments à sa féminité vaginale et pleine de fruits étranges. Parfois un fond paysagé accompagne le mouvement. Une branche s’apaise sous l’écume des jours. Mont( r)age en boucles, en oscillations : ce qui a pour effet de déstabiliser le voyeur qui a déjà du mal à être sûr non de percevoir mais de comprendre ;

L’artiste introduit le doute. « Elle », c’est la colonisée qui, pour être, recompose sa narration visionnaire. Elle la reconstitue, la condense parfois de manière quasi symbolique. Elle c’est la sans abri, prisonnière ou libre. Autoportraits troublés (dans lesquels l’artiste n’est pas sûr toujours de se retrouver).  Monologue recomposé, troublé. Plan moyen ou gros plan. Lieux habités par celle qui forcément sera regardé à l’intérieur comme à l’extérieur de son œuvre.

De ce magma surgit une humanité immense et douloureuse, une individualité très forte. Le face à face avec l’homme est là parfois pour une narration en miroir. L’homme père, re-père et père-te. Femme mère, matrice, plante, toujours en tension et en abandon. Pas simple d’être femme, de remonter le courant, de vivre en marge.

Pas d’exotisme, de fuite  pour autant : la femme mère et forêt. L’image sert peu à peu de pro-verbe puissant. Un dialogue s’établit avec le voyeur. Se comprendront-ils dans ce dialogue ?  Toujours est-il que l’artiste a choisi la partie la plus difficile et la plus dynamique de son inconscient pour cette partie de ping-pong. Tout n’est pas joué d’avance. Car l’artiste ne possède pas toute les cartes en mains : dans un dialogue il faut que les deux jouent le jeu.  Il n’y aura donc pas de couple - même si parfois surgit l’ébauche d’une pénétration.

Nous ne sommes pas loin d’une forme de journal intime en relation avec le temps, avec la vie et le féminin de l’être mais aussi avec sa transcendance dans une sorte de transparence. Edwige Hopfner-Brégent de fait ne s’écarte jamais de sa réalité : ses humeurs, ses désirs, ses angoisses marquent une réalité plus invisible portant à la vision sa richesse intérieure. Ses œuvres tiennent autant du recueillement que de la contemplation.

D’où la sensation d’un rituel, d’une sorte de règle, d’un rythme profond de la vie. Surgit un espace contemplatif, dévotionnel en hommage à la féminité non sacrée mais qui est le signe d’une puissance d’intégration sur le plan interne ( au niveau de la psyché) mais aussi sur le plan externe, dans un monde totalement déséquilibré au profit de la masculinité.

 

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.