Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Alexandra Elridge

Mirondella,  
galerie d’art en ligne

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Guide juridique et fiscal de l'artiste et de l'entreprise artistique
de Véronique Chambaud


L’artiste et l’entreprise artistique jouissent d’une place atypique dans l’économie. Leur statut juridique, fiscal et social est à part, à la mesure de l’originalité de leur activité. Ce statut concerne les producteurs d’oeuvres d’art stricto sensu. Dans cette acception, l’entreprise artistique concerne les acteurs des arts graphiques et plastiques : peintres, sculpteurs, graveurs, photographes et certains illustrateurs ou designers. Elle peut s’étendre aux marchands d’art, car les galeries sont également soumises à un régime dérogatoire du commerce. Les artisans d’art (céramistes, verriers, etc.) se situent entre les artistes et les artisans. Leur statut comporte également quelques spécificités. Cet ouvrage permet aux protagonistes du marché de l’art qui en vivent professionnellement ou occasionnellement de profiter pleinement des avantages à leur disposition et de déjouer les pièges pour conduire et réussir un vrai projet d’entreprise.
Public concerné : Artistes, artisans d’art, marchands d’art, galeries.

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ALEXANDRA ELRIDGE OU LE SOURIRE DES CHOSES

par Jean-Paul Gavard-Perret


Alexandra Eldridge - Paths Are Made By Walking ( Weber fine Art)
De la peinture d’Alexandra Elridge émerge un foyer. Toutes les contradictions y sont réunies pour une fascination proche de celle des mirages de l’aube. Le paradoxe règne, la raison est exclue. L’artiste cherche par son approche les radiances du monde et leurs extravagances à travers l’ordinaire le plus trivial. Epousant les mouvements de la psyché la peinture aide l’artiste à comprendre ce que le réel cache. Il n’est donc pas donné comme préalable à son art, il se crée à mesure que l’artiste le transforme en faisant éprouver sa profondeur cachée. Surgit une expérience spirituelle et sensorielle de la vie. Soudain l’âme devient tangible et pèse d’un certain poids.
Chaque peinture est un moyen de comprendre la vie intérieure et de l’habiter un peu mieux dans un partage tendu vers l’autre. L’art devient donc non un simple médium mais une médiation, un lien, « un mouton blanc » en ses visualisations paradoxales. Il suffit de peu. Sur une page griffonnée, une empreinte de pieds semble servir de vase à une fleur bizarre.  Tout s’organise dans l’œuvre selon d’étranges mariages au travers de couleurs douces (où le bleu lavande garde une grande part) et sous le signe du double.
Passionnée, paradoxale, extatique, excentrique mais aussi mélancolique, rapide, tenace, Alexandra Elridge est avant tout une artiste qui développe un art aussi élégant que généreux. Il doit donner sens au monde.  Sur ce point l’artiste n’a jamais varié, guidée en cela par ses parents. Tous deux étaient artistes et écrivains et leur atelier se situait dans la maison familiale..  Pour ses parents deux seules choses comptaient : l’art et les enfants. Ils en eurent sept. Et dans la vieille maison victorienne du New-Jersey où elle a grandi, elle a vu comment ils ont écrit et illustré une trentaine de livres pour enfants.
Depuis sa naissance l’artiste a donc baigné dans le processus de création. Le reprenant à son compte elle a développé progressivement une voie très personnelle. Si de ses parents elle a hérité le goût d’un art aussi précis que fou, elle l’a dirigé vers des éléments aussi élégants que dégingandés. En émerge un univers qu’on pourrait qualifier de surréaliste doux où, par exemple, sur un gâteau d’anniversaire prospère un érable feuillu. De quoi régaler tous les psychanalystes de la terre.
L’artiste a d’abord quitté sa maison idyllique pour rejoindre l’Ohio University. Elle y rencontra et épousa son professeur d’art appliqué. Pour elle ce mariage fut extraordinaire comme si le couple était animé d’un seul et même esprit. Cette  fusion poussa le couple à construire une communauté fondée sur les idées de William Blake et qu’ils nommèrent “Golgonooza”. Ce nom est tiré de la mythologie de Blake lui-même. Il définit une cité visionnaire des arts.
Le couple vécut  dans une immense propriété de plusieurs hectares avec mouton, basse-cour et jardins potagers au sein de laquelle il installa maison et atelier. Non seulement les deux artistes créèrent des livres illustrés mais ils fabriquèrent vin, pain et parchemins avec les peaux de moutons qui devinrent les supports de leur peinture. Le mouton est d’ailleurs une figure récurrente dans l’œuvre de l’artiste au même type que le gâteau déjà cité qui représente le symbole d’une Babylone réussie en tant que lieu de vie intense sur le plan intellectuel et spirituel.
Il existe dans les œuvres comme dans la vie d’Alexandra Elridge une quête du silence et une connexion sur les possibilités de diverses expériences visionnaires. S’y retrouve toute une tradition américaine dont William Blake reste l’image de référence. L’artiste le reconnaît non seulement en tant que poète et peintre mais comme prophète et créateur de son propre monde, de sa propre mythologie. Il a appris à Alexandra Elridge l’importance de la vie intérieure et lui a donné le courage de se concentrer sur l’essentiel et  sur des structures de l’imaginaire hérité aussi de Jung.

Il n’est donc pas étonnant de retrouver aujourd’hui l’artiste à Santa Fe. Le Nouveau Mexique reste pour elle comme pour beaucoup de créateurs un état où le rêve spirituel et sensuel demeure encore possible (et ce n’est pas un Le Clézio qui dirait le contraire). Alexandra Elridge y poursuit son utopie créatrice. Elle concrétise son désir de toucher et de faire toucher par l’art aux réalités cachées et à l’invisible qui grouillent dans l’inconscient. A nulle plus qu’une autre le titre de Michaux « Façon d’éveillés, façon d’endormis » peut parfaitement convenir. Sa peinture  devient l’émergence d’un imaginaire extraordinaire de construction et une grâce dans la mesure où l’artiste est capable de la faire fructifier  et de la fluidifier avec  toute la poésie nécessaire.

A ce titre sa peinture représente le miroir de soi-même et d’un rêve éveillé. Elle le revendique comme merveilleux dans la mesure où comme chez Blake il est capable d’ensemencer l’amour.  Pour le réaliser l’artiste n’hésite pas à choisir les images aussi simples que surprenantes. Elle peint par exemple une chaise sur laquelle trône un gros œuf créé à partir d’un vieux plan de Brooklyn en 1899. L’artiste n’hésite jamais à utiliser des éléments hétéroclites dans ses travaux. Ceux-là deviennent des signalétiques du temps passé pour trouver une voie au futur. Elle rapproche ce futur telle « une fille de l’arc-en-ciel » des magnifiques couchers de soleil sur le Nouveau Mexique.

Proche de Blake mais aussi de Picasso et de la chanteuse islandaise Björk l’artiste demeure comme eux autant habitée par la vie sexuelle que par celle de l’esprit : « Je ne suis pas Scorpion pour rien » affirme-t-elle. Cependant le sexe en tant que tel n’est pas présent directement dans son œuvre. Mais à qui sait décoder ses images il demeure présent partout.

La sensualité pour Alexandra Elridge sublime toutes les formes de jouissances et de plaisirs. Regarder, toucher, manger mais aussi perdre la raison et s’abandonner à la poésie en tant que destinée et « souffle de vie ». Cela semble peu visible lorsque par exemple l’artiste se contente de dessiner un buste de tailleur qui sert de porte vêtements. Mais ne nous y trompons pas. Rien n’est « sec » malgré les apparences.  Surgit en un tel buste comme  toujours dans l’œuvre une  forme de nudité dont l’artiste chercher l’inaltérable radiance.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.