Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Ensor

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Musée d’Orsay (Paris)

JAMES ENSOR
Jusqu’au 30 janvier 2010
Expo – conférence – visite guidée
(» réservez ici !)



ENSOR : VOIES DU POSSIBLE ET DE L’IMPOSSIBLE

par Jean-Paul Gavard-Perret

Musée d’Orsay (Paris) - JAMES ENSOR
Jusqu’au 30 janvier 2010
Expo – conférence – visite guidée (» réservez ici !)



L'oeuvre d’Ensor se « lit » comme une fable. Une fable dont le sens tient peut-être moins à la direction qu'elle dessine, qu'à l'acte même qui consiste à faire de ce travail une peinture de fiction en passant de réel à la vision.  A ceux qui ne voient dans son oeuvre qu’une mise en scène de la communication et de l’aliénation sociale, Ensor « répond » qu’il crée avant tout un langage pictural. Sa peinture reste avant tout l’invention du monde par la fable et il rejoint ses maîtres flamands (Bosch et Breughel) dans une iconographie aussi parodique que visionnaire et habitée.
Sur ses toiles surgit tout un magma. Existent des tas d'histoires. Celle du café des illusions, celle des traîne-misère, celle des châteaux et de leurs souterrains, celle de l'étang aux nénuphars, celle du cimetière,  celle de la lettre perdue, celle du tribunal, celle du roi déchu,  celle du jardin aux orties et celle des innocents en promenade. Bref des centaines d'histoires qui nous rendent heureux quand nous les avons bien vues et comprises.
Passant d'une simple contestation de la peinture à sa subversion généralisée, Ensor opère des fissions. Sa fable picturale est celle d'un inventeur de mondes. S’y manifeste l'action conjointe d'une fantasmatique et d'une réflexion sur le discours pictural. Le tout orienté par un désir de rédemption. Le trouble et l'intérêt  de cette peinture résident dans le déclenchement de tout un mécanisme par lequel Ensor ouvre le robinet du subconscient et de la sensation. Son approche est on ne peut plus volontaire.

Il s’agit d’une manière de peinture « automatique » en pleine conscience, c'est-à-dire avec filtrage immédiat des possibles, de ce qui pourrait être développé, et dont le peintre s'efforce de n’offrir qu’une partie étant donné son dégoût de tout délayage.  Et ce pour découvrir, en fin de compte, une vérité tout bêtement morale qui est la sienne. Mais elle reste si profondément enfouie sous ses contradictions que le peintre ne possède que l’art afin de la faire jaillir. La peinture devient la projection du subconscient. Mais cette projection est travaillée en vue de la transformation progressive des productions de l'imaginaire dans le désir d'une découverte engageant le peintre vers une vérité plus que morale : « alchimique ».

La peinture devient l’expérimentation de la langue des images et de l'imaginaire comme exercice et expérience du sujet. Cette peinture ne refuse jamais les assertions d'une réalité mentale éprouvée par  l’artiste. D’où parfois le calme et parfois la violence. Quelque chose doit être cassé dans la mécanique picturale afin qu’elle soit agissante. La peinture peut sedésigner comme pure vision mentale. Elle définit l’univers des images en tant qu’hypothèse de l'imaginaire. Celle-ci parvient à faite disjoncter le contrat habituel qui lie le monde à sa représentation « classique ».

La peinture d’Ensor transcende son époque par son activité fabulatrice. Elle se désigne  donc comme pur effet de langage dans lequel l’image elle-même fait problème. Ensor ne cesse comme il l’écrit de « Tout reprendre à zéro. Les Vieux thèmes, on ne les écarte pas mais on s'en méfie ». L'effet esthétique devient une perturbation de l'illusion perceptive. C’est pourquoi le peintre belge  remplace la visée réaliste par une visée ontologique et surtout par une saisie visionnaire. Elle devient peu à peu l'expression d'une puissance à l'œuvre dans l’œuvre afin de trouver des solutions à l’impossible tentative d’atteindre une peinture absolue.  Avec Ensor elle réussit « au moins » à devenir l'interrogation infinie de l'énigme qu'elle constitue.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.

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