Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Eole

Mirondella,  
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Eole
(Nicole Schmitt)

Vit et travaille à LA BATIE MONTGASCON

Eole : le site



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EOLE : LA PREUVE PAR L'ILLISIBLE

par Jean-Paul Gavard-Perret

eole nicole schmittLe bleu (nuit),  l'effacement, la surcharge de couleur, les collages, le blanc (comme lumière et apparition), le noir. Le rond aussi. Toujours le rond (de la féminité), son cercle ou son ellipse. Le mouvement qui pousse vers l'avant. Car dans la géométrie de l'espace d’Eole les courbes vont de la droite vers la gauche, du passé au futur. Et, bien sûr, les oppositions (entendons : contradictions vitales) : le feu et le froid, le sombre et le clair, la couleur et son contraire, le dur et le mou, l'ordre et la matière (la matière qui contredit l'ordre pour le construire autrement à proximité du chaos), les mots et leur graphisme, la photographie et la peinture, le livre et la sculpture, le cri et le silence.
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Eole va sans cesse de la saturation de la matière à son état gazeux. D'où - parfois - le recours au jus de la peinture comme si c'était parfois juste ce qui restait afin de voir mieux, à travers, de voir comment ça (se) passe et ne passe pas. Mais pour l’artiste il s'agit toujours de parler le silence.  Pour cela passer pourquoi pas par le minéral. Eole de laisser prendre (séduire) par la peau des pierres. Ecoutons-la : "le galet est observé jusqu'au moment où je sais intervenir sur lui. J'ôte alors une épaisseur de 1 à 2 mm. Sur toute sa surface pour faire apparaître ce que j'appelle le manteau de bourlingue car il y a de nombreuses aspérités. Je procède ensuite à la taille avec une meuleuse diamantée". L’artiste - à travers cette  peau tannée ou plutôt poncée – voit le grain, des veines, les défauts, les surprises. Elle voit ce qui ignore le temps : une fois le manteau de bourlingue remisé il n'y a plus d'indices de son passage. La pierre devient signe d'éternité.

Mais cette éternité est pour Eole toujours relative. Pas de risque qu’elle devienne trop longue vers la fin... C'est pourquoi l’artiste avance animée par des luttes incessantes, intestines. Il y a les équilibres, leurs pertes, les oppositions, leurs réductions. D’où, chez Eole, des suites de célébrations minérales, métalliques ou d’empreinte de purs signes "mathématiques" ou graphiques. Ils invitent à la participation au cosmos et le divisent en deux : chaosmos d'un côté,  désir de lui donner un ordre de l'autre.

Si la célébration reste le plus souvent minérale ou graphique, l'être fait parfois son apparition. Il demeure  le plus souvent isolé dans la première partie de l'œuvre (à l'aube des années 80 ). Mais parfois, dans une série de peintures très particulière, il surgit en rangs serrés et en des couleurs fraîches. Soudain il n'existe plus d'intervalles dans la cohorte d’ombres claires presque sans visage. Pas de panique pourtant. Quelque chose se passe de l'ordre de l'ascension dans la même géographie psychologique que celle qui pousse les lignes du passé au futur, de la mère au père.

Demeurent toujours des lignées et des traces agencées dans la boulimie créatrice. Eole se met progressivement en état d’urgence. Elle est poussée par une force presque inconsciente et irrépressible même si une retenue a lieu sauf dans les pans saturés où les couleurs primaires éclatent sur les épaisseurs, les liasses de papiers chiffonnés. L’artiste cherche avec, dit-elle "une volonté irréversible, un entêtement sous cutané irrévocable à balbutier de l'essentiel butiné au quotidien".

Il est donc question de marche forcée. Mais l’artiste n’oublie pas pour autant de puiser là où l'émotion la plus tellurique charrie ses laves de couleurs. Ordre, désordre, chaos, équilibre obéisse à une même logique de l’instinct. C'est pourquoi ce qui chez Eole (et même en ses portraits) reste toujours de l'ordre de la présentation flirte avec le presque rien en une loi des signes bien particulière. L'écriture, le chiffre inscrivent des équations impossibles à résoudre et demeurent illisibles dans les jeux des intervalles et de l'entassement. Le vide lui-même est amoncellement de traces. La trace est amoncellement de béances.

Image après image surgit ce qui ne se dit pas, ce qui ne se voyait plus et qui dans chaque temps de l'œuvre  s'approche, se saisit, disparaît, C’est une manière de nous faire sortir de cette cloche de verre où dans une des premières œuvres de petites figurines de terre étaient "emmurées". Pu à peu le jour se fait. Non par effet de transparence ou de lisibilité mais par pénétration  dans les "terriers et les bibliothèques " de l'être. Ils sont soudain portés à la lumière afin que nous puissions contempler les rhizomes qui donnent la vie.

 

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.

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