Artistes de référence

EUGENIE JAN

Exposer dans Mirondella
la galerie d'art en ligne d'Arts-up


Eugénie Jan

Née en 1963. Vit et travaille à Treigny dans l'Yonne - France

Eugénie Jan : le site


Artistes : 1001 conseils
pour mieux vendre vos oeuvres
de Céline Bogaert

Produire un travail artistique de qualité ne suffit pas pour en vivre. Vendre son art est un véritable métier et les démarches à accomplir sont nombreuses. Il faut notamment : se faire connaître, trouver des financements, des partenaires, des clients, les fidéliser, choisir une structure juridique, établir les déclarations légales, gérer ses ventes.
A travers ce guide, vous trouverez des astuces et des réponses à vos questions concernant : les formations, les subventions, le mécénat et le sponsoring, les outils efficaces pour développer votre notoriété, les relations avec vos différents publics et clients, les déclarations obligatoires, la facturation, la protection de vos oeuvres.
Les textes de ce guide sont illustrés par de nombreux exemples et modèles (demande de subvention, communiqué et dossier de presse, fichier clients, dossier de diffusion, contrats, facture…) et assortis d'un précieux carnet d'adresses (contacts administratifs, organismes délivrant des aides et subventions, associations de promotion et d'accompagnement des artistes...).

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La jeune femme qui descend l'escalier

de Jean-Paul GAVARD-PERRET

Sur le modèle de la Lettre à jeune poète de Rilke, ce livre s’appréhende comme une rencontre différée, une mutuelle invention plutôt qu’un soliloque – sinon à deux voix... Et une visée rédemptrice de celle à qui ce texte est adressé surgit. Par effet retour, elle glisse celui qui parle hors du rien. D’où ce paradoxal corps à corps dans le jeu des espaces d’un côté, et, de l’autre, la vulnérabilité paradoxale des mots au sein d’un « pas de deux » dans ces textes marqués par la danse donc par le corps. Le recours à l’éloignement n’est pas là pour offrir une version nouvelle du fétichisme de celui-là. L’écart créé éloigne des rapports humains contemporains qui s’évanouissent dans la consommation d’une chair provisoirement offerte. Il peut donc exister un goût clinique de l’amour bien fait, un goût du lisse qui forge une relation au sein de la distance. Elle n’est que la conscience aiguë d’un respect essentiel, un point de vie par effet d’empreintes des blessures afin que ces dernières s’effacent.

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» Editions du Cygne

 

EUGENIE JAN : LA TENTATION DE L'ORGANIQUE
par Jean-Paul Gavard-Perret

Dire le corps c’est encore ne rien dire, c’est poser des taches de peinture sur de l’obscur. C’est encore ailleurs et si proche, si étrange. Ce qu’on appelle le présent demeure toujours ce qui nous précède. On voudrait dire le corps, le faire jaillir. Mais les images où nous croyons toucher la vie ne constituent que le forme rassurante qui nous confond à l’ombre d’où nous venons. Pourtant avec Eugénie Jan nous renouons avec la tentation de résumer le visible et de secouer les images sous lesquelles nous vivons. Sur le support de la toile ou du papier, des seuils de déchirures semblent se dessiner. La peinture ne sauve toujours pas, mais elle retient  pour nous permettre de voir ce que nous avons du mal à comprendre. L'artiste sait que la peinture comme le corps n’ont pas été façonné d’une seule coulée. Silencieuse dans son atelier elle tenter de les recomposer.  Pour le faire, elle s'oublie, devient l'autre en elle, d'elle. ce qu'elle montre c'est la douleur, le plaisir, la pensée, le monde qui sans lui ne serait qu’une brume brutale, le silence. De Charente elle le fait s'envoler, soudain il ne porte plus seulement les stigmates de la brûlure du temps.
Il s'agit par effet de surface d'entrer dans l'organique. Pas le roman des choses mais celui de la vie : à la limite de l l'image. Là où il faut continue de chercher, là où Eugénie Jan est forcée de se perdre avant de se retrouver. Aller à perte de vue dans un cloaque des formes possibles même si encore aucune ne s'en détache vraiment. C’est, comme à la surface de l'eau lorsque coule le miroitement perpétuel des reflets, les traces indicibles au cœur de l'écoulement : persistance d'un filet d'abord puis d'un fleuve qui enfle. Avant de remonter dans la présence : aspérités, murs, terres, viandes. Feuilletés ou magmas qui disent plus loin qu'eux-mêmes. S'arc-bouter, marcher face contre terre, fouiller pour une telle révélation. Reprendre à la fois corps et prendre le corps - ou se laisser envahir par lui afin que de la vue revienne dans le seul grand livre ouvert où les pages sont encore blanches au sortir de la nuit. Le seul livre possible et qui serait "écrit" par tout ce qui le défait : retrouver la vue, manger du vivant. Que des images fanées remontent peu à peu. Quoique imparfaites elles possèdent la vérité de vivre. Surprise par l’hiver et en sursis de vie. La vie encore par contumace et en fantôme passe.  
L'artiste déplace le "groove",  pénètre le monde imprévu du "growl" où, par la lumière et dans l'harmonie de la chair, l'espace n'existe pas. C'est cet espace que  Eugénie Jan ouvre. C'est là le signe de sa liberté, de son indépendance. L'artiste ose toujours se mettre en état de disponibilité non sommaire. D’où sa nécessaire perte de repères à travers des images d’aveux où émerge enfin une sorte d’abandon pour prendre au dépourvu le corps tellurique et ailé : plus que de le pénétrer il s’agit d’élargir son mystère en une lascivité et une obscénité qui arrachent à ces termes ce qu'on entend par là. Ce n'est plus du fantasme qui vient butter dessus. Il ne s’agit plus de capture ou de prise mais d’un abandon, ou plutôt d’un écoulement. il réveille par l'organique une inquiétude métaphysique en un saisissement qui éloignerait tout artifice. D'où un univers intime, large, un tempo qui parfois "saute"  comme un disque microsillon sautait en boucle en un accident de parcours.  Pas de clinquants visuels, pas de docilités aux effets. Juste une forme d’aporie, de retenue.
Il n’y a pas au bout de la route promesse de Paradis, pourtant c’est lui que l’image “ expose ”. A ce titre elle est bien une chose, une matière vivante en allant jusqu’au bout de la chair. Oui atteindre ce qu'Artaud demandait "trouver de l'organique assez pour n'avoir pas peur d'affronter un délire afin de retrouvé la vérité puisqu'il a manqué à la psychanalyse de n'avoir pas peur du réel, si monstrueux lui semble-t-il être, et de ne pas rejeter dans le symbole toute la sadique machinerie de crime, cardeuse d'un tissu que Baudelaire voulut recoudre et dont je me demande combien de temps encore les hommes qui en sont victimes continueront à en demeurer les suppliciés de naissances et les boucs prédestinés" (Histoire vécue d'Artaud-Momo). Eugénie Jan ne veut pas recoudre mais ouvrir la béance de ce lieu du corps sur lequel on ne peut mettre de nom - à quoi "sert" autrement la peinture ?  Au fond de l'absence de vue, l'absence elle-même est donnée comme présence absolue - le mot absolu est ici à sa place puisqu'il signale la séparation éprouvée dans toute sa rigueur (l'absolument séparé) au sein pourtant de ce qui est en nous le plus intime.  L'artiste sait que l’absence d’image rend plus incertain à soi-même. Chaque vie s’écrit à travers les images au prix d'une lucidité paradoxale et du plus grand égarement. L‘image est donc cette erreur essentielle dont on ne se remet pas, L’image est une chose. Il convient  d'en tirer les conséquences. Tout ce qu’on peut en dire c’est que l'artiste  poursuit son cheminement en une incertitude de chemins. Elle la laisse venir à elle tout en la provoquant en effaçant l'écume des apparences, les peaux. L’image est une chair vivante. Et Eugénie Jan passe le plus clair de son temps à sa traque, en cherche l’échéance jusqu’à des heures tardives : la nuit est son royaume, elle est peuplée de monstres. Quand  les lumières  du jour s’éteignent il faut leur donner du corps dans le corps. Il faut cet accouchement avec tout ce que ça suppose de matières vivantes.
Dans un tel travail, le corps même de l'artiste échappe aux heures. Il paraît que lorsqu'on on est dans le travail de l'image c'est le cerveau droit qui travaille et que celui-ci ignore le temps qui passe. Se perdre ainsi. Le corps bat la campagne. Il bat dedans. Poétique de l’errance. Pointillé peu à peu en dessous des simples reflets. Un gouffre. Eugénie Jan y descend comme en une forêt brûlée  de l’enfance. Quelque chose est fini, quelque chose recommence. Sensation de vertige, axe violent d'un vide. Opacité encore au bord de l’illisible. Pouvoir parler paradoxalement d'une impalpable caresse qui en trouant le réel donne une autre manière d'être face au passage du temps. Sortir de la charge de l’éphémère sans croire pour autant à l’éternité - toujours relative, surtout vers la fin… Chute des corps, l’exigence de leur retour(nement). Errance. Se surprendre à espérer, à craindre - à la limite des ces deux mots. 
Lui répéter ce qu'elle sait, ce qu'elle fait : Pense aux formes et aux couleurs  de telle sorte que  ce ne soit pas en une pensée qui te  porte vers elles. Car les images font toujours ce que les mots ne font pas - comment expliquer autrement pourquoi  elles sont en couleurs ? Les mots eux sont affaiblis, toujours affaiblis - on dirait qu’ils n’ont pas voulu des images : ils ne forment qu'une trame et jamais un tissu. Suspens et intervalle.  Il ne font qu'entrevoir. Au mieux c'est un pan de neige oublié par l’hiver. Il en sera donc toujours ainsi : le compact ou le fragment. Dispersion et ordre dans un échange entre soi et les images, les images et le monde qu'elles "fondent". Depuis ce bord tenter de voir à défaut de comprendre : à travers l’image, la chute infinie du corps et sa remontée. Est-ce parce que l'être est désespéré de son corps ? En tous les cas, De reprise en reprise chez l'artiste il y a ce mouvement vers lui, ce mouvement loin de toute la “ choséïté marmoréeene ” dont parlait Samuel Beckett et peut-être pour redonner au corps des couleurs. Au moment où, à travers elles, elle piège nos images mais en renonçant aux pigments criards : elle préfère une forme de dissolution.  C'est pourquoi il existe toujours dans ses toiles comme un voile qui enlève à la couleur ce qu’elle pourrait posséder de clinquant, de facilement surprenant, bref de facticité. Le rouge sang n'est jamais celui de la viande il vire au rose de rose de personne. Elle montre ainsi par suggestion, dérègle notre attente afin de refuser de déclenchement d’une violence trop vive qui s’épuiserait dans l’instantané de l’émotivité.
L’être lui-même devient autant un écran qu'une cible. C'est une pointe ou une sorte de flaque. Ce n'est donc pas la rage qui domine mais la mise à distance. L'artiste ne se fait d'illusion sur lui d'où ses visions de limbes comme si elle espérait encore et toutefois une naissance, un accomplissement. Il existe en effet dans ses "portraits" quelque chose  et pour reprendre le mot de Bacon  de "pacifique". En effet et malgré tout, pour  Eugénie Jan le monde n'est pas carnassier. Les êtres se dépècent eux-mêmes dans l’absence d’un jugement, dans un pacte avec la peur qui tire les ficelles de leurs agissements. L’être n'est pas pour autant un loup : il est, il est là. Et si sa chair semble saigner c'est plus par effet de bande en une sorte de décalage soit de perspective, soit de couleurs. Nulle main accusatrice, nul élément de réponse dans l’oeuvre. Il y a le crucifié mais jamais le bourreau. Le cercle se referme ainsi sur le "voile" ou sur le lointain, sur la disparition toujours plus épaisse, épaisse comme des arbres. D'une certaine façon il n’y a plus rien à attendre sinon le sommeil, l’immobilité. Un visage émerge, une silhouette. Que regarde-t-il, où va-t-elle ? Reste hors cadre ce sur quoi vient s’ancrer la solitude de l'artiste : amoncellement de livres et de papiers. Voir autrement, outrement voir : tapis de funambules qui attendent leur tour. Mais sont-ils encore en état de l’attendre ? Subir que subir en des sortes de cages réduites parfois à des schémas.
Attendre, ne rien attendre sinon que la matière explose sur la toile mais en ce qui tient autant du lyrisme que de sa rétention. Le mouvement qui étale la couleur est un mouvement distanciée par une rigueur qui évite tout délire. D’où cette réalité de la couleur chez Eugénie Jan. Elle n’a rien à voir avec ce qu’on attend, avec ce qu’on voit dans la réalité. Couleurs et matières échappent au réel pour mieux le montrer en ce défi que la peintre lance dans une sorte de détachement, de déhanchement. Appeler cela la peinture stricte, la peinture juste, juste la peinture. L’appeler aussi la maladie de l’espèce, du vivant en cette affection, en ce qu'elle possède de plus profond et qui dépasse toutes frontières. Cela la seule peinture obscène. Car pas plaquée sur le vivant. C’est pourquoi tout revient - même lorsque la figure humaine n’apparaît pas - à une humanité étalée sans parures : rien n’y fait  une fragilité absolue vibre. Le flou le précise, il permet qu’il soit vu comme seul “ objet ” ou “ sujet ” de la peinture. L’image reste fuyante pour mieux nous prendre en traître, “ flatter ” notre inconscient qui sort de nos remparts et devient le théâtre discret de qui nous sommes au fond au moment où surgit une mythologie sans nom. Une mythologie qui plus que des êtres donne à voir des esquisses. Voilà non ce qui s’étale mais remonte à la surface dans la souplesse du travail de la pâte et des couleurs en une suite d'opérations - entendons d'ouvertures.  Ce qui nous surprend c’est donc l’invraisemblable et la vraisemblance : instantané de la peinture et de la sculpture qui dans leur économie nous placent devant un mince rideau. L'artiste nous expose tels que nous nous cachons et pas tels nous croyons être : en ce sens elle est bien le plus austère des faiseuses de miracles.

 

ean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

» site d'Eugénie Jan

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, J-P Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie (UFR Affaires internationales). Il a écrit une vingtaine de livres et collabore à plusieurs revues.