OBEY DE L’ICONE AU STREET ART
par Jean-Paul Gavard-Perret
Walk the Line -
Shepard Fairey (Allposters)
Le travail de Shepard Fairey, que l'on reconnaît sous le nom d'Obey ou Obey Giant, trouve son origine en 1989. Durant une démonstration de skate il prend comme exemple une image de mauvaise qualité représentant le visage d'un catcheur français, André Roussinof, connu sous le nom d'"Andre the Giant". Par dérision, il attribue à ce personnage patibulaire un "posse" (une bande dans le milieu du skate), sous-titrant le pochoir de la mention "Andre has a posse". De cette plaisanterie naît un véritable phénomène.
Obey est un artiste activiste connu désormais dans le monde entier. Issu de la scène skateboard, rap et hip-hop pour The Institute of Contemporary Art de Boston il est considéré comme l'artiste urbain le plus influent. Dans son manifeste, écrit dès 1990, il affilie son travail à Heidegger. Mais depuis ses influences se sont enrichies entre autres du film "They Live" de John Carpenter où il a emprunté nombre de ses slogans comme "This is Your God". Selon Robert Pincus son oeuvre est politique avec un sens aigu du style et de l'authenticité.
Il est vrai que Obey a trouvé l'équilibre entre le sérieux, l'ironie et l'esprit du moment. Il a aussi su faire la jonction à une des traditions les plus anciennes de la peinture (l(Icône) afin de le mélanger aux arts de la rue. L’icône chez lui n’a plus rien de sacré même s’il en reprend la facture. Mais aux figures religieuses se substitue par exemple le ventre d’une femme recouvert d’un string. Obey désire encourager de la sorte les gens à ne pas seulement voir mais à regarder ce qui les entoure. Il crée pour repenser les stéréotypes de notre culture, ne pas rester passif devant le règne de la consommation ostentatoire. Comme il le précise « le temps est venu de stimuler les gens à être plus curieux et à s'interroger sur leur environnement ".
Par l’icône l’artiste cherche à propager une sorte de révolution par le visuel. Il détourne les langages propres à la propagande qu'elle soit politique ou publicitaire et revendique de multiples influences de Jim Philips, du hip hop à la musique punk, en passant par les dessins animés.
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
|




