FANETTE MELLIER : ROUSSEAU, DETOURS ET RETOURS
par Jean-Paul Gavard-Perret
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Rousseau avait anticipé l’apparition de l’idéologie molle qui allait envahir notre monde. « Tout ce qu’on fait les hommes, les hommes peuvent le détruire » écrivait-il. Pour saluer son œuvre dans le cadre des Charmettes (Maison où l’auteur vécut au côté de Madame de Warens ses « seuls instants de bonheur ») Fanette Mellier a proposé la relecture de l’œuvre. Elle en a tiré des fragments en reprenant la typographie originale de diverses de ses premières publications mais en jouant sur les hauteurs et les couleurs.
L’artiste rouvre l’espace du texte. Elle le donne à voir autrement afin qu’on le lise mieux dans leurs nouveaux périmètres. Par ses morceaux choisis la graphiste n’abrége en rien le devenir de l’œuvre, au contraire. Elle en propose des fragments de devenir.
Entre Rousseau et sa liseuse surgit une unité. Sortant le graphisme du simple registre de l’exquis, de la subtilité empreinte plus d’afféterie que de pertinence, Fanette Mellier ramène vers quelque chose de plus essentiel. Il ne s’agit plus, par ses interventions, de “ planter un décor ” ou de faire de la surface un écran. Une nouvelle lecture est donc possible par cet alphabet plastique renouvelé de l’auteur des Confessions.
S’extrayant de toute considération de degrés la graphiste produit du sens. On aimerait à son propos employer le terme de cinétique s’il n’était pas chargé ou surchargé d’une valeur hypnotique, hallucinatoire que ne cherche pas au sein même de ses rébus la créatrice. La simple stimulation de la perception rétinienne au sein de divers jeux de leurres n’est pas ce qui pousse la réflexion et le travail de Fanette Mallier.
C’est pourquoi son installation est concrète et probante. D’ailleurs s’il existe chez la graphiste (et dans ses divers travaux) tout un grand brassage de formes et de formats, il ne se situe jamais dans la recherche d’un aspect nébuleux mais à l’inverse afin de permettre de découvrir ce qui peut s’incarner à partir d’une réflexion complexe de la manière la plus simple. Une sorte de minimalisme est à la base de l’orchestration colorée des textes de Rousseau. L’alphabet des couleurs et des placards n’a donc rien de fortuit. Il constitue la propédeutique idéale à une œuvre toujours ouverte. L’artiste graphiste a eu l’intelligence de se mettre à son service. Mais c’est ainsi que son propre travail devient non seulement archéologique mais généalogique et a valeur d’œuvre d’art au sens plein.
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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Fanette Mellier


