Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Anne Favret et Patrick Manez


Anne Favret - Patrick Manez

Anne Favret est née en 1964 à Nice et Patrick Manez est né la même année à Nancy. Ils vivent et travaillent à Nice où ils sont professeurs à l'Ecole Municipale d'Arts Plastiques de Nice.
Patrick Manez est également correspondant photo pour Libération, Télérama, le Moniteur. Anne Favret et Patrick Manez Il répondent en outre régulièrement à diverses missions
photographiques.

Favret - Manez : le site
Favret - Manez : documents d'artistes

Metroplex
Galerie du Tableau
37 rue Sylvabelle - Marseilles
jusqu'au 15 novembre 2008


Poètique de la ville : Anne Favret et Patrick Manez.

par Jean-Paul Gavard-Perret
 
Depuis une vingtaine d’années, le travail d’Anne Favret et de Patrick Manez s’attache à définir le territoire urbain dans toute sa diversité et sa complexité en essayant de réunir les indices de l’espace et les individus (semblables et frères) qui nous entourent. Après avoir arpenté les rues d’Alexandrie, puis celles de Rotterdam, Montreuil et de Gênes, le couple d’artistes est parti ensuite à la rencontre de l’Ouest américain. Barres d’immeubles, scooter qui croupit derrière un parterre, emballages de friandises vivant leur abandon, passante qui rajuste sa robe, homme assoupi sur un banc deviennent des morceaux choisis qui semblent pris au vol sans souci de cadrage et de pittoresque et qui ne sont là que pour souligner le chaos urbain mais dans une approche poétique de cet univers qui en manque outrageusement même si on parle parfois de "poétique de la ville". Les deux artistes la parcourent à la recherche non de l'insolite mais de l'insondable en ce qui tient d'une traque et d'une dérive au fil des rues et des jours. Pour chaque ville étudiée, la stratégie d’approche photographique était définie dans le premier temps de leur travail en fonction de l’histoire et de la topographie du site. Les réseaux denses et chaotiques d’Alexandrie donnèrent ainsi lieu à des tirages en noir et blanc échos à la saturation d’espace de la ville et ce dans la remise en question du cadrage qui demeure une des clés de leur langage photographique.

Récemment leur exposition, « Metroplex » mettait en exergue les développements exponentiels du paysage urbain (entre Dallas et Fort Worth). Les photographies explorent le lieu où les deux espaces urbains ont fini par se rejoindre jusqu'à constituer une mégapole de plus de 5 millions d’habitants. Mais l’idée n’est pas d’identifier les lieux dans un travail documentaire : il s'agit, à travers un lieu, de dégager une sorte de symbolique de l'enfermement : centre ou confins de la ville, banlieue , espaces naturels s’effacent au sein d'une porosité. Les photographies gardent paradoxalement une valeur de paysages vus de manière très large ou en champs rapprochés. De ce magma émerge la vision d'une ville-modèle, d'une cité type qui peut être située n'importe où sur la planète. Mais ici la ville perd de sa superbe : l'opulence jouxte la précarité. Elle est autant lieu de survie que de vie. Le corps y est montré comme partie intégrante de la structure architecturale. Anne Favret et Patrick Manet ne cherchent donc pas à montrer un pays aux essences pures et aux gestes parfaits. la "tête contre les murs" ils soulignent l'ambiguïté d'un monde qui nous dévore sans laisser place à plus de liberté. D'Alexandrie à Fort Worth, de l'ancienne Babylone à la nouvelle, l'écart se réduit. Dans le corps du ciel ouvert les buildings ne guérissent pas la maladie endémique de l'humanité. Ils la cisèlent un peu plus. Dallas n'est plus un film. C'est une histoire de solitudes, de peaux de diverses couleurs, de chair à coeur ouvert.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr


Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.