Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Jean-Pierre Formica

Jean-Pierre Formica

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Cet ouvrage n'aurait pas de raison d'être, s'il n'était que la réplique d'autres publications, quoique le thème, aujourd'hui en phase de réhabilitation, n'ait pas engendré autant d'exégèses que la peinture. Aussi, sans nier leur apport, à l'inverse de tant de catalogues ou documents surdimensionnés, de traités partiaux, de livres de vulgarisation hâtivement préparés ou d'autres données pour exhaustifs, qui égrènent les mêmes noms en en prenant soin de ne pas s'écarter des diktats internationalistes, on accueillera dans ces pages des sculpteurs la plupart du temps exclus des grandes messes muséographiques des échanges institutionnels, qui ont aussi le droit de croire en leur destin, les routes de l'art n'étant pas univoques.

L'auteur
Gérard Xuriguera, critique et historien de l'art, auteur d'innombrables publication et d'ouvrages de référence, commissaire de plusieurs centaines d'expositions et de manifestations prestigieuse en France et à l'étranger, est aujourd'hui connu dans le monde entier. Ses prises de position souvent polémiques et sa contribution fervente à la mise en situation de la sculpture monumentale sur tous les continents, en ont fait un personnage hors norme de la sphère artistique.

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J-P FORMICA : A –REBOURS

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

jean-pierre formicaDepuis 2003, les caves de la Maison de Champagne Pommery hébergent des expositions monumentales dédiées à l'art contemporain. La septième édition, Expérience Pommery # 7, accueille l’exposition "Surnature" du peintre et plasticien Jean-Pierre Formica. Cette exposition est la continuation d’un travail sur le sel que l’artiste a commencé au début du millénaire.  Il y explore le problème de l’espace temps dans une stratégie dont le jeu n’est pas absent. Après une volonté de non représentation dans la peinture il veut depuis dix ans  aller a contrario en  inscrivant dans une matière particulière l’évocation des éléments du vécu de l’homme Dans cette déclinaison et en cette étrangeté Formica l’a fait parfois se déplacer au fil de l’eau et s’y décomposer afin de créer d’étranges créatures qui sont de l’ordre de la mémoire rattachée à notre histoire. Après l’armée de sel de dizaines de mannequins, les gisants il y eut les vanités. Ils et elles émergent d’un jardin de sculptures de sel. L’espace, au cœur des Salins du midi, est défini, préparé pour installer les sculptures dans l’eau. Le rythme, le rapport à la nature fut dans ce travail le même qu’un jardin végétal.  La sédimentation de milliard de molécules de sel recouvrant par une cristallisation accumulée une forme volontairement choisie, façonnée, structurée créent des sculptures de sel qui se nourrissent du temps et grandissent avec et par lui. Les particules  font donc naître la forme en la développant sur une structure définie préalablement.

L'exposition « Surnature » met en scène dans les galeries de craie où vieillissent près de 25 millions de bouteilles, des mannequins de confection, des crânes humains ou encore de taureaux. Ces objets sont préparés telles matrices avant d'être plongés dans les eaux salées de Camargue et de devenir des statues de sel. Soumises au 95% d'humidité qui règne dans les crayères, les oeuvres sont appelées à subir une ultime transformation et "fondre" petit à petit. Sont également présentés des dessins, des photos et une vidéo projetée au sol sur un tapis de sel qui témoignent du processus de création des statues. L’artiste montre ainsi les étapes de mon travail, mais l’exposition n’a rien de didactique. Le visiteur est accueilli par un crâne posé sur un prie-dieu avant de découvrir dans une autre crayère des mannequins qui forment des gisants sous l'oeil protecteur d'une Vierge à l'enfant. En une sorte d’hommage aux sculptures chinoises de Xian, Formica a disposé en carré 25 statues de sel, protégées par des pupitres remplis de bouteilles de champagne. Ces  oeuvres nées de et par l'eau, du fait de l'humidité considérable des crayères sont donc vouées à disparaître progressivement  par l'eau selon la procédure très post-moderne induite par celui qui se définit comme le "médiateur entre la nature et le temps".

De telles œuvres font aussi voir le regard puisque la réalité se dédouble avant sa disparition. Les sculptures renvoient à la réalité mais cette ressemblance devient volatile. Au sein de l’enferment, cette échappée aère la vision du spectateur puisque la réduction  progressive des statues provoque un gonflement de l’espace. De telles œuvres sont donc des statues à rebours. Y apparaît un étrange roman d’images, le dos frémissements d’apparitions et un souffle méditatif. La matière devient le fluide propice à la genèse et l’eau des signes en suspension provisoire dans les volumes. Le tout est chargé d’effluves affectives, sensorielles dont le temps est compté avant que tout se dissolve dans l’élément qui le révélait puisque le sel lui-même n’est que matrice provisoire. C’est une manière de transformer l’invisible dans le visible avant que le visible ne se perde dans l’invisible. On n'envisage plus la statue comme une chose dure, pure, immuable pas plus comme une cosa mentale mais comme un lieu de relation et de transformation.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.