TRAVERSÉES DE VALERIE FOULON
par Jean-Paul Gavard-Perret
La peinture de Valérie Foulon est celle des métamorphoses. Contre l’angoisse du temps elle transforme l’espace par la force des couleurs pour un métissage entre le réel et l’abstrait. Le seuil d’accessibilité entre l’un et l’autre est à la fois indiqué et troublé par la couleur au service de l’éclosion des formes de l’intimité.
Il s’agit pour l’artiste moins d’exprimer des idées que de laisser surgir qui est la femme et ce qu'elle ressent au plus profond de son être et dans sa relation au quotidien, à l’événement comme au monde. Dans une époque troublée où nous sommes envahis par un chaos d’idées et d’images sa peinture fait écho à cette confusion mais dans des termes bien différents que celui de la pure abstraction.
Si Valérie Foulon ne prétend pas changer le monde elle ne se contente pas pour autant de faire état de l'impuissance de la peinture. Elle croit encore autant dans le devenir de l’être humain et dans le pouvoir de l’écriture. Son oeuvre reste à ce titre inclassable. Ses œuvres participent d’un certain "métissage", reflet de notre monde multipolaire. Sans doute son travail est marginalisé parce qu’elle ne cherche pas “ l’exotique ” d’un côté ni la soumission au réel de l’autre.
Valérie Foulon privilégie peut-être l’exacerbation des couleurs la présence d ‘un côté urbain de sa peinture. A l’inverse cette prise de conscience pousse son œuvre vers d’autre chose que le réalisme. L’artiste éprouve la nécessité du vent du large à la recherche d’une harmonie des couleurs. On pourrait (presque) qualifier ses œuvres de " romances" dans la mesure où chez l’artiste le sentiment d'être au monde et du monde prime sur une vérité platement " sociologique".
La peinture n'est donc plus chez elle un genre "bourgeois". Elle redevient une forme vivante, malléable, fluide, se prêtant facilement aux expérimentations formelles. Et si le relent autobiographique est bien présent il ne s'agit pas pour autant d'une auto contemplation complaisante. A travers l’expérience de la peinture Valérie Foulon entend comprendre les “ pourquoi ” et les “ comment ” de l’art. Pour elle la peinture n’est forte uniquement lorsqu'elle parvient à exprimer les premières sensations, les premières expériences, les premiers désappointements.
L'artiste peut être considérée comme une exilée de l'intérieure et pour laquelle peinture est une question de survie. Car de deux choses l'une : un artiste risque de se faire avaler par la peinture ou par lui-même. S’il se fait avaler par lui-même, il devient fou. S’il se fait avaler par la peinture, il devient artiste. C’est le cas de Valérie Foulon. Sa peinture n'est pas une mécanique de défense par rapport aux autres, une voie de fuite de la société occidentale. C'est avant tout, une quête de soi, une réflexion sur l'être et le monde.
Faussement narrative l’abstraction de l’artiste offre accès à la réalité par son langage hybride. L'existence même du langage de Valérie Foulon suppose la réalité qu'il parcourt et qui implique son voyage. La créatrice parvient donc à une vraie communication avec la matière. Elle donne l'accès à la "vraie" réalité dans laquelle, selon Baudelaire « l’action est la soeur du rêve ». Dans l’œuvre se discerne une forme de syncrétisme autant contre une explication rationnelle, scientifique du monde, qu’une vision purement mystique.
Il existe en conséquence ici une forme particulière de panthéiste. La matière peinture est la seule base de la réalité. Mais cette base prend chez elle des facultés subjectives qui donnent une harmonie profonde à sa vision du monde. L’artiste ne se contente pas de regarder derrière elle et de prendre le passé comme une sorte de magie qui n'a rien à voir avec la réalité. Elle donne à sa recherche un poids de vie. On ne sait s'il existe une peinture féminine mais ce qui est sûr : celle de Valérie Foulon garde des accents aussi aigus que cosmiques qui n'appartiennent qu'à elle.
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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