Artistes de référence

Sylvie Fournier

Sylvie Fournier

Agnès Bockel : la page Mirondella - le site


Art-thérapie : La peinture qui guérit
Michèle Curinier

Sous la forme d'un bref récit poétique, mêlant son itinéraire à celui des personnes qu'elle accompagne, l'auteur nous initie à la pratique de l'art-thérapie, ici la peinture thérapeutique. Elle nous montre comment l'acte créateur bouscule le fondement même de l'être. Le geste nécessite une liberté intérieure qui ne peut être fabriquée par la pensée. Il s'agit d'un chemin à parcourir où les sens nous ouvrent à la créativité et à la spiritualité. Le corps, le mental et l'âme peuvent s'accorder, faisant sauter les verrous de la dualité qui nous morcellent. Si la voie thérapeutique conseille de regarder ses blessures pour mieux les surmonter, c'est en reconnaissant les forces qu'elles ont fait naître en nous, que nous pourrons guérir et retrouver la vie. C'est dans une approche multidimentionnelle de l'être humain, une approche moins fragmentée de la médecine, de la psychologie et de la spiritualité, que l'on peut retrouver la joie en nous, l'élan vital qui guérit le corps et l'esprit, conduisant à notre véritable " moi ".
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LES SONGES PREMIERS DE SYLVIE FOURNIER

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Qui n'est pas poursuivi par le fantôme d'images  ?   Personne. Et Sylvie Fournier moins qu'une autre. Elle les restitue dans une apparente "naïveté" afin de garder toute l'intensité de ses découvertes et de ses assemblages. Mais cette naïveté n'est pas : En chaque œuvre louvoie  une forme d'étrange volupté qui remonter l'histoire des images sur lesquelles ne peut s'accoler des étiquettes. Si les images des primitifs d'Amérique centrale ou  les apports d’Henri Michaux et de Pierre Alechinsky nourrissent sa démarche, leurs influences ne sont pas directement sensibles. Encres de chine, aquarelles, gouaches, acryliques permettent à l'artiste rejoindre la croisée impossible de chemins entre terre et ciel, entre faille et présence.

Sylvie Fournier permet de toucher à une sensation de vertige : on se laisse emporter dans la compression et détente de la pure émergence.   Sur chaque toile surgit une pluie d’écume de haut en bas, de bas en haut qui envahit.  Celui qui regarde se retrouve comme en instance devant le rempart d'un monde premier, coloré et rupestre.  Effet de corps, effet de paysage, tatouage du temps reconstruisent la peinture dans une sorte de marge. L'artiste retrouve ainsi des images sourdes  Entre passé et futur quelque chose se conjugue qui permet un passage, une lente infusion.

En même temps la peinture retrouve sa fonction de rêve : on peut disparaître dedans au moment où sa créatrice semble une Revenante.  Elle arrime la terre au ciel, la vague à la lumière au sein d'une naturelle transgression.   L'artiste condense, fait revenir ce qu'on croyait mort dans la peinture. A savoir une nécessaire errance au sein d'une cohérence dorénavant défaite pour être recomposée selon des principes plus premiers.

L'œuvre atteint une zone que les mots ne peuvent atteindre. Elle est à la fois dans l'espace et l'enclôt.  On ne peut rendre compte à travers elle que d'éclats de pensée. On tourne autour de sa surface avec l'envie de se lever et de partir, de ne jamais se lever, de ne jamais partir. Peut-être parce que pour Sylvie Fournier peindre revient à  s' éloigner de la peinture toute faite afin de s'approcher d'une plastique plus primitive pour ne plus repartir et aller à la limite où paradoxalement  elle n'existe pas encore.

Une telle peinture fait ce que les mots ne font pas, En elle la joie est la joie que parce que la douleur n'est plus la douleur par des formes dépouillées qui ne tombent jamais dans l'ascèse de l'abstraction. Si la figuration est intempestive elle rattache au monde d'ici-même, d'ici-bas même dans ses effluves oniriques. Tout redevient sensible et rendu à une évidence au moment où le regard obéit à l’ordre cosmique de la  féminité. L'artiste prouve combien elle est sensible au plus obscur passé et au  plus insistant avenir. L'âme se manifeste par divers types de connexions à l'intime. L'origine est là en suspens et intervalle là où la lumière vient butter.  Parmi les ombres appesanties une clarté se produit sur des "présences"  secrètes.  L'œuvre est un élan qui rapporte la saveur de l’origine et notre goût de l’infini  afin que la saisir soit une façon d'engendre le dialogue avec  le temps.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.