Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

France Dubois

France Dubois

Photographe et vidéaste née en 1972.

"Mon approche relevant du documentaire et de l’expérimentation s’articule autour d’une certaine appréhension des lieux. Une auscultation de la ville et un portrait de la figure humaine dans cet espace. Les couleurs et la lumière sont mes guides."

France Dubois : le site


La jeune femme qui descend l'escalier
de Jean-Paul GAVARD-PERRET

Sur le modèle de la Lettre à jeune poète de Rilke, ce livre s’appréhende comme une rencontre différée, une mutuelle invention plutôt qu’un soliloque – sinon à deux voix... Et une visée rédemptrice de celle à qui ce texte est adressé surgit. Par effet retour, elle glisse celui qui parle hors du rien. D’où ce paradoxal corps à corps dans le jeu des espaces d’un côté, et, de l’autre, la vulnérabilité paradoxale des mots au sein d’un « pas de deux » dans ces textes marqués par la danse donc par le corps. Le recours à l’éloignement n’est pas là pour offrir une version nouvelle du fétichisme de celui-là. L’écart créé éloigne des rapports humains contemporains qui s’évanouissent dans la consommation d’une chair provisoirement offerte. Il peut donc exister un goût clinique de l’amour bien fait, un goût du lisse qui forge une relation au sein de la distance. Elle n’est que la conscience aiguë d’un respect essentiel, un point de vie par effet d’empreintes des blessures afin que ces dernières s’effacent.

» Bon de commande ( prix : 10,00 €)
» Editions du Cygne


France Dubois : l'incessant qui se fait voir.

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

France Dubois : "Cadre moyen"
Exposition image/imatge - 2008

Photographe et vidéaste France Dubois crée une œuvre minimaliste dont l'objet est l'épreuve de l'impossibilité. Dans ses images tout disparaît ou presque : on s'approche de l'absence, du silence mais pas forcément du repos et encore moins de la nuit. L'artiste va à la rencontre de l'ineffable, de l'impalpable là où tout où presque disparaît dans une sorte de profondeur silencieuse.

Mais quand tout est effacé de l'image un autre jour apparaît comme lorsque les rêves remplacent le sommeil. Les apparitions que propose l'artiste font allusion à un vide souligné par quelques éléments anodins comme, par exemple, dans  sa série "Cadre Moyen" de 2007, un fil électrique accroché à une prise et allant, hors cadre, on ne sait où. Mais l'étrangeté ne vient pas seulement de quelque chose d'invisible : l'invisible devient ce que l'on ne peut cesser de voir et représente ce Blanchot nommait "l'incessant qui se fait voir".

Le "fantôme" est là pour dérober, apaiser d'autres fantômes ou ceux qui croient en découvrir partout dans les images. Reste chez France dubois ce vide qui exclut d'une istoire de ressemblance. Nous sommes introduit dans l'intimité du vide là où, normalement, il y a quelque chose à voir. Ce vide accueille-t-il ? Pas vraiment même s'il n'exclut pas car il ne se fdeeme pas plus. Le lieu le plus commun reste inaccessible parce qu'avoiur accès à lui se serait accèder hors de lui et perdre à jamais la possibilité d'en sortir.

En ce sens le vide que montre l'artiste n'est jamais un vide "pur". Il n'est pas le beau diamant du vide que Mallarmé contempla, par delà le ciel, comme image poétiqueabsolue. Chez elle il ne s'agit pas d'un "vrai" vide : c'est un vide sans vérité ou certitude acquise qui cependant ne ment pas, n'est pas faux. Il n'est pas non plus la confusion où le et les sens s'égarent. Il ne trompe pas mais pour autant on ne peut s'en désabuser.

En conséquence France Dubois fait de la photographie et de la vidéo un rapport à l'absence au sein de ses expériences et de ses exigences. N'écartant pas absolument la réalité des choses elle nous délivre toutefois de leur poids et de leur présence tant que faire se peut. L'absence et le vide deviennent l'intimité d'une présence en creux où se comble le désir de tomber vers un centre, trplus lumineux que noir, en une chute silencieuse et sans fin.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.