Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Franck LORET

Exposer dans Mirondella
la galerie d'art en ligne d'Arts-up


frnck loretFranck LORET

«Mes structures dessinent la trace d’événements passés. Une représentation physique du cheminement invisible des sentiments; maillage des liens qui nous unissent les uns aux autres.»

Franck Loret : le blog


Franck LORET. D'entre les lignes

par Jean-Paul Gavard-Perret

Franck LORET, "Zones fragiles", Galerie de Buci, Paris
(19 février - 14 mars 2009)

Franck Loret -
Fragments Interiéures (Oeuvres en Papier
)
franck loret

 

Le travail de Franck Lloret, comme il le définit lui-même « s'appuie sur l'idée du chemin, de la trace, de la possibilité du voyage.». L’artiste exploite non le plein mais l'interstice pour montrer ce qui s’y passe.
Ses sculptures de papier possèdent un dynamisme particulier : elles dessinent la représentation physique du cheminement invisible de l’être et de son affecte et tissent une suite de maillage des liens qui unissent les être entre eux. Mais l’artiste ne s’arrête pas là : il « complique » ou plutôt densifie son projet d’une série de rhizomes, qui deviennent le sceau de la multiplicité des histoires qui nous construisent. ? Chaque structure veut toucher par cette mise en forme dont la légèreté reste capitale : pour Lloret il faut en effet qu’à travers elle l’air passe. Et la lumière aussi.

 

 

 

L’artiste met en scène des « signes » disponibles, en réserve. Leurs plis sensibles le sont, certes, d’une manière légère, mais profonde et deviennent un cri muet. Formes sans nom, couleur sans objet : autant de dons que le créateur prodigue, chasseur de comètes, puissant lanceur de soleils. Son approche fuit toute définition statique. Tout est mutation, dynamisme jusqu’au bout de ses doigts. Patiemment ils pénètrent la pénombre et en ressortent d’un vocabulaire particulier. Surgissent divers réseaux sur l’opale des jours. Se dressent des racines déterrées pour libérer la lame reflet d’une aube nue. Lignes et plis jettent la lumière en dentelles contre l’ombre dans un appel muet, presque impossible.

Laiteuses les sculptures deviennent des gerbe et portent la maison de l’être. On sort de la vie suppliciée pour redevenir enfant comme au milieu des orties bleues de la mer. Lloret les arrache comme la mémoire à sa chair. Tout est ouvert à l’attente afin de ne plus porter la mort au feu. Dans des verticales la lumière encercle la nuit, ouvertes par rafales. L’artiste lave le temps entre l’asphalte et le cri de la meute.
Il ordonne ses structures à même le vent des jachères. C’est un défi tant il écarte l’horizon à travers la jungle de ses plis. L’enfant en son ventre étire l’arc-en-ciel du velours de ses doigts. Du mouvement des feuillages au secret de la mer il appelle les savanes de vie et fait exister un à un les battements de cœur de celles et ceux qui regardent.
Surgissent un sel éclaté, un ruissellement d’ailes. Par les doigts magiques de l'artiste se nouent et renouent l’ivraie comme l’ivresse du monde. Et de telles structures semblent venues d’un pays où jaillissaient les eaux d’aurore au mutisme obligé. Lloret n’écoute plus le noir, sinon celui de tes plis dont peut venir l’oubli.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.