Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Franck Olivas : compositions et anamorphoses.

Franck Olivas

franck olivas

Né en 1970 dans le Val de Marne (France). Vit et travaille dans le Var (France).

Franck Olivas : la page Arts-up, le site


L' art contemporain ne signifie pas l'art d'aujourd'hui. C'est un label qui estampille une production particulière parmi d'autres : l'art conceptuel promu et financé par le réseau international des grandes institutions financières et culturelles et, en France, par l'État.
Né dans les années 1960, il est apparu dans les années 1980 comme le seul art légitime et officiel ; mais ce temps semble toucher à son terme. Sa visibilité officielle occulte un immense foisonnement créatif : l'art dit " caché ", suite naturelle de l'art depuis le paléolithique. On y trouve aussi bien le grand art que les artistes amateurs. Plus encore, le grand art aujourd'hui suit des voies singulières ; il n'est plus porté par aucun style; il est donc difficile à reconnaître et à apprécier. Mais il existe et qui veut le chercher le trouve ! Cet essai très documenté explicite l'histoire et la nature de l'art contemporain. Il retrace les péripéties de la controverse, le plus souvent souterraine, qui agite le milieu de l'art depuis plusieurs décennies, jusqu'à ses tout derniers épisodes. Il dévoile cet art dissident que l'art officiel cache. Et surtout, il rend la parole aux artistes sur leur pratique et sur le sens qu'ils lui donnent.
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Franck Olivas : compositions et anamorphoses.

par Jean-Paul Gavard-Perret

franck olivas Il y a dans les photographies de Franck Olivas une suite de lignes sensuelles mais aussitôt cassées : éros et conduite de deuil. On ne peut désormais plus s'agripper à l'image comme planche de salut : ses jeux de miroir nous font chavirer, bref l'artiste méduse notre radeau. S'engendre à la surface des trompe-l'œil un étrange tour de passe-passe entre l'âme (faute de mieux) et le corps qui dans la plaisir-douleur mêle sans les confondre le jeu des lignes pour mieux nous perdre de dedans. Le tout en des battements cérémoniels de mesure et de démesure qui viennent déranger nos sensations et notre vision.

Dans les marges substantielles (le blanc ou le noir) que le devenir de l'oeuvre incorpore, Franck Olivas fore en retrait ces images comme s'il appliquait l'espace sur lui même. Rencontre blanche, contact noir : toujours en retrait mais sans rien de trop. Juste ce qu'il faut afin d'enfouir et de déployer. Suspens et retombée. Répons dévoilant la profondeur du contact dans le blanc, dans le noir.

La photographie est à fleur de peau. Sans y toucher même lorsqu'elle se met à nue. Le regard doit reprendre ses parcours pour comprendre ce qui à la fois déborde et fait repli . De la sorte Franck Olivas nous force à évaluer nos forces, nos faiblesses, notre violence, notre envie.Il y a là autant prise de vue (comme un rapt photographique stratégique bourré de leurres) et prise par le ventre.
L'artiste se et nous met en aptitude de voir l'impossible et de découvrir dans le contour le centre et le centre dans les contours. Sur l'à-plat photographique divers plans (comme autant de sous sols) se mêlent là où s’allonge le geste sur lequel l’attention doit porter. Emerge une figuration lente qui est substance, conduite forcée, retour sans l'aller là où surgit l'apaisement du blanc par le noir et du noir par le blanc en une sorte lumière étrange, "Lumière et non éclairage" comme disait Bram van Velde.

Plus que de traces il faut alors parler de partition de lumière dans ce qui tient à la fois de l'épaisseur, de l'union et de l'exclusion bref du principe même de l'anamorphose où tout se joue dans un dévoilement de ce qui n'appartient pas de connaître. Entre la nécessité du secret et l'impératif de l'image, entre le corps de l'être et le corps de photographie il y a bien une partition troublante qui souligne dans cet aigu-grave la solitude et le silence. D'où sinon la seule du moins une question majeure que pose l'œuvre - Que cherches-tu? - Peu importe. - Qui es-tu? - Je l'ignore. - Où iras-tu? - Là où pleurent ou jouissent les hommes. .

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

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Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.