Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Raymond Furlotte

Raymond Furlotte

raymond furlotte

Né à Eel River Crossing au Canada, sur les côtes acadiennes, Raymond Furlotte, se découvre artiste dès sa tendre enfance.

Ses oeuvres ont été présentées dans une centained'expositions individuelles et collectives, dont le Palais des congrès de Montréal, le Château Dufresne, le Centre Pierre-Péladeau et la Tohu.

À l’étranger, il a exposé à New York, à Tunis et dans de nombreuses villes d'Europe.

Ses oeuvres se retrouvent dans plusieurs collections au Québec, au Canada, aux États-Unis d'Amérique, en Suisse, en Irlande, en France, etc.

Raymond Furlotte est un artiste complet, multidisciplinaire comme il se définit lui-même.

Ouvert aux autres et au monde, Raymond Furlotte est aujourd'hui un grand artiste dont le talent est reconnu au niveau international.

Il est aussi connu pour son extraordinaire collection d'ours Steiff et sa participation à la reconnaissance de l'art postal.

Raymond Furlotte :

le site - la page Mirondella

interview - art postal



RAYMOND FURLOTTE : OURS VA

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

raymond furlotte

Au début des années 1980,  le Québecois Raymond Furlotte eu un coup de foudre pour un ours au regard mélancolique dans une vitrine d’un antiquaire du Vieux-Montréal.  Une dizaine d’années plus tard il achète son premier ours « Steiff » en  Autriche. Depuis c’est pour le peintre une passion vivace. Il est même devenu membre  de « Club Steiff ». Il est allé en Allemagne visiter la société créatrice de cet ourson et le musée consacré à sa production.  Dans la crevasse des souvenirs, sous les flocons du temps, les ours du peintre vont. Autres et lointains, autres mais voisins. Ils sont devenus par leurs jalons des biographes et des témoins de l’artiste et de son monde. L’hiver, leurs traces sont visibles dans les congères aux beaux seins de glace de son pays. Ils représentent pour lui les figures des légendes (même urbaines) et autant de blasons. Plus gamin que beaucoup d’artistes qui se prennent au sérieux, les ours lui permettent d’entrer dans les forêts de songes dont il devient le bâtisseur.

Nombre de ses acryliques présentent nos ours étrangers de l'intérieur comme autant d’araignées dans notre tête ou de poissons dans nos cheveux. Raymond Furlotte ne s’amuse pourtant pas à les peindre ou les illuster. Mais les ours lui permettent d’entrer dans une  « antre-opologie » de notre histoire primitive et post moderne. Le peintre n’a cesse de détourner nos images dont le prototype est son « Chevalier des temps modernes ». Les branches de lunettes sont remplacées pare des fourchettes... On ne sait s’il y aura de l’ours à manger… Mais comme eux  ses toiles sont à croquer. Comme eux encore elles pensent que nous sommes de même. Car pour Furlotte l'homme est un ours pour l'homme. De cette métaphore et miroir de la nature humaine il crée des œuvres d’un esprit surréalisme dans lesquelles l’humour dévastateur flirte avec la dénonciation de nos maîtres et de nos fantômes.

De telles œuvres créent un malaise dans notre civilisation policée. Acteur conscient de la crise du monde, le peintre injecte du doute. Il nous assène par ses images une vérité  :  ne sommes-nous pas que les pléonasmes de l’évolution d’une civilisation qui nous mange de plus en plus ? Et c’est justement parce que ses images sont, elles, tout sauf des pléonasmes qu’elles nous bousculent. L’ours rappelle (inconsciemment ?) à l’artiste que l’homme est tout  en fourrure et griffes. Il est sauvage, il est aussi le névrosé. C’est pourquoi il ne faut pas prendre ses images pour une surréalité. Ce détour nous ramène à qui nous sommes, à qui nous sommes réduits. L’œuvre s’adresse à notre imagination morte afin que nous imaginions encore.  Raymond Furlotte nous dit par la procuration de ses images que s’il doit demeurer entre les êtres un mur de neige, l'ours nous fait fondre dedans en réveillant notre inquiétude métaphysique.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.