DEPEINDRE OU LA PEINTURE QUI NOUS REGARDE
par Jean-Paul Gavard-Perret
On ne peut parler du plasticien d’origine soissonnaise, Gaël Davrinche sans faire appel à certaines œuvres déterminantes de l’histoire de l’art occidental (Bruegel, Ingres, Velazquez, Van Gogh etc...). L’artiste les revisite, les reprend ironiquement à son compte. Toutefois c’est bien réduire son travail que de lire comme je l’ai lu quelque part qu’il revisite les œuvres vénérées « à la manière de dessin d’enfants ».
Certes il existe chez lui la même nécessité vitale qui pousse l’enfant à peindre et qui prouve jusqu’à l’existence même de la peinture. Selon Soulages en effet la suprématie de l’art plastique sur toutes les autres formes d’expression se résume à une constatation : « donnez un crayon à un enfant et aussitôt il dessine ».
Gael Davrinche, saisi par l’aura des œuvres majeures, prend cependant ses distances avec celles-ci. Les considérant moins comme des déesses que des réceptacles, le peintre fomente son travail d’adoration mais à distance. Il fait de sa création quelque chose d’indépendant. Il se dégage de tout lien d’appartenance en déplaçant les notions même de peinture, caricature et dessin au sein d’opérations anachroniques qui bousculent les repères.
Dans sa dialectique iconoclaste le peintre ne craint pas d’oser une autonomie formelle qui donne à son œuvre, en dépit de sa jeunesse, un langage plus qu’un simple style. Son travail n’a donc rien d’un succédané pictural. Aussi éloigné d’un réalisme formel que d’une connivence avec le spectaculaire Davrinche y apparaît comme une valeur sûr. Il sait se dégager des critères conceptuels ou naturalistes qui de fait sont étranger à l’art et donc extérieur à lui.
Comme on le voit, l’artiste est déjà sur le chemin d’une forme qui n’est ni géométrique, ni organique. Et il met l’accent sur l’essentiel : à savoir rechercher dans les formes elles-mêmes, c’est-à-dire dans le jeu de leur formation et de leur re-présentation et non pas dans celui de leur symbole ou symbolique, le principe de leur présence et de leur aura.
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
![]() Les Ménines 2005, inspiré de Vélasquez acrylique et crayon sur toile demi diptyque 180x320 cm | Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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