DANS DE BEAUX DRAPS : CONFINS DU CORPS
par Jean-Paul Gavard-Perret« Atteinte au corps »,
Double exposition collective
jusqu' au 13 février 2010.
Corinne Lempen Bret
15, rue de Boigne
73000 Chambéry ( France)
tél. 04 79 75 39 27 tél. 06 22 00 69 94
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La peinture et l’art en général doivent avoir un corps. Non seulement parce qu’ils sont le lieu des formes mais parce qu’il existe de l’obscur en nous. La tache de l’art est en conséquence de le faire sortir en montrant du corps ou en ne le montrant pas, en choisissant la figuration ou à l’inverse (et pour faire simple) la voie de l’abstraction.
La matière première de l’art quel qu’en soit le genre ou la forme est donc son étendue, sa résistance et son atypie. Natacha Dubois-Dauphin choisit pour ses « atteintes du corps » un cheminement où à l’induction physique se substitue sa déduction. Suberville pour sa part décide de l’aborder à travers le portrait. Mais ces deux voies comme celles de Fabrice Midal, Mister Hélic, Christine Crozat, Jean Stern ou Daniel Schplaefer ne se contredisent pas. Chacune à leur manière elles forment des zones privilégiées, claires et distinctes du rapport au corps quel que soit le sens qu’on accorde au mot « atteinte ». Qu’il s’agisse de l’approcher ou de l’ « abymer ».
L’exigence de l’art à avoir un corps se fonde soit sur un principe de « passivité » (Deleuze) dans l’obscur et le confus, soit sur une activité dans le clair et le distinct. Même si tout ce qui peut avoir rapport au corps de l’art conserve des approches et des mouvements qui ne sont connus par l’artiste lui-même qu’obscurément. Mais dans cette exposition de groupe chaque œuvre se prolonge dans la singularité de celles qui la jouxtent.
L’ensemble reste sombre et hallucinatoire. Il s’agit un monde le plus souvent de catalepsie, d’évanouissement mais aussi d’étourdissement et de surprise. Surgissent des perceptions profondes qui déséquilibrent notre perception. Marie-France Arlaud ou Daniel Schlier créent des œuvres où à une douleur succède un plaisir sans que l’on puisse dire qui de l’un ou de l’autre prend le dessus. Natacha Dubois-Dauphin pour sa part assène ses coups au corps en sourdine et de biais. Mais dans la succession des œuvres exposée la faim, succède au rassasiement par le passage de perceptions à d’autres.
Chaque artiste proposes ses aiguillons. La représentation qu’il veut donner aux atteintes du corps se fait de manière métaphorique ou directe, Dans tous les cas le corps est pulvérisé pour être recomposé loin de tout processus de totalisation même s’il existe une logique d’ensemble à cette exposition. Le lien est donné par Corinne Lempen-Bret qui a réuni les artistes essentiels pour elle et pour sa vision du monde. Tout est composé de parties qui ne le sont pas. D’où la force de l’ensemble. Il produit une sorte de grand pli sinueux qui se développe dans les deux expositions qui se succèdent ou plutôt s’enchaînent.
La galeriste a su choisir pour son exposition une méthode de genèse interne et subjective. Plus que les différences entre les œuvres il faut savoir en apprécier les liens. L’espace de la galerie devient un ensemble ou le nexus des rapports entres les œuvres. Surgissent un impensé du corps de l’art et d’un certain art du corps. Ce dernier est creusé pour aboutir à des monstrations déterminantes et une position d’équilibre et de déséquilibre, baroque en quelque sorte. La double exposition signifie l’obscur du corps par l’éclaircissement de l’art. Elle plonge dans la chair sourde de ses matières pour déterminer une clarté de prise et de déprise et afin que au confus succède du distinct.
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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