Artistes de référence

Stéphane Gantelet

Stéphane Gantelet

la galerie Mirondella / le blog

contact : s.gantelet@gmail.com



Collection Palettes , l'intégrale - Coffret collector 18 DVD
par Alain Jaubert

Palettes: une série de films consacrés aux grands tableaux de l'histoire de la peinture.Grâce aux plus récentes techniques de l'animation vidéo , les secrets des images sont racontés comme autant d'aventures dans le plaisir et la découverte. Cette intégrale présente une collection de 50 films , une exploration de 50 tableaux de maître par Alain Jaubert. Disponibles pour la première fois: 4 dvd inédits(Le Caravage , Véronèse, Kandinsky , Bacon...) ainsi qu'un entretien exclusif avec Alain Jaubert sur l'histoire de Palettes. 

Biographie du réalisateur 
Avec Palettes , Alain Jaubert raconte l'histoire d'un tableau à la façon d'une investigation policière en offrant au spectateur une cascade de découverts et d'explications. 

Contenu du coffret: 
1 - Lascaux : Lascaux, préhistoire de l'art - La nuit des temps 
2 - Peindre dans l'Antiquité : Euphronios - Pompéï - Fayoum 
3 - Naissance de la pespective : Sassetta - Uccello - Piero della Francesca 
4 - Mystères sacrés : Van Eyck - Grünewald - Le Caravage - Véronèse 
5 - Le Temps des Titans : De Vinci - Titien - Raphaël 
6 - Le siècle d'or des Pays Bas : Rubens - Rembrandt - Vermeer 
7 - Le grand siècle français : La Tour - Le Lorrain - Poussin 
8 - Le siècle des Lumières : Watteau - Chardin - Fragonard 
9 - L'image en Orient : Shitao Hokusai - Miniatures persanes 
10 - Autour de 1800 : David Géricault - Goya 
11 - Du romantisme au réalisme : Delacroix - Ingres - Courbet 
12 - Naissance de l'impressionnisme : Manet - Renoir - Monet 
13 - Après l'impressionnisme : Seurat - Lautrec - Vuillard 
14 - La révolution Cézanne : Gauguin - Van Gogh - Cézanne 
15 - Les grands modernes : Picasso - Bonnard - Matisse 
16 - De Duchamp au Pop Art : Duchamp - Klein - Warhol 
17 - LES INEDITS : Bacon - La dame à la licorne - Kandinski 
18 - Palettes les compléments : Palettes, une histoire - Clin d'oeil - Livret 48 pages 

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STEPHANE GANTELET : GERMINATIONS
par Jean-Paul Gavard-Perret




Stéphane Gantelet : Graine
bronze coulé à cire perdue (pièce unique) 
stéphane gantelet
Tout sculpteur d'une manière ou d'une autre n'a qu'un but : toucher le fond du réel jusqu'aux limites du tolérable à travers la matière mais aussi par un thème central. Chez Gantelet ce dernier est aussi astral que terrestre. Le paroxysme passe par la figure du germe. L’artiste la reprend sous diverses déclinaisons. Il représente l'exacerbation de sa recherche. La vie ne peut y être saisie que sous cette forme. Gantelet n’a donc qu’un but fertiliser de ses formes l’univers. Et ses germes possèdent des facettes reliées des unes aux autres. Elles sont issues de la matière même mais aussi de la dextérité, des muscles, de l'affect et de l'esprit de celui qui est possédé par la rage de saisir et de faire surgir à travers pliures et multi-faces.

La sculpture de Stéphane Gantelet est donc d’une puissance rare. A cela une autre raison majeure. Ce travail invente le lien entre le plus friable et le plus solide afin de créer leur existence intime ininterrompue. Du papier modelé dans un origami à l’occidental l’artiste passe ensuite à la matière noble. Le bronze métamorphose ce qui dans le papier n’était encore qu’en gestation de la gestation. En un exercice de lenteur et d’alchimie se crée alors une "écriture" des surfaces. Pourquoi les séparer ou pourquoi les unir ?  Elles sont retenues comme si elles ne voulaient pas être lâchées au sein d’une douceur (en dépit des effets de « forge ») qui les assagit. Mais pour faire jaillit une intensité particulière. Elle accapare sans déborder.

Nous retournons ainsi à un âge d'or de la sculpture et nous nous en réjouissons. Les formes stylisées pallient le manque et laissent sourdre une germination. Insistance, délicatesse : tout est là. Les formes ne s’envolent  pas comme chez Chagall. Mais comme chez  un grand sculpteur mort prématurément : Louis Chavignier. Tout dans l’œuvre de Gantelet est attente et espérance (proches l'une de l'autre). L’artiste en est l'ordonnateur mais il faudrait le voir au moment préparatoire de la création pour comprendre toutes ses métamorphoses qui font passer du mou au dur et paradoxalement du statisme à l’érection.

Les arrêtes des formes retiennent mais ouvrent à la fois. Tout joue entre courbe et plaque pour suggérer le dynamisme latent. D’une pièce à l’autre se découvrent de nouvelles précisions. L’œuvre s’inscrit dans la continuité et devient plus que style : un langage avec chaque fois des avancées. L’artiste propose des séries de naissances qui contiennent forcément des abandons. Il cherche avec son intelligence, sa technique et son émotion. Celui qui regarde fera le “ reste ”. Mais pourtant il y a un paradoxe dans cette attitude. Lla plupart des statues séduisent non seulement parce que la matière en est  riche mais parce que le côté convaincant existe déjà par le génie des formes inventées par l’artiste.

La force vitale accapare toute l'étendue du « discours » sculptural. Mais il faut de la durée, c'est-à-dire des dessins en grand nombre pour que la statue prenne forme idéalement et que tous les préparatifs sur lesquels se sont arrêtés les regards de l’artiste participent au « corps » unique de la statue finale dans sa douceur qui fascine (et sans que le plaisir tue comme aurait dit Baudelaire).

Une suite de germinations éclot pour que nous cohabitions - un temps - avec l'immortel. Par le bronze et ses feux nous accédons à l'empyrée Nous buvons le fond du ciel. La planète et son atmosphère font un seul corps. L'une brille quand l'autre fond. Vagues et mouvances, pliures émergent pour chevaucher le temps vers l'ailleurs et le futur. Toutefois les sculptures de Gantelet peuvent être vues aussi comme l’arrière pays de nos songes. Légères en dépit de leur poids de matière elles filent sur la voix lactée de nos mémoires afin de rejoindre l'espérance que l'homme se promet mais en même temps trop souvent condamne.

Le jeu des divers pans et surfaces  est un signe de vie intense et les contorsions données aux contraintes de la matière ne cessent de rappeler la lutte de l'être. Pour survivre il devient tel le héros celte Cuchûmain.  Plongé successivement en trois cuves d'eau froide, il faisait éclater la première, bouillir la seconde et tiédir la dernière. Le germe de Gantelet  lui ressemble. Et en ses différents bains de matière l’artiste apprend la "sagesse" de la sculpture en la dépouillant des dorures d’apparat qui ne font que l’appauvrir.

Le germe devient  épique. Mais pas seulement. Plus en attente et en éveil qu'en véritable repos il est  là hors de toute aventure comme de tout mythe. Nocturne ou diurne, suggéré par des tracés géométriques et curvilignes, il devient le seul relief dans l'espace qui le circonscrit. Imperméable à la durée, il ne semble admettre qu'un temps suspendu, presque éternel à travers la matière dans laquelle Gantelet l’imbrique et dans la manière qu’il le hisse. Il ne s’agit plus d’un fantôme mais d’une créature soumise par la matière à l'apesanteur et éloignée des vicissitudes que nous connaissons.

De telles sculptures sont fascinantes. Elles deviennent la traduction du mouvement en termes forcément immobiles dans sa restitution. Il y a là un dynamisme immanent et une présence fabuleuse, obsédante mais aussi organique voire érotique.  Le germe est donc la Présence vivante par la puissance de la fixer sans la fixer - car fixer ce serait tuer. C'est pourquoi toutes les sculptures de l'artiste revêtent une allure jaillissante. Chacune d'elles reste " l'objet " d'une entreprise toujours à recommencer, à reprendre sur des bases différentes. Chaque reprise constitue une aventure nouvelle. Il s'agit cependant moins de perfectionner que de donner une chance nouvelle aux formes reprises et à leur matière. Chaque pièce reste enfin le moyen de témoigner de la réalité humaine, mais de manière transcendée.  Le germe signe le mariage du ciel et de la terre. Il ne lui manque que l’eau sinon l’eau de feu dans laquelle l’artiste l’a déjà trempé.

 

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.