Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Gao Xingjian


Gao Xingjian

Gao Xingjiang


Gao Xingjian : Le Goût de l'encre
de Michel Draguet

Dramaturge, romancier, nouvelliste, Gao Xingjian, prix Nobel de littérature en 2000, est aussi peintre. Le présent ouvrage constitue le premier essai consacré à l'œuvre peint de Gao Xingjian. Le livre met d'abord l'accent sur la dimension de cette recherche liée à un désir de repenser la tradition chinoise de peinture à l'encre. L'œuvre que Gao Xingjian poursuit depuis 1964 se développe à travers différents thèmes : le rapport à la tradition, le désir de briser le carcan des conventions en se tournant vers l'Occident, l'appropriation moderne de la technique ancestrale de l'encre. Les conditions d'émergence de l'image, le rituel spiritualiste qui conduit à sa formulation. À cette lecture intérieure de l'imaginaire pictural de Gao Xingjian répond sa mise en situation dans une œuvre multiple travaillée par l'engagement sur la scène littéraire face à l'évolution politique de la Chine (Révolution culturelle, événements de Tian'anmen) de cet écrivain, rapidement perçu comme un opposant majeur. Au-delà des mots, libre des orientations qu'impose le langage, la peinture s'est imposée à Gao Xingjian comme le lieu même d'une recomposition du sujet. ...
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Gao Xingjian entre deux mondes ou l'homme sauvage.

par Jean-Paul Gavard-Perret

Gao XingjianSans qu’on le sache vraiment, Gao Xingjian est peut-être le plus connu des artistes chinois : à cela une raison majeur. Il a obtenu le prix Nobel de Littérature… Mais ce paradoxe n’est pas le seul : on lui a reproché ce que beaucoup de critiques affirment lorsqu’ils évoquent l’art d’avant—garde chinois : sa prolifération à l’étranger. Cela prouverait qu’il ne s’agit là que d’une pâle copie de l’art occidental… Vision approximative contre laquelle en France une revue comme Art Press s’est élevé en faux mais qui a encore la vie dure .

Gao Xingjian a grandi au milieu des conséquence de l'invasion japonaise en Chine orientale. Sa mère actrice éveille son fils aux arts et à l'écriture. Formé dans les écoles de la République populaire eil obtient un diplôme de français à l'Institut des langues étrangères de Pékin. Il traduit Ionesco, Prévert et Michaux (entre autres). Ces auteurs l’ouvrent à l’esthétique occidentale et au thème de l’absurde. Cela lui vaut , au moment de la Révolution Culturelle, de se retrouver pendant six ans en camp de rééducation à la campagne. Il est forcé de brûler une valise où il avait rangé ses manuscrits et n’est autorisé à partir en France et en Italie qu’à le mort de Mao. Il y publie nouvelles, essais et pièces de théâtre. Son avant-gardisme et sa liberté de pensée lui ont attirent les foudres du Parti Communiste de Chine car ses théories esthétiques vont à l'encontre des dogmes du réalisme révolutionnaire. Ses spectacles expérimentaux influencés par Artaud et Beckett sont toutefois joués au Théâtre populaire de Pékin et trouvent de plus un public. Mais sa pièce « Arrêt de bus » est condamnée lors de la campagne contre « la pollution spirituelle ». Sa pièce « L’homme sauvage » fait l'objet d'une grande polémique intérieure mais suscite même l'intérêt de l'opinion internationale. « L'Autre Rive » est interdit de représentation et en 1987 Gao Xingjian est contraint à l'exil. Depuis il vit en France. Et en 1997 il obtient la nationalité française.

Gao Xingjian s’il est plus connu comme écrivain est aussi un peintre. Ses premiers tableaux exprimaient obstinément une pénétrante menace rendue par les masses sombres, mais ils affirment la victoire ultime de la clarté. Après 1978 il abandonne l’huile pour l’encre et s’en explique de la manière suivante : « Ma première visite à des musées européens, en 1978, a bouleversé mon rapport à l'art. Jamais je n'avais admiré de chefs-d'œuvre à l'huile en original. Quelle luminosité, quelle intensité, quelle onctuosité ! Ma propre palette m'a paru terne, opaque. L'histoire dont j'étais porteur ne pouvait me permettre de créer, de progresser avec les armes occidentales : j'ai abandonné l'huile pour l'encre. Depuis je m'attache à enrichir la pratique du monochrome noir, maîtrisé dès le VIIIe siècle par Wang Wei de façon si inventive que ses éternels zélateurs, aujourd'hui encore, l'imitent sans innover. » L’artiste utilise des matériaux chinois traditionnels (papier de riz, pinceau en poil de chèvre) et module son encre noire en des centaines de nuances. Cependant, il applique aussi des techniques propres à l'Occident pour ses drapés, ses glacis translucides et ses effets de profondeur. Réalisés à l’encre de Chine, ses tableaux, de toutes dimensions, conjuguent abstraction, figuration et panthéisme. Ses mystérieux paysages entraînent dans un voyage vers les profondeurs de l'âme. Leurs titres son évocateurs : « Recueillement », « Oubli », « Surprise ». S’y dessinent les contours d’une nature saisie dans un clair-obscur qui ne sont pas sans évoquer la contemplation romantique digne d’un Caspar Friedrich mais aussi d’un Hunderwasser plus près de nous.

A travers ces paysages l’artiste montre les relations entre les êtres humains, c'est-à-dire, concrètement, les corps et le monde. Il peut jouer avec les lieux de manière libre. Par leur lumière ils peuvent devenir des personnages et influencer l'action, les sentiments, les relations des êtres. Et ce au moment où son pays est à une charnière importante de son histoire. Il ouvre la Chine à une perception plus intime de l’être et de son inconscient donc à une forme d’introspection ignorée par le réalisme communiste. C’est pourquoi on a fait de lui suite le symbole d'une génération avant-gardiste. Selon Gao Xingjiani l’art n’a pas d'autre solution que de faire des expériences, de tâtonner plus ou moins bien plus ou moins mal qui de fait montre que « Le pire, ce sont les bourreaux de l’idéologie qui s'ignorent ». Pour lui la grande question demeure la suivante : que l'individu soit considéré comme tel par la communauté et non pas qu'il soit vu seulement comme un moyen d'assurer l'existence de celle-ci. Toutefois il ne peint pas uniquement pour critiquer l'utopie communautaire, mais afin de suivre sa logique individuelle. Pour lui « La peinture, c'est d'abord fait pour admirer quelque chose ». Il rejoint en ce sens Deleuze en montrant que cela constitue toutefois un lien avec la politique. L’artiste se plait d’ailleurs à rappeler que ce sont les problèmes qui l’intéressent et que la réponse est apportée par celui qui regarde : « Cela suppose une nouvelle manière de peindre » dit-il.

Dans ce sens il y a une influence des œuvres littéraires qu’il aime (Beckett, Michaux, tous ces auteurs si proches de la peinture). Laissant courir son imagination jusqu’à ce qu’une encre soit réalisée il songe à l’endroit, aux environnements dans lesquels il a grandi et vécu mais pour les transcender. N’essayant jamais de figer son esthétique il a besoin de différents arts pour s’exprimer. Toutefois et même si ce n’est pas ce qu’on retient le plus aujourd’hui, sa peinture reste la partie la plus intéressante de son travail car le créateur y est le moins didactique. Il montre l’errance, le flot des hommes, la terre, la fondation de l’être par la confrontation des images de vie stable et celles de l’errance. Gao Xingjian ne veut même pas savoir ou cela mènera, il avance. En se demandant parfois pourquoi le roman et la peinture se sont si éloignés. Les deux pratiquent des formes de fiction et de réalisme. Selon le prix Nobel il n’est pas nécessaire qu’ils se séparent, au contraire il est préférable qu’ils soient intimement liés et il ajoute : « les gens ne semblent plus admettre la collaboration entre ces deux pratiques. Donc je me sens seul tout en vivant dans ces deux mondes ».

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr


Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.


C'est son formidable dynamisme qui caractérise l'art contemporain chinois et aussi sa jeunesse, son énergie, sa vitalité, son humour. Cette scène peu et mal connue, Michel Nuridsany nous la fait découvrir dans des textes alertes et complices, informés aux meilleures sources : les artistes eux-mêmes. La Chine, il y va depuis 1996, visitant les ateliers, fréquentant les artistes dont beaucoup sont devenus des amis, assistant aux biennales et aux évènements les plus considérables de ces dernières années, spectateur privilégié des transformations qui ont propulsé cet art au premier rang sur la scène internationale. En parfait accord, Marc Domage a photographié les œuvres, les artistes, mais aussi les ateliers, les appartements, (environnement les vernissages, les galeries, les musées, les rues, les gens. Bref, voici la scène artistique chinoise comme si vous y étiez. Vous découvrirez ici l'effervescence de la fin des années 1970 avec le groupe des Étoiles, le Pop Politique et Cynique des années 1980 et 1990, le Gaudy Art et l'émergence ironique et heureuse de la toute jeune génération qui s'exprime à travers la performance, la vidéo et les jeux vidéo. En 30 artistes, 30 ans d'art contemporain chinois.

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