Artistes de référence

Gérard Garouste

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Gérard Garouste

Gérard Garouste, né en 1946 à Paris. Ecole des Beaux-Arts de Paris. Vit et travaille à Marcilly-sur-Eure dans l'Eure, où il a fondé une association d'action éducative et sociale d'aide aux enfants par l'art nommée La Source.

Gérard Garouste : encyclopédie Wikipedia

 


Gérard Garouste : hypothèse sur la rédemption par la peinture.

par Jean-Paul Gavard-Perret

« L’Intranquille, Autoportrait d’un fils, d’un peintre, d’un fou » avec Judith Perrignon, L’iconoclaste, Paris.

Sans doute le père de Garouste aurait accusé (entre autres griefs) son fils de s’être « enjuivé » avec Judith Perrignon pour écrire ce qui lui serait apparu comme un règlement de compte. Il y a d’ailleurs un peu de ça. Beaucoup même. Mais le livre permet surtout de comprendre l’origine de la peinture  de celui qui dans son enfance comme aujourd’hui a souvent l’impression d’étouffer en un pays « aux idées très arrêtées » jusque dans « son concept d’avant garde ». Entre la mère patrie et un père « modèle » mais enrichi sous l’occupation grâce à la spoliation des biens juifs le chemin ne fut pas facile (euphémisme !) même si l’artiste est arrivé à atteindre une forme de détachement. Pour preuve, au moment de l’écriture de son livre c’est pratiquement incidemment que le peintre apprend à sa co-auteure la mort de ce père longtemps tenu à distance par la seule force d’un art qui plus qu’un « métier » fut une question de survie.

Dès lors on comprend que pour Garouste les questions de théories esthétiques ne sont  pas au centre de ses préoccupations. La réussite non plus même si elle n’est pas anecdotique pour le face à face à distance avec le père biologique comme avec ceux qui tiennent les registees de la loi artistique. On comprend mieux aussi à travers ce livre ce qui dans la peinture de l’artiste pourrait sembler un laisser aller ou un désordre apparemment.  La « logique circulaire » de l’œuvre prend sa source dans la nécessité de se sauver presque confusément par la volonté de peindre jusqu’à l’épuisement afin de remonter une pente existentielle dont Garouste se sentit l’héritier honteux

Le travail du peintre à l’origine fut donc élaboré d’une part par le besoin quasi inconscient de dessiner contre la « parole » paternelle et d’autre part à travers la recherche consciente de « preuves » d’actes quasi insoupçonnables qui empêchèrent non celui qui les a commis mais son descendant de vivre. Le fils découvrit par sa propre enquête les crimes du père comme il découvrit le caviardage de l’existence d’une arrière grand mère aux mœurs trop libres par une famille bourgeoise aux mœurs si honorables... Voilà pour les bas-fonds.

Quant aux conséquences elles sont parfois dramatiques. Il y a l’œuvre bien sûr mais éclate chez l’artiste lors de la naissance de son premier fils la première d’une série de crises de délires et d’hallucinations. Elles aussi permettent de mieux comprendre l’imagerie développée par Garouste lorsque les crises s’éloignent et qu’il peut à nouveau peindre. Dans cette création l’hébreu (que le peintre apprend méthodiquement) n’est pas pour rien. De Aleph à Lamed, de la première à la dernière lettre de son alphabet, ses toiles deviennent une manière de relire, reprendre, défaire les noeuds des images pour qu‘en suinte plus un « j’étais » qu’un  « je serai ».

Le livre est lent mais puissant comme une vague de fond qui rameutent -  à la manière des toiles du peintre - des images éclaboussantes. La peinture l’artiste la voit, la touche, il se rapproche toujours au plus près d’elle dans sa manière de créer pour voir ce qui  passe et ce qui ne passera jamais.  Il rampe jusqu'à elle. Se redresse. Se bat. Il est plus nu que nu en ce brasier d’images. Avec son histoire  en elles et l'Histoire d’elles – mais pas seulement -  en lui.  Peu à peu Garouste n’en meurt plu : il était mort avant. 

Peut-on parler pour autant de re-naissance ? En partie seulement car chacune de ses toiles ramène le créateur à son abyme pour se perdre dedans.  Il en reste le gisant brûlé, incandescent.  C’est pourquoi il a eu besoin aussi de ce livre pour s’éloigner de ce qui le cloue même si le récit le ramène à un trou de « folie ». A mesure qu'il y avance surgit une sensation de dérive mais aussi de résurgence. Et si « mes toiles n’affirment rien » dit Garouste elles deviennent des échardes qui se desserrent. En osant de toujours l’art, confusément d’abord, le peintre a donc trouvé le moyen  de sortir même si sans cesse, dix fois, cent fois il a du reprendre et tenter d’effacer en recouvrant les preuves irréfutables de sa mémoire. Encore aujourd’hui elle est noire. Mais ce n’est plus la nuit. Garouste sait que le mal est là,  toutefois la peinture insiste : c’est le moyen d’exister avec une sensation de brûlure inguérissable mais aussi une pluie d'étoiles au milieu de sa nuit.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.