KARL GIETL : PAS DE PITIE POUR LE FARNIENTE
par Jean-Paul Gavard-Perret
Karl Geitl - City people mythologies (courtoisie K. Geitl)
Karl Gietl quoique très en dehors du milieu de l'art institutionnalisé s'est déjà fait une solide réputation grâce à l’intensité joyeuse de ses couleurs. Elle offre un chaos figuratif cohérent, fascinant, sauvage. Le peintre se moque des règles. Il virevolte où bon lui semble dans sa peinture comme dans sa vie sans se soucier des fantômes donneurs de leçons de peinture. Indifférent à leur haut le coeur il suit son chemin brut de décoffrage. Surgit une peinture rock pluôtt impressionnante par sa force vitale. L'ensemble ne sonne pas creux. pourtant un tel mixage délirant reste sous contrôle. Derrière une vision volontairement disparate, primesautière et provocante surgit un registre des plus intéressant aussi urbain que planant dans la rougeur de couchants qui n’ont rien de mièvre. Ils sont déroutants en leur sorte de primitivisme sensuel. La couleur gicle sous le ventre de l’angoisse, des hardiesses envahissent et creusent des masques étranges à salive de poissons frétillants ou assoupis.
Le peintre offre de fausses innocences. Il reste friand de provocations et de maraudes fantasques au sein d’une peinture lourde et violente et d’un expressionniste figural. Gietl est le peintre du quotidien mais pas pour autant de scène de genres. Les ramblas comme les faubourgs, les banlieues, les hangars font partie de son monde. Après avoir hanté Johannesburg, Durban, Maputo, Barcelone, Bruxelles et Paris c’est désormais dans le Midi de la France que l’artiste fait tourner ses images comme on fait tourner un joint. Lorsqu’il peint les cuisses et les ventres des femmes on se sent dans l’immédiat de la sensation. Il n’existe pourtant aucun sensationnalisme ou un quelconque exotisme dans son travail. Ses " miss’s jeans " s’exhibent avec autant de nonchalance que de bienséances . C’est un régal presque naïf. Mais on en redemande.
Faussement décorative la peinture retrouve un caractère aussi étrange que bon vivant : tout concorde et pourtant existe toujours un décrochage quasi impalpable par rapport au réel. C’est en cela que cette oeuvre est fascinante : sa proximité et son naturel créent un éloignement et une complexité non perceptibles au premier moment. L’horizon demeure clair mais pourtant des nuages le frôlent. Le vent s’il fait virevolter des jupettes semble faire alterner l’envie et le regret. On sent que si le peintre a choisi pour un temps de rester dans le Midi il risque pourtant d'en repartir bientôt tant son exaltation est mouvante. Mais il y reviendra. Et il repartira à nouveau vers d'autres expériences. Il avance. C’est ce qui justifie son existence.
Jean-Paul Gavard-Perret

Karl Geitl - City people mythologies (courtoisie K. Geitl)
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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