CHRISTINE GENDRE BERGERE ET LES MÂLES
par Jean-Paul Gavard-Perret
Exposition à la Galerie La Hune – Brenner Paris l18ème, les 4 et 5 décembre 2009.
Parce que la beauté du monde est souvent proche de l’enfer, Christine Gendre Bergère vient y faire le ménage par une érotique très paradoxale et sans fards. Elle sait que si l’émotion est de l’ordre de l’affect, le désir est plus réversible. Ses phénomènes se communiquent aux yeux, aux mains avant le sexe. Mais l’artiste montre alors ce qui se passe dans la tête. C’est pourquoi ses gravures peuvent sembler nonsensiques et caricaturales. Mais qu’on ne s’y trompe pas. La vie sauvage de la sexualité prend bien les figures ironisées que Christine Gendre Bergère propose. Le moment et même leurs prémices où chacun sait accepter la salive de l’autre trouvent des figurations particulière : la satire du satyre prend le pas sur sa lascivité…
Un fond de soi peut se reconnaître. Car le précédent cité à tout de notre semblable, de notre frère. Et le cœur hérisson se noie dans les flaques de couleur parfois rouge parfois sépia. Tout devient saga et élégie. Le désirant devient mateur du diable, évêque des fous. Bref moins Saint Antoine que Lucifer. Il est aussi le sauvage et la matrice des filles-mères. Et tout dans l’oeuvre de Christine Gendre Bergère devient un moyen de ramasser, pour le transposer, le réel pusillanime, débordant, versatile.
L’artiste crée un relevé sismographique. Son travail graphique revient à colmater la brèche entre le monde réel et celui de l’irréalité foncière ou plutôt sa face cachée. Son théâtre d' « ombres » ressemble parfois à un étrange carnaval. Dessus, dessous, masques, rôles se confondent. On mange du riz en orientant tous les grains dans la direction sud-nord. Berf on marche encore parfois sur la corde raide de nos délires. Mais on trébuche et on retombe dans une foule anonyme. Des passants nous frôlent : font-il partie d’un monde imaginaire ? Pas sûr puisque l’artiste propose des indices, des traces bien réelles. Nous somme peut-être que ça : « Tarzoon » de la jungle des villes et des femmes. A peine quelqu'un. Pas tout à fait personne. Personne d'autre que ça.
Gravure de l’artiste in « Encore un petit Mlash »,Ficelle, n° 93, Atelier Vincent Rougier, Soligny la Trappe.
LETTRE A CHRISTINE.
La peau sur la poitrine de vos images. On éprouve votre tumulte et votre rire jusqu'au cœur de la nuit. Par dessous les draps et sur la marée du temps. Les mots trébuchent dans votre bouche, vos dessins vrillent entre vos doigts. Vous ne nous laissez jamais finir, vos images jamais ne nous laissent. Je vous écris à travers elles. J'ai quelque chose à dire qui dépend que de vous. L'idée du revenir et l'idée du retour - mais aussi l'idée stupide de devenir un jour. J'ai donc pour vous écrire une pulsion particulière. J'écris je ne raconte pas. Tout reste séparé, stupéfié, arrêté. J'ai à dire quelque chose qui dépend de vos images. Je n'ai pas à les décrire. Je n'ai qu'à les constater. Je ne cherche rien d'autre que leur vérité souterraine. Une vérité qui ne vous regarde pas seulement, qui vous dépasse. Ne rien ajouter à leur matière. Il suffit de contempler vos dessins. La mer des apparences se retire à leur approche comme une femme qui retire sa robe. Entendez-le ainsi. Même si je ne puis rendre compte des états de vos images que par bribes. Mes mots ne disent pas un secret terrible, ce n'est pas un secret comme celui qui vous montrez. Et puisque il s'agit, vous écrivant, que de mots pas d'erreur possible. Mais s'il arrivait de comprendre pourquoi il n'y aurait plus rien : entendez nous n'aurions plus rien à montrer et à dire. Et ce serait la fin. S'il est une chose qui ne nous appartient pas c'est bien elle. Par elle que le silence revient. C'est pourquoi votre art le met en suspens, jamais il ne l'achève. Comme s’il fallait laisser venir. Laisser venir le corps qui oublie jusqu'à son motif. J'écris à travers lui. J'écris à travers vos images. Nous revenons au corps de l'image comme nous revenons de la nuit à mesure que nous y entrons. L'Impossible est ouvert . Ne dites rien. Vos images suffisent. Je ne les raconte pas j'y retrouve une double conscience. J'entends votre voix à l'intérieur.
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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