RÉALITÉ DE LA PEINTURE
DU REFLETISME AU SUPRA-NAÏVISME
par Jean-Paul Gavard-Perret
Georges Koutsandréou est né 1951 à Montpellier. Après avoir passé une partie de son enfance en Grèce et au Maroc il revient en 1968 à Bordeaux. Et dès sa sortie des Beaux-Arts, il décide de se tourner vers des travaux conceptuels abstraits autour de l'action painting. Il réalise aussi de grandes fresques extérieures et intervient en tant que plasticien sur des costumes de théâtre avec des bombes fluorescentes.
Remarqué par le galeriste parisien Jean Fournier il expose les toiles qui le font reconnaître comme un artiste important de son époque. On peut citer par exemple " Plumes collées sur papier" ( 1984), "Auras de plumes sur toile émeri" (1985) ou encore Poussières de peinture sur toile (1990) A partir de 1994 il abandonne l'abstrait pour le figuratif tout en gardant quelques préoccupations conceptuelle qu'il nomme le Reflétisme et qu'il définit, par exemple, en ces termes : "Le sujet est passé. L'eau en garde le reflet. La partie supérieure de la toile reste blanche pour exprimer l'absence du sujet. La représentation du personnage est inversée puisqu'il s'agit d'un reflet. Par la suite , le reflet lui même disparaît. Dans l'eau apparaît l'absence du personnage".
A partir de 1999 il crée ses "Peinture arrachée" où la toile est découpée en une longue bande de tissu, collée sur elle-même pour réaliser des personnages. La toile est donc évidée autour du motif. Une partie du sujet est ensuite arrachée. En 2004 il passe aux " Poussières de peinture" en réalisant ses motifs avec la technique de la poussière de peinture mise au point dès le début des années 90. Enfin avec Martina Charbonnel il crée en 2004 un nouveau mouvement en peinture, "la figuration supra-naïve" qu'on peut définir comme un minimalisme appliqué à une figuration au second degré.
Dans ses oeuvres les plus récentes des poussières blanches qui forment les ovales. Et l'artiste précise comment il en est arrivé là : "Dans mes peintures précédentes, elles étaient jetées et liées entre elles sur une toile de lin brute enduite de coll. Ces poussières blanches ne sont donc que la préparation de la toile qui remplace la couche de peinture blanche. Les couronnes elliptiques sont des contractions de cette préparation sous la vitesse de rotation de l’effet tunnel" De telles couronnes sont peintes à plat et ce en éliminant tous souci de perspective car écrit l'artiste : " la principale revendication de la figuration supra-naïve est d’exprimer le passage de la figuration sur le format rectangulaire sans recours à la perspective. Tout ce que je peins est donc toujours en en deux dimensions". La troisième dimension n'est exprimée que par le concept et ou comme il ajoute encore " grâce à la méditation du "regardeur".
Qu'un tel peintre s'en tienne exclusivement au langage pictural n'a plus rien de nouveau. C'est même, et au moins pour ceux qui s'intéressent et croient à la "peinture-peinture", une banalité. Mais à la suite des abstracteurs américains tels que Bishop, le peintre bordelais pousse le plus loin l'engagement de la peinture dans la réalité spécifique de la couleur et les conséquences que cela entraîne. Une des conséquences particulières de cette recherche est de questionner les dimensions de la toile et d'en jouer l'espace afin de poser comme réalité première que rencontre et doit résoudre l'artiste : le carré ou le rectangle qu'il peint.
Outre la "platitude" de la peinture, le problème des coins et des bords de la toile reste captal. Koutsandréou peint des surfaces définies en tant que telles et qu'il lui faut réaliser en tant que peinture. Toute surface définie par la couleur devient chez lui tableau. Et l'espace virtuel des formes et les références géométriques des plages de couleurs impliquent l'ensemble des méthodes pour résoudre sur un seul plan les problèmes à trois dimensions de la géométrie descriptive. C'est là la complexité du problème du réel transposé dans la peinture de Koutsandréou. Le tableau interroge la surface et ce qui dans cette surface devient un carré, un rectangle. Cependant l'artiste ne tend pas à s'enfermer dans le cadre restreint d'une peinture strictement géométrique. Il cherche à se situer au plus juste d'une revendication de toute la surface de la toile et des antagonismes qu'une telle revendication réserve. Il existe donc chez lui toujours un jeu, un passage constant, une circulation d'une idée simple aux termes complexes mais aussi de termes simples à une idée complexe.
Au plus loin de ce qu'il faut appeler la réalité - à savoir le langage qui la parle - le peintre s'approche de l'extra-réalité qui doit (ou devrait) être à l'horizon de toute expérimentation de la peinture. Une telle approche n'est pas sans risques ni ratés mais les plus importants tableaux de l'artiste s'impose par un climat de mystérieuses correspondances où la peinture dans ce qu'elle a de conscient et d'inconscient paraît porter l'abîme qu'à la fois elle domine et qui la fascine. Aussi cultivé, conscient que capable de laisser courir son imaginaire le peintre trouve un point de vue panoramique plus que métaphysique à ce qu'il est commun de nommer l'abstraction. Il ouvrent donc un autre rapport à celle-ci. Dans l'"évidente" simplicité qu'il élabore Koutsandréou invente la connaissance et le mouvement de formes et de forces singulières, simples et spontanées qui introduisent au cœur du réel un autre chœur (à la fois muet, polyphonique et anti-lyrique) bref une autre réalité loin de tout effet de trompe-l’œil ou de fuite.
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Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
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Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, J-P Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie (UFR Affaires internationales). Il a écrit une vingtaine de livres et collabore à plusieurs revues.
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