Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Franco Godi


DVD
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EN ATTENDANT GODI

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

franco godiFranco Godi a donné à son personnage « linéaire » le nom de la chanson qu’il fredonne : « Baiubadu ». Le créateur italien a renoncé à tousles effets spéciaux afin de pousser  à bout une apparente simplicité. Le minimalisme permet de pousser la sophistication vers la force la plus corrosive. Elle touche, fascine, fait éclater de rire.
Godi par un simple effet de ligne met l’être comme l’oeuvre en tension. Il suffit de la silhouette vide de Baiubadu ronchon et revendicateur, jamais méchant.  Il blablate dans sa langue imaginaire, en gesticulant, maladroit, curieux, rêveur, sur cette ligne qui se transforme, au gré des évènements avec l’aide du dessinateur dont, tel un deus ex machina, la main et le crayon apparaissent parfois dans le champ pour lui donner un faux coup de main.
Parfois il gagne du temps pour mieux en perdre. Petit à petit il s’enhardit. Quand ses chaussures l’écorchent il ose les pieds nus. Les deux se rejoignent sur la ligne qui devient collante comme un bitume. Il ne peut s’en tirer. Parfois il plaisante. Son ironie est mordante. Son désespoir aussi. Sa voix « brouillonnante » peu à peu baisse mais reprend la promesse que l'aube va ravir à la nuit.  Mais en vain. Cela rappelle une phrase de Duras : "Les baisers… les baisers… ça ne peut pas arriver deux fois ces instants-là".  Le temps passe. Pour un temps.
Godi a créé une sorte de récit plastique de l’absurdité de la vie. Mais une narration qui n’aimerait jamais finir au cœur même de la brièveté. Mais le personnage se retrouve toujours comme une coccinelle qui arrive au bout du doigt. Il marche en rêvant à de nouvelles marches. Chaque film aussi, divisé en deux parts. Le dessus, le dessous de la ligne « de conduite ». Elle  est là, elle est loin. Elle figure un corps. C’est toit. Un corps en mouvement. Vivant, exposé, fragile. Le voyeur s’imagine cinéaste : il suit la vie supposée. La réalité de sa trace ne cesse de convoquer le regard. Peu à peu il retombe dans l’enfance.
C’est le moyen de se retrouver sans nostalgie ni crainte de l’avenir dans le miroir  de  la ligne qui a enchâssé Baiubadu.  Il est exposé à la lumière, il n’est que silhouette mais le voyeur est son fantôme.  Le temps passe à travers des scènes de la vie quotidienne, de petites catastrophes, de petits bonheurs. Poésie magique, sous le regard naïf et innocent de ce personnage notre semblable, notre frère en sa solitude foncière. Comme nous quoiqu’il arrive il tombe dans le vide. Cette chute fascine, retient. Contre l’excès qui fascine ce plaisir simple qui tue de sa tendresse.

 

 Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.