Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Goldiechiari 

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DETOURNER DISENT-ELLES. GOLDIECHIARI

par Jean-Paul Gavard-Perret

Goldiechiari - Bu Colics (courtoisie des artistes)
goldiechiari
Goldiechiari  est composé de Sara "goldie" Goldschmied et Eleonora Chiari. Le duo milano-romain prouve - s’il en était besoin… - que l’Italie reste le pays des images. Son art-vidéo (que le duo illustre) est un des plus innovants de la planète. Rien d’étonnant d’ailleurs puisqu’il a pris le relais d’un cinéma brillantissime mais étouffé pour des raisons économiques et stratégiques. Les jeunes italiennes travaillent ensemble depuis douze ans. Elles offrent une œuvre où derrière l’ironie, la dérision se cache le sérieux du propos. Le couple est un descendant direct d’une esthétique pasolinienne. Les deux femmes questionnent nos sociétés principalement à travers la photographie et l’art vidéo. La féminité, le sexe, la consommation, l’exploitation sociale sont au centre de leur interrogation. Une de leurs œuvres les plus célèbres est une version « remixée » des "Nymphéas" de Monet. Sur une photographie monumentale des sacs plastiques flottent sur la surface de l'eau. N’y voyons pas trop vite (même si l’époque y incite) et seulement une critique de la société contemporaine mais surtout le signe de sa rédemption, par l'art.
Fascinées par les décharges, les rebuts les deux femmes tirent de ces objets et de ces lieux plus que des constats. Il existe chez elle le goût pour la recherche des lieux cachés et soustraits à la vue. A l’éclosion viscontienne elle préfère les occlusions d’Antonioni. Certaines de leurs séries faussement  « trash » (au sens premier du texte) ont des titres inattendus : « Bucoliche » (Bucoliques) ou encore « Objet du désir ». L’aspect champêtre et nature n’est fournie que d’objets artificiels retrouvés chaque jour dans le quartier du Trastevere. Fascinées par les ordures Goldiechiari aiment à suivre leur cycle urbain à la manière d’une enquête policière filée aussi dérisoire qu’impertinente. Le duo sait qu’à qui veut sauver le monde, l’art est un piètre levier. Elles accordent aux images une autre fonction, une « économie différente. A travers l’ordure elles se contentent de mettre en scène le fonctionnement de la réalité et de son économie libidinale sous forme de différents ballets ce qui tout compte fait est mieux.
Stratèges ludiques et judicieuses elles montrent comment l’ordure nous entoure de sa « poésie critique  Le couple a d’ailleurs doublé ses images par des performances afin de l’illustrer. Sur les tas d’ordures et ne sachant pas elles-mêmes danser  la samba elles ont fait appel à la performeuse suédoise Lotta Mellin. Elle est devenue parfois leur artiste fétiche. Les romaines ont trouvé en elle un moyen de pousser plus loin leur art selon une perspective de l’altérité. Comme Fellini elles aiment travailler avec des anonymes et des artisans, des professionnels d’autres métiers. Cette coopération fait partie de leur stratégie artistique. Refusant un certain style de vie et un certain type de « reproduction » Goldiechiari  offre toujours un regard décalé. Il ne se contente jamais d’une pure dénonciation toujours plus ou moins factice ou précisent-elles « hypocrite ».
Certes leur œuvre n’est pas sans réveiller une inquiétude au sein de nos sociétés et leur réification au sein de la prolifération du rebut. Leur objectif est d’exposer l’ordure comme énigme majeure du progrès. L’ordure dit toujours une barbarie, un chaos qui nous submergent. Se contentant d’exposer de manière « esthétique » l’état catastrophique des lieux, Goldiechiari contre la sous exposition  et l’occultation de ce qui nous gêne opte pour une surexposition afin que naisse ce qu’Arrabal nomme un sentiment « panique »  face à l’aveuglement volontaire devant ce que nous produisons et qui nous envahit sournoisement.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.

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