Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Felix Gonzalez-Torres


Cent énigmes de la peinture
de Gérard-Julien Salvy

Depuis des siècles, le langage de la peinture est riche en énigmes ou équivoques mystères du modèle ou de la main à laquelle on doit l'oeuvre, incertitude quant à l'identité du sujet, incohérence de sa représentation, contradiction troublante entre le titre du tableau et ce qui est montré, jeux illusionnistes liés aux vertiges du regard et au contenu crypté. .. »  Amazon



FELIX GONZALES-TORRES : FORMES DE L’INFORME

par Jean-Paul Gavard-Perret

Felix Gonzalez-Torres,
Specific Objects without Specific Form
Rétrospective, Galerie Wiels, Bruxelles,
16-01-2010 /25-04-2010,

 

Felix Gonzalez-Torres (1957-1996) est un artiste minimaliste cubain. Son œuvre  rend compte de ses réflexions sur l'histoire de l'art en même temps que ses propres expériences. Plus particulièrement il a dénoncé notamment la situation des artistes homosexuels cubains. Une de ses oeuvres les plus connues, « Untitled (Public Opinion) », se compose de plus de 300 kilos  de réglisse sous forme de projectiles afin de remettre en doute l'opinion publique américaine lors de la Guerre du Golf. Ses oeuvres sont  le plus souvent délicates et élégantes afin de développer  une énergie positive face à l'expérience de l'oubli, de la précarité, de la perte et de la disparition. Une autre œuvres intitulée elle aussi «  Untitled », se compose sur des panneaux publicitaires new-yorkais, un lit vide et défait. C’est celui de son compagnon mort du Sida. Et soudain l'expreSsion de l'amour et le deuil  ont  bouleversé au début des années 1990 le monde entier

La galerie Wiels de Bruxelles présente une rétrospective majeure de son travail. Cette exposition réunit les œuvres les plus connues mais aussi des œuvres rarement montrée le tout dans un cadre expérimental inspiré par la conception radicale du travail de l'artiste .  Pour présenter cette oeuvre la rétrospective sera entièrement ré-installée à la moitié de sa durée de présentation par un artiste invité dont le travail a été influencé par l'oeuvre de l’artiste. La première version par la curatrice Elena Filipovic a ouvert au public en janvier 2010, alors que le 5 mars, l'artiste Danh Vo ré-installera l'exposition. En collaboration avec la Felix Gonzalez-Torres Foundation, New York, l'exposition voyagera ensuite à la Fondation Beyeler, Bâle (en collaboration avec l'artiste Carol Bove) et au Museum für Moderne Kunst, Frankfurt am Main (en collaboration avec l'artiste Tino Sehgal).

Cette monstration prouve le rôle majeur de celui qui s’installa à New York au début des années 80. Il y étudie l'art et débute sa carrière d'artiste jusqu'à sa mort prématurée pour cause de Sida. Son œuvre crée un lien entre le concept art et le  minimalisme. Elle mêle à l’engagement politique un élément affectif et émotionnel énorme et elle se marque surtout par une recherche formelle poussée et que l’artiste explore à partir de différents médias. Dessins, sculptures, panneaux d'affichage public sont utilsés et mixés avec l’adjonction d’objets courants (tels des horloges, miroirs, ampoules, bonbons  par exemple). Toutes ses approches sont marquées  par l’expression de l'instabilité. Mais elles intègrent aussi les notions de changement et de disparitions.
Sans formes spécifiques ou programmées de tels travaux offrent une puissance aussi intime que fragile dans lequel tout est humain profondément humain. Toutefois se dégageant d’un simple effet de réel par un effet de déstabilisation induit par l’approche minimaliste  l’œuvre déroute tant elle éloigne des perceptions qu’on prend pour immuables. L’artiste inscrit une perversion de la perversion du fons bon sens et de la fausse bonne vision. L’œuvre n’est plus un objet solide et fixe. Et en ce sens Gonzales Torres annonce un art qui prend de plus en plus d’importance aujourd’hui. L’artiste ne se voulait pas en effet tel u ultime créateur de forme même si ses œuvres, au coeur de leur fragilité, conservent une puissance inégalée. Il trouve toujours les interstices pour des métamorphoses et afin d’entrer en symbiose avec la lumière. A travers les formes conçues pour la souligner sobrement elle vient manger l’ombre. A tous les sens du terme  le spectateur de l’œuvre est donc non seulement rattrapé par la lumière : il en est trempé. Il convient d’accepter cette pluie nourricière puisqu’elle est substance et nudité. 

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

(1) voir Galerie Andrea Rosen

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.