Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Claire Marie Gosselin

Claire Marie Gosselin

Le site - La page Mirondella


L' art contemporain ne signifie pas l'art d'aujourd'hui. C'est un label qui estampille une production particulière parmi d'autres : l'art conceptuel promu et financé par le réseau international des grandes institutions financières et culturelles et, en France, par l'État. Né dans les années 1960, il est apparu dans les années 1980 comme le seul art légitime et officiel ; mais ce temps semble toucher à son terme. Sa visibilité officielle occulte un immense foisonnement créatif : l'art dit caché, suite naturelle de l'art depuis le paléolithique. On y trouve aussi bien le grand art que les artistes amateurs. Plus encore, le " grand art " aujourd'hui suit des voies singulières ; il n'est plus porté par aucun style ; il est donc difficile à reconnaître et à apprécier. Mais il existe et qui veut le chercher le trouve !
Cet essai très documenté explicite l'histoire et la nature de l'art contemporain. Il retrace les péripéties de la controverse, le plus souvent souterraine, qui agite le milieu de l'art depuis plusieurs décennies, jusqu'à ses tout derniers épisodes. Il dévoile cet art dissident que l'art officiel cache. Et surtout, il rend la parole aux artistes sur leur pratique et sur le sens qu'ils lui donnent.
» Amazon

DANS LA FUREUR ET L’EMOTION : CLAIRE MARIE GOSSELIN

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

"Si ce monde n'était pas sans cesse parcouru des mers, il aurait l'apparence d'une dérision offerte à ceux qu'il fait naître" - Martin Walser.

Marie-Claire Gosselin : El Guardian
Huile et pigment sur toile, 60 x 90 cm, 2008
Tout dans l'oeuvre de Claire Marie Gosselin crée une intimité avec le fugace. Donc avec l'inespéré. Cela suffit à l'art : on ne peut rien lui demander de plus. La créatrice prouve implicitement qu'il ne faut pas chercher l'ailleurs sinon ici-même dans une forme de recueillement, d'attention et de regard capable de retenir l'écume des choses, des éléments et des jours. Il faut  à cela et en dehors de la « furor » une technique. Claire Marie Gosselin la possède. On sent en elle une aisance fruit d'un long travail car l'aisance ne vient qu'avec le temps. C'est ce qui manque souvent à ceux qui se disent artistes sans s'en donner le temps et la "sueur".  Grâce à elle l’éphémère prend un registre sensoriel d’une rare intensité. La peinture est empreinte de sensualité lourde d’un poids de l’inconscient qui la nourrit tout en la poussant  vers le ciel sans l’abstraire des éléments terrestres. C’est pourquoi l’artiste excelle dans des paysages frontières où, justement, se confrontent divers éléments métamorphosés par des procédés picturaux propres au jaillissement d’une lumière quasiment ductile.

Claire Marie Gosselin entre et nous fait entrer dans le mouvement et la puissance.  L'anonyme est exhaussé d’une force de vie, du désir de présence. Le lyrisme du monde est exacerbé  par ce qui en étant saisi crée une émotion envahissante. Surgit une nudité particulière par le mouvement qui déplace les lignes et les remplaces par des effets de masses. Est touchée une justesse interne des forces naturelles. L’artiste révèle ce qui échappe du dehors et qui demeure recouvert au fond de nous-mêmes.  On peut donc parler d’obscure clarté dans des moments de dislocations où une unité éclate. L’insaisissable est atteint loin de la bizarrerie, du pittoresque et de l’emphase.

Le temps n'est plus mais il déborde. La peinture bouffe le mental pour que n’existe que la sensation. Les vagues et leurs fracas sont par exemple autant de  fables qui disent quelque chose. Ce n'est ni le propre ni le figuré mais des zones de temps retenues dans l'exigence d'un rythme de clarté par génie du lieu pictural et la hantise qu’il crée. L’espace devient une créature vivante. Ne cherchons pas à la clore : sentir est un mouvement au sein de la fixité. L’artiste le capte en se fiant autant à son instinct qu’à sa technique. Le monde des métamorphoses est celui de la quête infinie de la sensation surtout lorsqu’elle devient vertige.

La question ultime reste la suivante : comment se fait-il que tout cela soit si incroyablement visible ? La réponse semble simple. De telles peintures supposent l’acceptation de l'éphémère -  à savoir ce qui sépare l'être de ses choses. Et  Marie-Claire Gosselin joue le rôle de l’intermédiaire. Elle fait le lien entre quelque chose qui a eu lieu et quelque chose qui attend son essor. Bref l'une disparue, l'autre à venir. Sa  peinture témoigne d'un passage de l'une à l'autre.

 

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.