Artistes de référence

Guy Delahaye


Guy Delahaye

Guy Delahaye a réalisé plus de trois cents expositions, illustré une trentaine de livres et publié des ouvrages sur Pina Bausch, Carolyn Carlson, Sankai Juku et Angelin Preljocaj.


Les rêves ont leurs usines
Une maison de la culture, Grenoble 1968-2004
de Guy Delahaye et Claude-Henri Buffard

Il s'agit ici d'un amour porté au spectacle vivant, aux comédiens, aux danseurs, aux musiciens, aux metteurs en scène, aux chorégraphes, à l'obscurité de la salle, aux lumières de la scène... Il s'agit d'un livre à quatre mains fait par deux hommes qui ont tant aimé, aiment et aimeront encore les plus grands artistes de ce temps : Pina Bausch, Maurice Béjart, Peter Brook, Pierre Boulez, John Cage, Patrice Chéreau, la Comédie-Française, Merce Cunningham, Dario Fo, William Forsythe, Jean-Claude Gallotta, Tadeusz Kantor, Matthias Langhoff, Georges Lavaudant, Ariane Mnouchkine, Gabriel Monnet, Kazuo Ohno, Roger Planchon, Claude Régy, Raul Ruiz, Giorgio Strehler, Antoine Vitez, Bob Wilson... Depuis 1968, plusieurs générations de spectateurs, à Grenoble, ont eu accès au meilleur de la culture du monde. Parmi eux, le photographe Guy Delahaye et l'écrivain Claude-Henri Buffard. De cette fabuleuse aventure, il leur reste des images et des mots ; quelques images et quelques mots qui fondent une mémoire.

Claude-Henri Buffard écrit principalement pour, et sur, le spectacle vivant. D'abord journaliste et critique dramatique dans la presse quotidienne, il a ensuite dirigé la communication de la Maison de la culture de Grenoble. Auteur dramatique, scénariste et romancier, il est également depuis 1998, dramaturge du chorégraphe Jean-Claude Gallotta.

Guy Delahaye photographie le théâtre et la danse depuis vingt-cinq ans sur toutes les scènes européennes et au-delà. À ce jour, il a réalisé plus de trois cents expositions, illustré une trentaine de livres et publié des ouvrages sur Pina Bausch, Carolyn Carlson, Sankai Juku, Angelin Preljocaj. Il a photographié les spectacles présentés par la Maison de la culture de Grenoble depuis son inauguration en février 1968.

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Guy Delahaye. Venise et ses chats.

par Jean-Paul Gavard-Perret

Guy Delahaye, "Ciò Venezia", du 8 janvier au 19 février 2009, Espace Malraux (Scène nationale) à Chambéry.

La population féline de la lagune de Venise est actuellement estimée à 12000 environ. Protégés, aimés et nourris par les mamma gatti, qui veillent sur eux, les chats participent à la salubrité de la cité en procédant à une véritable dératisation, ils sont sacrés à Venise. Cela n'est pas nouveau. Dès 828, le chat est à Venise. Il a inspiré les peintres, musiciens, écrivains. Il a imposé le respect aux politiciens, aux hommes d’Etat et de religion. Ces chats des rues sont la mémoire vénitienne, symboles vivants du lion statufié de la Sérénissime. Guy Delahaye reprend leur culte. Le photographe qui a tant capté le milieu du théâtre trouve dans Venise une fantastique scénographie dont les héros deviennent les monuments et les chats.

Pour montrer ceux que les assureurs vénitiens exigèrent à  bord des navires afin de  protéger les denrées et les tissus, l’artiste devient un homme d’équipage chargé de pratiquer avec eux un commerce particulier. Il crée avec ses sujets, comme eux avec la ville  une entente secrète.  Dans le noir et blanc granuleux de ses photographies Delahaye  montre les mystères de Venise et une étrange typographie de la cité. Dans celle-ci que l’on parle d’hommes ou de chats toutes les races se mélangent pour devenir « soriani » :  les chats de la lagune.

L’artiste reprend ainsi la formule d’un poète disparu  « Qu'y avait-il de plus intéressant dans Venise  à part, naturellement, les chefs-d'oeuvre de l'art les chats ? ». Les pigeons ne sont tout compte fait qu’épiphénomènes ou rats ailés, comme on veut. Ce n’est pas pour autant, qu’arrivant à Venise,  on les trouve facilement sauf si le  matin, on se presse autour des marchés aux poissons, celui de San Margherita ou la pescheria du Rialto. Dans la journée, ils se font très discrets et réapparaissent surtout à la tombée de la nuit et il n’est pas rare de les voir se déplacer en bateau, comme ceux qui traversent le Grand Canal sur les « Traghetti ». Le plus souvent ils sont dodus, ils règnent sur la cité tels de nouveaux princes superbes et souvent cachés.

Le photographe a su les repérer au coin des calli, sur les campi ou encore nonchalamment allongés sur la margelle d’un puits comme dans des lieux chargés d’histoire. Il nous propose grâce à eux son voyage à Venise qui n’a rien de touristique. Il s’agit d’une quête plus intériorisée >qui nous replonge en une poésie première, ancestrale. Elle oblige à repenser inconditionnellement la forme, le signe, le contenu de la ville et par delà le monde auquel ils donnent vie. Plus qu’avec tout autre art plastique,  la photographie permet de  redécouvrir  le rite à la fois le plus humble et le plus sacré. Ce travail est à proprement parler une filature ou si l’on préfère une enquête « filée ».  Laissant toujours visible le grain de la photographie  l'artiste donne volumes et nodosités à la ville  dont le figuratif s’y réduit à son expression essentielle. A mi-chemin entre la parure et le « parasite » (Pierre Daquin)  le chat alimente donc une réflexion et une pratique sur  le sens de la représentation et de la méditation. De la sorte, du labeur artistique qui réclame le plus d’attention, l’artiste trouve paradoxalement une liberté d’esprit et d’imagination. Il capte la nervosité et la souplesse du chat et de la ville. Regardant son exposition, peu à peu se perd la notion du temps, l’inconscient a le loisir de structurer une image qui échappe à la ville ducale telle qu’on l’a vue ou imaginée. On  pénètre des sphères qui échappent car l'artiste ne cherche pas de réponses à d’autres questions que celles que lui imposent les chats…

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Docteur en littérature, J.P. Gavard-Perret enseigne la communication à l’Université de Savoie (Chambéry).
Membre du Centre de Recherche Imaginaire et Création, il est spécialiste de l’Image au XXe siècle et de l’œuvre de Samuel Beckett.
J.P Paul Gavard-Perret poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.

La jeune femme qui descend l'escalier
de Jean-Paul GAVARD-PERRET

Sur le modèle de la Lettre à jeune poète de Rilke, ce livre s’appréhende comme une rencontre différée, une mutuelle invention plutôt qu’un soliloque – sinon à deux voix... Et une visée rédemptrice de celle à qui ce texte est adressé surgit. Par effet retour, elle glisse celui qui parle hors du rien. D’où ce paradoxal corps à corps dans le jeu des espaces d’un côté, et, de l’autre, la vulnérabilité paradoxale des mots au sein d’un « pas de deux » dans ces textes marqués par la danse donc par le corps. Le recours à l’éloignement n’est pas là pour offrir une version nouvelle du fétichisme de celui-là. L’écart créé éloigne des rapports humains contemporains qui s’évanouissent dans la consommation d’une chair provisoirement offerte. Il peut donc exister un goût clinique de l’amour bien fait, un goût du lisse qui forge une relation au sein de la distance. Elle n’est que la conscience aiguë d’un respect essentiel, un point de vie par effet d’empreintes des blessures afin que ces dernières s’effacent.

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» Editions du Cygne