Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Didier Hagège

Marché de l'art et Gestion de Patrimoine de Henri Mahe de Boislandelle

Ce livre a pour but : de préciser les concepts d'art, d'antiquité et de collection ; de montrer l'importance économique et sociale des marchés de l'art ; d'étudier la rentabilité des placements en objets culturels comparativement à celle des investissements financiers ; de fournir des outils d'aide au placement en objets d'art ; d'analyser les stratégies des intermédiaires (galeristes, antiquaires, courtiers, commissaires-priseurs, sociétés de vente aux enchères publiques, sociétés de courtage en ligne...) et des artistes ; de comprendre les logiques d'achat individuelles et institutionnelles ; de souligner le poids du différentiel d'information et de connaissance entre vendeurs, intermédiaires et acquéreurs ; de donner les bases juridiques (protectrices) et fiscales (incitatrices) qui régissent les transactions et les gestions patrimoniales artistiques tant privées que publiques. Alternant analyses rigoureuses et conseils pratiques, cet ouvrage devrait intéresser : les amateurs d'art, d'antiquité et de collection ; les professionnels du marché des arts plastiques et des antiquités ; les conseillers en gestion du patrimoine (compagnies d'assurance, banques, investisseurs, fiscalistes, notaires...) ainsi que leurs clients (particuliers, entreprises...) soucieux de diversifier les placements, d'échapper à l'impôt (ISF) ou de le réduire (dation, mécénat, fondation...) ; les étudiants et chercheurs concernés par le commerce de l'art, le marketing, le management culturel ou événementiel.

l'auteur :
Henri Mahé de Boislandelle est professeur des universités en sciences de gestion à l'Université Montpellier 1 et doyen de la Faculté d'Administration & Gestion. Auteur de plusieurs ouvrages de gestion, il dirige un diplôme d'université " Commerce de l'art " et un master " Marketing et commerce de l'art ".

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DIDIER HAGEGE : LE VOILE QUI SE DEROBE

par Jean-Paul Gavard-Perret


Didier Hagège, Peintures, Musée Faure, Aix les Bains jusqu’au 20 décembre 2009.

Egalement : Galerie Paule Friedland & Alexandre Rivault


didier hagegeIl y a dans les robes de Didier Hagège quelque chose d’étrange. Elles ont une odeur de sainteté et une odeur de soufre. Bref le parfum de femme s’y développe en des glissements d’effluves et de sensations. Du visuel on passe à l’olfactif. Sous leur apparence d’écran, sous leur voile les robes déploient un jeu subtil de nuances, de couleurs. Méfions nous cependant de leurs fantaisies d’apparat. Tout n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît. La robe est une peau fuyante. Elle fait le jeu d’un contenant fantasmé. Pour la saisir et l’appréhender, pour croire toucher il faut devant chaque tableau se fendre d’étranges chorégraphies.
Non seulement, suivant notre position face au tableau, la lumière joue de manière surprenante sur la surface. Emerge soudain et de surcroît ce qu’on avait pas vu. D’étranges sédimentations ou apparitions saisissent. Il ne faut pas se laisser avoir par le seul flamboyant de l’apparence d’ensemble. Il convient de pénétrer une géométrie bien plus complexe et fuyante qu’il ne semble. Si les robes ne virevoltent pas au vent tout un mouvement traverse les toiles dans l’alacrité de leur invention Comme l’a écrit un critique « Hagège c’est le printemps en robe de mousseline ». Matières et matériaux deviennent des hybrides en galipettes. Il est nécessaire de savoir repérer ça et là des éléments épars, disjoints, des repères figuratifs. Ils rendent à l’ensemble une sorte de perfection unitaire faite d’émotions joyeuses et légères. Derrière eux, même si elle n’apparaît pas, il y a toujours une femme qui fait le coup du charme.
Face à toute une programmation de la sexualité et de la sportivisation du corps qui prend une tessiture quasiment asexuée Hagège s’inscrit en faux. Il lutte contre l’androgynie ambiante signe d’une sorte de répression sexuelle qui avance masquée. Le seul plaisir pour lui ne se limite pas à un orgasme sportivement mortifié. Contre cette perversité qui met le sexe partout afin qu’il soit nulle part afin et que la frustration fonctionne à plein il offre une oeuvre plus que compensatrice. Au contact peau à peau Hagège substitue des rencontres par le biais de l’intercorps que matérialise ses « enrobages ». Face à la réification des êtres et en particulier des femmes il propose des symptômes réparateurs plus que compensatoires. Il réintroduit dans la peinture une économie libidinale.
Hagège propose une nouvelle jonction à la vieille contradiction entre les sujets ou les objets de l’amour ou tout au moins du désir. Le vêtement n’est plus marqué de suspicion. Il ne porte plus en lui la continuation de l’interdit infantile du désir. Sous la robe - et même s’il est fuyant - le corps est décadenassé. La sexualité est décontaminée. Elle sort de sa réduction au rang de marchandise. La sensualité remplace les idéologies qui jouent en fait sur le mise en abîme du corps. N’y aurait-il pas là un nouvel art de désirer ? D’autant qu’une telle peinture élimine tout état statique.
Nous sortons de l’ordinaire. Nous ne vagissons plus dans l'immobilisme et la médiocrité. Hagège pare le néant d’une couronne de tulle. Il met en objets et en images la vie. Cela soulage, allège . On en a bien besoin en nos temps de disette. Le peintre ne veut pas changer le monde mais la vision qu’on porte sur lui. Face aux sentiments barbares et la terreur ambiante il propose ses exercices de légèreté. Son œuvre est donc de salubrité publique. Sachons en devenir les complices, les partenaires. Et puis on peut toujours rêver. « Sous les pavés la plage » claironnait un slogan soixante-huitard. Sous la robe la femme son corps désirable semble nous dire Hagège. On en accepte le rêve inaugural. Peu importe de savoir si le Paradis existe ou pas. Le peintre par ses robes (mais pas seulement) en soulève le voile. C’est un culte hédoniste auquel trop peu d’artistes nous convient . A nous d’en faire bon usage.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.

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