Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

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He Qi et le renouveau spirituel.

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

He QI - Baby Moses
courtoisie He Qi Galleryhe qi

Après des décennies d'oppression et en proposant un autre type de pont entre orient et occident, Hé Qi crée une synthèse originale entre sa chrétienté et ses traditions culturelles. Aussi curieux que cela paraisse, c'est à Mao Zedong que He Qi doit d'être devenu un artiste chrétien. Envoyé à la campagne pendant la Révolution culturelle, il a compris qu'en peignant des portraits du président il pouvait échapper aux travaux de force auxquels ses camarades étaient condamnés. Un jour, il tomba, par hasard, sur une reproduction de la Madonne et l'enfant de Raphaël, il en fut très ému et au milieu de ceux qui déclaraient chercher la vérité il commença, en cachette, à faire des copies pour des amis : "Le jour, je peignais Mao mais à la nuit je peignais la Madonne" écrivait-il. Aujourd'hui, il est considéré comme le peintre chrétien chinois contemporain le plus recherché. Diplômé des Beaux-Arts de l'université de Nankin, et il a été le premier à obtenir un doctorat d'art religieux comparé. Il dit qu'il n'est que l'un des membres d'un mouvement d'artistes chinois, encore modeste mais qui va grandissant, et qui approche du but longtemps recherché et jamais atteint par les missionnaires occidentaux : un art à la fois vraiment chrétien et tout à fait chinois

. "L'universalité de l'art est enracinée dans les particularismes locaux", explique He Qi. Cela ne veut pas dire donner des visages chinois à des oeuvres européennes, mais d'une part utiliser la tradition chinoise - papiers découpés, peinture paysanne, calligraphie - d'autre part adopter dans leurs oeuvres un contexte se référant explicitement à la vie en Chine. Pour lui, les paysages éthérés traditionnels rappellent l'influence du bouddhisme zen et le rejet de la société en faveur de la nature. Sa technique est nettement influencée par Chagall, Picasso ainsi que par les fresques bouddhistes tibétaines. Ses oeuvres sont colorées et montrent des personnages entourés des éléments de leur vie quotidienne: maisons, habits et mobilier chinois. En outre, He estime que le Christ n'était pas plus Européen que Chinois, si ce n'est par un hasard historique.

Le besoin d'une interprétation réellement chinoise du christianisme saute aux yeux de quiconque pénètre dans une église en Chine: non seulement l'art sacré y est européen, mais il est, dans l'ensemble, de l'espèce la plus médiocre, empreint d'une lourdeur et d'une sentimentalité propres au 19ème siècle. On y trouve un fouillis défraichi de reproductions de la Cène de Léonard de Vinci, de la Pièta de Michel Ange, de Jésus à Gethsémani, de Jésus lavant les pieds de ses disciples, de Brown, etc. Le manque d'argent et le manque de qualité artistique donnent des reproductions de mauvais goût. Dans cet ensemble l'oeuvre dénote heureusement. ses peintures se trouvent plus dans les galeries que dans les églises. Loin d'une imagerie pieuse à l' européenne il cherche à établir un art religieux (chrétien) authentiquement chinois. L'artiste rappelle parfois aux visiteurs étrangers que les Chinois n'ont pas oublié la phrase : "Un chrétien de plus, un Chinois de moins". Mais il se porte en faux contre cette assertion. Pour He, la révolution communiste a permis ce que peu de gens croyaient possible : non seulement le christianisme en Chine a survécu au départ des étrangers, mais il continue de croître. Et par son travail il espère passer à une nouvelle étape : envoyer des artistes chrétiens chinois tels des missionnaires en Occident. Certes la peinture de He n'est pas la plus originale qui soit ; mais on ne peut faire l'impasse sur un artiste qui, dans son approche particulière, représente une des formes de dissidence de l'art matérialisme maoïste.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.