Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Serge Hélies

Mirondella,  
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Serge Hélies

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SERGE HELIES OU LES PORTES DE L’ART

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

La Conciergerie - Une histoire de positionnement (photo S Hélies)
Hélies La Conciergerie
Serge Hélies est un artiste particulier dans le monde de l’art. Il sacrifie souvent sa « signature » au profit de la défense et l’illustration de ses confrères. Il poursuit par ailleurs un travail pédagogique tant auprès de jeunes que de leurs aînés. Tous qui peuvent comprendre les paris de l’art contemporain. Il a fait de la galerie qu’il anime (« La Conciergerie ») un laboratoire d’expérimentations. S’y retrouve installations, exploration sur le multimédia et les nouveaux médiums. Le maître du lieu cherche surtout à présenter de nouvelles propositions d'approches visuelles. Il a inventé diverses stratégies. Par exemple le public soit enjamber un circuit de rails, sur lequel tourne une camér pour découvrir les autres installations. La caméra qui tourne, filme le spectateur et cette image est retransmise en direct dans l’exposition, plaçant le spectateur en tant qu’objet de représentation.

Le lieu devient autant une représentation de la représentation qu’une tribune. S'y pose la question du statut de ce qui est vu et de celui qui voit. L’objectif des œuvres choisies par Helies n’est pas d’attirer esthétiquement le spectateur mais de l’interroger sur sa situation au moment où plusieurs chemins s’ouvrent à lui. Refusant la position frontale et passive du spectateur face à l’œuvre, refusant la notion de beau (qui pour Deleuze reste la plus floue et la plus abusive car la plus subjective) Serge Hélies rappelle par ses travaux comme à travers ceux qu’il propose une idée majeure : il appartient au spectateur d’investir l’œuvre par son imaginaire et de la faire vivre.

L’art rejoint soudain la réalité en introduisant le premier dans l’histoire individuelle de chaque spectateur. Cette approche refuse l’empreinte trompeuse du muséable, elle la remplace par d’autres ruses. L’art s’ouvre et se place au centre d’un désir de voir, de découvrir, d’éprouver ce qui se passe. Bref il n’y a plus rien de passif. Souvent dans les propres œuvres de l’artiste, noir et blanc,  blanc sur noir,  le sol comme l’écran deviennent des échiquiers sur lesquels chacun doit trouver sa place. Mais en même temps sur une même « case » un double jeu, un double je prennent lieu afin de « faire surface » et afin que cette chose étrange qu’est l’art ne soit plus un inconnu ou à l’inverse un sentier balisé.

C’est pourquoi Sege Hélies aime à mêler les opposées et des approches hybrides. Il existe dans son œuvre une suite de labyrinthe tant par les objets proposées que par la démarche (souvent vidéographique)initialisée. Des voies peu à peu se croisent, s’articulent. Il suffit de s’attarder, de s’engager. Entre le corps de l’œuvre et celui du regardeur se crée une interface. L’art devient un champ de réveil et de lézarde. Exit son écrin. Place à notre propre activité, notre destin.

La  distance face au « corps désirable » de l’art fait que soudain et grace à Hélies nous devons le porter sur notre dos. Artiste d’exception, il sait l’encombrement de sa personne et son approche l’exprime. Elle lui permet de rendre compte de la découverte d’un homme et d’un art vivants et comme à l’essai. Hélies sait qu’on ne vit qu’emprunté, que comme une construction de quelque chose qui n’est jamais le moyen de se voir. D’où l’intérêt de son approche et de sa double stratégique créatrice et pédagogique. Elle renouvelle ce sentiment du vivre. Vivre par intermittence de soi à soi, de soi au monde. C’est pourquoi l’artiste refuse de composer des figures de lui-même. Saluons ce courage, cet engagement, cette discipline.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.

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