Artistes de référence
Henri Michaux

Henri Michaux
de Jean-Pierre Martin

Depuis un demi-siècle, Henri Michaux est devenu une figure essentielle de notre paysage esthétique et littéraire. A l'écart des modes et des avant-gardes, son œuvre exerce une sorte de magnétisme. Ses intuitions fulgurantes dans les domaines les plus inattendus de la pensée, du savoir et de la sensibilité ont anticipé la fin des grandes idéologies. Le culte dont il fait aujourd'hui l'objet ne le cède sans doute qu'à celui de Rimbaud, mais avec des effets tout aussi réducteurs. Michaux secret, Michaux barbare, Michaux halluciné. Telle est la vulgate. L'auteur d'Un certain Plume s'est, il est vrai, dérobé à la publicité et aux honneurs. A la fois présent et caché dans ses textes comme dans ses peintures, il était réfractaire à la biographie. Michaux, pourtant, ne fut pas sans corps, sans famille, sans histoire. " Moi je veux voir et vivre ", disait-il, jeune homme. Jusqu'à sa mort, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans, il prit mille fois le bateau et le train, migra d'hôtel en hôtel, aima plusieurs femmes, noua de profondes amitiés, scruta les foules, les animaux et les arbres. C'est avec une curiosité intense qu'en lui le peintre et l'écrivain ne cessèrent d'observer le monde. Parti sur ses traces, Jean-Pierre Martin a enquêté, interrogé des témoins, consulté archives et correspondances inédites. De Namur à Montevideo, de Quito à Knokke-Le Zoute, de Calcutta à Saint-Vaast-la-Hougue, il a visité de nombreux lieux de passage de la comète Michaux, décelant dans l'enfance et l'adolescence belges, dans cette origine détestée, quelques-unes des singularités qui ont façonné un être de fuite. Jetant une nouvelle lumière sur l'œuvre de Michaux, sur ses paysages et ses hantises, cette biographie, la première qui lui soit consacrée, est un essai de réincarnation.
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LA BEAUTE PAR EFFACEMENT
par Jean-Paul Gavard-Perret

Exposition  Henri Michaux, 26 septembre – 13 décembre 2008,
Galerie Didier Devillez, Bruxelles.

Et si Henri Michaux était tout compte fait et contrairement aux idées reçu un plus grand artiste qu’un plus grand poète ? C’est ce que permet d’envisager la plus récente des expositions du créateur. Quitte à sembler un peu dur, on peut se demander ‘en dehors justement des textes sur la peinture et l’art) l’œuvre poétique de l’écrivain belge commence à dater surtout lorsqu’il se laisse aller à cette sorte de lyrisme  voué à métamorphosé les expériences les plus simples en une forme de maniérisme.

On se retrouve mieux et toujours de plain-pied avec les œuvres iconographiques de Michaux. son économie du trait, le dénuement de la ligne et de ses pointes sèches appartient au plus profond du langage de l’artiste qui par son tachisme  écrit et à s'inscrit. Et on n’a pas non plus assez souligné chez lui la poursuite de la lumière, de l'espace et de la couleur.  Encres, huiles, dessins représentent toujours la rencontre instinctive, émotionnelle avec la poésie, une poésie qui chez Michaux ne va pas trouver (c’est un comble) les mots pour se dire mais que seule son œuvre plastique fait surgir au sein d’images  sourdes, profondes primaires ou plutôt fondamentales. Lorsqu’il fut adossé (pour des raisons diverses) au silence, Michaux a su trouver très tôt dans le monde de la peinture, des portes, des lointains qui lui font gagner comme il l’écrit « un autre espace ». Il se trouve soudain ajoute-t-il  « entre l'objet et le reste », il est entre les choses. Et arriver à la peinture revient à  être dedans et dehors.

 Ses peintures, ses encres, ses dessins semblent voués au presque rien, parfois à des griffures, à quelques traits ou encore à un rehaut de couleur à la limite du perceptible. Mais c’est ainsi que Michaux quête le dépouillement jamais éloigné de l’effacement et de la disparition. L’artiste aimait comme il le disait «  peindre jusqu'à la pointe de l'œil et dessiner de la même façon, c'est à dire jusqu'à l'extrême limite ». Seul en effet les limites l’attire et c’est ce qui rend son œuvre picturale toujours passionnante car elle est le fruit d’un travail paradoxal. Michaux pouvait rester devant la surface à peindre ou encrer longtemps, plusieurs jours parfois et soudain, après cette phase contemplative, cela allait très vite. L’artiste ne reprenais jamais un tableau. Le peignait d'un seul coup.

Les 0-plats du peintre viennent de la sorte se caler à leur juste place. Une place qui écrivait-il "est là et pas là".   Plus qu’avec sa propre œuvre écrite, Michaux par sa peinture s’accorde plus particulièrement avec les écrivains du presque silence, du déchirement. Souvenons nous des mots d’Emergences-Résurgences. Dessiner se « limite » à la  perte du lieu et peindre de « rendre le lieu sans lieu, la matière sans matérialité, l’espace sans limitation ». Peut-on imaginer d’ambitions plus grandes à l’art ?

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.