LA BEAUTE PAR EFFACEMENT
par Jean-Paul Gavard-Perret
Exposition Henri Michaux, 26 septembre – 13 décembre 2008,
Galerie Didier Devillez, Bruxelles.
Et si Henri Michaux était tout compte fait et contrairement aux idées reçu un plus grand artiste qu’un plus grand poète ? C’est ce que permet d’envisager la plus récente des expositions du créateur. Quitte à sembler un peu dur, on peut se demander ‘en dehors justement des textes sur la peinture et l’art) l’œuvre poétique de l’écrivain belge commence à dater surtout lorsqu’il se laisse aller à cette sorte de lyrisme voué à métamorphosé les expériences les plus simples en une forme de maniérisme.
On se retrouve mieux et toujours de plain-pied avec les œuvres iconographiques de Michaux. son économie du trait, le dénuement de la ligne et de ses pointes sèches appartient au plus profond du langage de l’artiste qui par son tachisme écrit et à s'inscrit. Et on n’a pas non plus assez souligné chez lui la poursuite de la lumière, de l'espace et de la couleur. Encres, huiles, dessins représentent toujours la rencontre instinctive, émotionnelle avec la poésie, une poésie qui chez Michaux ne va pas trouver (c’est un comble) les mots pour se dire mais que seule son œuvre plastique fait surgir au sein d’images sourdes, profondes primaires ou plutôt fondamentales. Lorsqu’il fut adossé (pour des raisons diverses) au silence, Michaux a su trouver très tôt dans le monde de la peinture, des portes, des lointains qui lui font gagner comme il l’écrit « un autre espace ». Il se trouve soudain ajoute-t-il « entre l'objet et le reste », il est entre les choses. Et arriver à la peinture revient à être dedans et dehors.
Ses peintures, ses encres, ses dessins semblent voués au presque rien, parfois à des griffures, à quelques traits ou encore à un rehaut de couleur à la limite du perceptible. Mais c’est ainsi que Michaux quête le dépouillement jamais éloigné de l’effacement et de la disparition. L’artiste aimait comme il le disait « peindre jusqu'à la pointe de l'œil et dessiner de la même façon, c'est à dire jusqu'à l'extrême limite ». Seul en effet les limites l’attire et c’est ce qui rend son œuvre picturale toujours passionnante car elle est le fruit d’un travail paradoxal. Michaux pouvait rester devant la surface à peindre ou encrer longtemps, plusieurs jours parfois et soudain, après cette phase contemplative, cela allait très vite. L’artiste ne reprenais jamais un tableau. Le peignait d'un seul coup.
Les 0-plats du peintre viennent de la sorte se caler à leur juste place. Une place qui écrivait-il "est là et pas là". Plus qu’avec sa propre œuvre écrite, Michaux par sa peinture s’accorde plus particulièrement avec les écrivains du presque silence, du déchirement. Souvenons nous des mots d’Emergences-Résurgences. Dessiner se « limite » à la perte du lieu et peindre de « rendre le lieu sans lieu, la matière sans matérialité, l’espace sans limitation ». Peut-on imaginer d’ambitions plus grandes à l’art ?
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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