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Toon Hertz


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TOON HERTZ ET LES DERNIERS OUTRAGES

par Jean-Paul Gavard-Perret



Toon Hertz, espace TreeTop, Liège.
« Les sexes ne meurent pas sans laisser de trace »  (Louis Savary).

Dans l’œuvre de Toon Hertz entre le rêve du sexe et le sexe de rêve c’est tout le corps qui bascule. Mais pour atteindre le paroxysme de plaisir l’artiste laisse aux corps qu’il exhibe le temps de se réfléchir. Né en 1967 à Liège, passionné très tôt par le dessin, le destin du futur artiste bascule lorsqu’il se fait électrocuter en touchant la télévision familiale lors de la diffusion d’un film d’épouvante. Cette épreuve le laisse hirsute  durant de longues années. Mais ce n’est pas la seule conséquence « fâcheuse » : l’incident pousse le garçon à entretenir une obsession pour les films de monstres et de science-fiction. Il entre (déjà) en dissidence. Cela s’aggrave avec son goût pour le punk rock et le métal gothique. Le mal est fait. Il ne lui reste plus qu’à s’inscrire aux Beaux-Arts et à découvrir un peu plus tard Photoshop. Il  troque ses crayons et ses feutres contre une souris. Depuis, il n’a de cesse de faire se télescoper l’univers enfantin  (ou presque) et fantastique (idem). 

Sombres et gothiques à souhait ses créatures sourdement et faussement naïves suscitent une irrésistible attention voire une attraction irrépressible. Leurs corps sont des signes noirs (comme  si le sexe avait tout hérité d’un théâtre de la cruauté) mais incandescents. Ces femmes semblent nous baliser depuis la nuit des temps d’où elles sortent. Sous une armure (le sexe dit faible est passé maître ici dans l’art de la parure) les galbes de  chaque créature est roi. Mais seuls les fantasmes les caressent. Ce qui n’empêche pas (qui sait ?) chaque « exhibée » d’atteindre l’orgasme. Et combien d’adeptes des cultes des morts et des mots ne sont-ils pas tombés dans leur « caveaubulaire » lorsqu’il s’agit d’entrer en communication avec le sexe ? Toon Hertz nous rappelle ainsi qu’il ne faut pas compter sur les peintres de l ’indicible pour révéler l’insondable.

L’artiste belge transgresse tout édit de chasteté sans pour autant tomber dans la pornographie. Avec doigté, fausse pudeur il fait dilater les fantasmes bien au-delà du seul spectre du sexe. Sujet inépuisable et objet de passage la sexualité feint d’assouvir le plaisir pour mieux asservir à l’objet du désir. Et si dans l’œuvre l’amour n’est forcément en fuite il n’est pas le souci majeur de ce dessinateur des images virtuelles.  Généralement il est admis que l’amour mythifie et que le sexe mystifie. Mais par les images de Toon Hertz se crée insidieusement un changement. Si le sexe est présent, la tête pour un tel artiste reste importante. Pour preuve la grandeur démesurée qu’elles prennent dans ses dessins. Manière peut-être d’éviter que le coït devienne chaos et qu’une fusion mystique apparaisse là où on ne l’attend pas. 

En regardant de tels dessins on n'est pas loin de penser que la plus belle relation sexuelle est celle qu’on ne peut pas avoir. Et ajoutons pour finir que chez Toon Hertz – en fidélité à un art goth – la danse du sexe demeure des plus macabres. Si bien qu’on se demande si la mort ne s’évertue pas à l’ultime raideur qui lui est dévolue... Toujours est-il que chaque petite mort mérite bien une minute de silence devant les dessins de l’artiste liégeois. Il abandonne  à ses créatures  le soin de balayer nos derniers scrupules. Et  lorsque la nuit s’allume elles secouent les dormeurs en arpentant leurs rêves

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.