Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Monique Hoilly-Andurand

Mirondella
galerie d’art en ligne

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Exposition permanente

Expositions thématiques

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MONIQUE HOILLY-ANDURAND ET LES PASSAGES

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

hoilly-andurandMonique Hoilly-Andurand peint par gestes vifs pour dévider l'écheveau du temps mais afin d’en retenir des instants. Elle peint l’éclat face à tout ce qui enferme. Son corps n'est pas séparé de ses toiles : il est dedans et les œuvres en contiennent jusqu’au parfum. Tout est là: le trop brûlant, le presque impossible.  Quelque chose de violent que l’artiste fait remonter et à laquelle elle donne « corps ». L'émotion qui parfois soude les lèvres se libère. Les formes deviennent les brouhahas du silence, des arpents de lumières colorées, des effusions intérieures. Surgit l’étreinte de l’espace et du temps.  La peinture devient un acte absolu et qui brûle. Reste la nudité lumineuse du rythme des toiles. Elles ne saisissent que la sensation car elles retirent les écorces des apparences. La vie se dresse dans ce que la peinture tord ou caresse. La créatrice fomente des volumes afin que  l' espace soit plus fort que le temps. C’est un parcours initiatique. Le mental et le corps s’insèrent dans la même amplification. Les yeux sont fermés pour la fusion et ouverts pour la complicité.

Chaque toile s’offre avec une évidence sensorielle et possède quelque chose d'âminalité. On se sent bien. Bien et secoué. On se sent traversé. Il y a la force du désir. Les peintures permettent de franchir la frontière du réel, de changer de corps, de lieu, de temps L’expérience est autant existentielle qu’esthétique. Et il faut sans doute voir de telles œuvres dans une salle privée de lumière.  Elles seules doivent être éclairées afin d'en éprouver la puissance. Posées les unes à côté des autres elles forment un mouvement d’ensemble. Surgit un effet étrange :  danse immobile, appel muet vers l’espoir d’un seuil à franchir.

A notre “ aveuglement ”  répond  l’attente exaspérée par un dispositif pictural qui exclut toute position de voyeurisme. Monique Hoilly-Andurand  invite donc à franchir le seuil d’un lieu qui n’est plus à l’extérieur mais dedans. Plus que l’étrangeté explosive apparaît une intériorité. Le décor chavire. Il n’existe plus de place au « cliché ». Se touche donc bien une clameur intérieure, muette et mutante car la créatrice ne duplique pas du semblable, du même. Un monde de structures est atteint. Il nous désaxe de notre assise, de notre sécurité. C’est un pas au-delà autant qu’en deçà. Franchir sa frontière revient donc à accepter de passer la limite de notre ignorance, d’accepter le saut vers ce qui échappe - mais qui est là.

Un paysage “ neuf ” se développe, se convulse dans un espace silencieux vers les défilés de l’inconscient qui ne peut plus “ se défiler ” face à une telle présence. Le seuil du tableau devient la voie d’accès à une jouissance qui fait sourdre des gerbes divergentes de sens. Les formes et les couleurs grouillent comme en formation, en expectative. Par elles Monique Hoilly-Andurand déchiffre le monde en empêchant l’espace - sur lequel nos corps s’appuient - de s’écrouler, de s’abîmer. Sa peinture provoque un retournement. Elle n’est pas pur miroir mais effraction. Ce qui est le contraire d’une évasion : à savoir une invasion, un envahissement. 

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.