Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Marie-Christine Hourdebaigt

Marie-Christine Hourdebaigt


la page Mirondella


Petits trésors de boutis
Francine Nicolle

Comme tous les trésors qui ont dormi plusieurs siècles avant de retrouver la lumière du jour, la broderie au boutis est enfin sortie, pour notre plus grand bonheur, des armoires et des coffres de mariage de part et d'autre du Rhône, à la fin du deuxième millénaire.
L'histoire de la broderie emboutie, prestige de Provence et de Languedoc, se perd dans la nuit des temps. L'époque médiévale en revendique la primeur ; plus tard, sous Louis XIV, le monde des Manufactures, avec ses maîtres d'Art et ses Confréries, va l'ennoblir en apportant la perfection aux gestes de " mise en bosses ". Plus près de nous, des générations de grands-mères provençales ont su, dans leur grande sagesse, préserver ce véritable trésor, fleuron de leurs trousseaux, afin de perpétuer cet héritage avec talent et sensibilité.
Cet ouvrage vous invite à découvrir, au fil des pages, tous les secrets ainsi qu'une quantité de petites astuces pour renouer sans difficulté avec la tradition du vrai boutis, savoir-faire provençal unique au monde. Vous y découvrirez également des broderies particulières et inédites de la petite Camargue : le véritable point dit " de Vauvert ", les " rosettes étoilées " aériennes et le piqué de Marseille tout en courbes et transparence. Illustré de photos magnifiques, l'ouvrage propose, dans l'esprit de l'époque, une foule de petits présents faciles et rapides à exécuter que vous offrirez, tout comme autrefois pour célébrer amour, naissance, amitié... (tableautins, pochettes et sacs décorés, albums, dessus-de-berceau ou de landau, coussins pour alliances...).
Les explications détaillées de chaque fiche ont été conçues pour que vous puissiez à votre tour maîtriser l'art du boutis, tradition populaire qui se doit, pour l'honneur de tous et toutes, de rester bien fait.
» disponible chez Amazon





MARIE-CHRISTINE HOURDEBAIGT : PAYSAGES DU PAYSAGE

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Béarnaise de la banlieue de Pau  Marie-Christine Hourdebaigt fait de ses œuvres et par leur matière même de véritables paysages dont le prétexte premier (paysages réel) s’efface au profit de ce que la matière textile et - bien sûr- l’imaginaire de l’artiste métamorphosent. La créatrice nous fait pénétrer dans un monde des profondeurs plus que de l’apparence. Passant aussi judicieusement que naturellement de l'aquarelle au textile elle a trouvé là le matériau et la technique par lesquels elle peut s’exprimer totalement.
Tissus, cordes, ficelles ou autres matériaux qui impliquent le plus souvent un travail de couture créent un véritable langage plastique. Des paysages coutumiers au décor de l’artiste (« Donibane »  et « Mimizan » ) ou plus exotiques (« Giverny »,  « Venise",  « Africa » ) ou encore lieux de légende («  marais du vieux  chat »,  « petites lisières ») créent des intensités poétiques très fortes. Elles dépassent largement la simple représentation.
Les tourbillons de matières emportent vers des états seconds et presque abstraits. Parfois tout s’agite, parfois sombre dans une étrange quiétude. Restent des séries d’oscillations et de zébrures grenues en ce qui tient de l’énigme au sein de visions insolites. En surgissent des trouvailles  aussi sournoises que traîtres parce qu’inattendues.

Marie-Christine Hourdebaigt aime les consistances gênantes, les sillons, les fractures et l’ « écorce » des images qui refusent le trop lisse. Des excroissances créent des convexités délicates. On peut découvrir l’inattendu, l’invisible dans d’autres matières et créations. L’artiste permet en conséquence de pénétrer dans des paysages inconnus mais qui pourtant nous appartiennent.

Tout devient hallucination par effet de brouillages des formes admises et la matière choisie y est pour beaucoup. Encore faut-il savoir la travailler comme l’artiste est capable de le réaliser. Chaque œuvre sert à penser le monde à travers la matière. Surgissent d’étranges et profondes ornières, de longues allées tordues, volantes dans la « peau » grumelée des tressages et tissages.

Le soyeux et l'ardent sont étouffés parfois afin de jeter le trouble dans la nappe cendrée des choses. Quelques éléments abstraits ou concrets sont isolés. Ils suggèrent le pouvoir de l'air, sa hantise, ses coloris légers, sa poussière, sa diaphanéité.

Oui l'air se trouble. En émerge la puissance de l'étrangeté que Marie-Christine Hourdebaigt impose par son pouvoir du lieu. Surgit l'expérience d'une sorte d'infini dans cette paradoxale proximité du paysage.  Demeure sa « neige », son temps, sa clôture.  Et quel que soit l'envers de l’image  importe peu. Ce qui compte est qu’elle se propage jusqu'au plus intime de soi-même. Nous sommes son survivant(e)s : elle souffle sur les errants que nous demeurons.  L'air se trouble : en émerge le pouvoir de l'étrangeté qu’elle impose par son pouvoir du lieu.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.