MARIE-CHRISTINE HOURDEBAIGT : PAYSAGES DU PAYSAGE
par Jean-Paul Gavard-Perret
Béarnaise de la banlieue de Pau Marie-Christine Hourdebaigt fait de ses œuvres et par leur matière même de véritables paysages dont le prétexte premier (paysages réel) s’efface au profit de ce que la matière textile et - bien sûr- l’imaginaire de l’artiste métamorphosent. La créatrice nous fait pénétrer dans un monde des profondeurs plus que de l’apparence. Passant aussi judicieusement que naturellement de l'aquarelle au textile elle a trouvé là le matériau et la technique par lesquels elle peut s’exprimer totalement.
Tissus, cordes, ficelles ou autres matériaux qui impliquent le plus souvent un travail de couture créent un véritable langage plastique. Des paysages coutumiers au décor de l’artiste (« Donibane » et « Mimizan » ) ou plus exotiques (« Giverny », « Venise", « Africa » ) ou encore lieux de légende (« marais du vieux chat », « petites lisières ») créent des intensités poétiques très fortes. Elles dépassent largement la simple représentation.
Les tourbillons de matières emportent vers des états seconds et presque abstraits. Parfois tout s’agite, parfois sombre dans une étrange quiétude. Restent des séries d’oscillations et de zébrures grenues en ce qui tient de l’énigme au sein de visions insolites. En surgissent des trouvailles aussi sournoises que traîtres parce qu’inattendues.
Marie-Christine Hourdebaigt aime les consistances gênantes, les sillons, les fractures et l’ « écorce » des images qui refusent le trop lisse. Des excroissances créent des convexités délicates. On peut découvrir l’inattendu, l’invisible dans d’autres matières et créations. L’artiste permet en conséquence de pénétrer dans des paysages inconnus mais qui pourtant nous appartiennent.
Tout devient hallucination par effet de brouillages des formes admises et la matière choisie y est pour beaucoup. Encore faut-il savoir la travailler comme l’artiste est capable de le réaliser. Chaque œuvre sert à penser le monde à travers la matière. Surgissent d’étranges et profondes ornières, de longues allées tordues, volantes dans la « peau » grumelée des tressages et tissages.
Le soyeux et l'ardent sont étouffés parfois afin de jeter le trouble dans la nappe cendrée des choses. Quelques éléments abstraits ou concrets sont isolés. Ils suggèrent le pouvoir de l'air, sa hantise, ses coloris légers, sa poussière, sa diaphanéité.
Oui l'air se trouble. En émerge la puissance de l'étrangeté que Marie-Christine Hourdebaigt impose par son pouvoir du lieu. Surgit l'expérience d'une sorte d'infini dans cette paradoxale proximité du paysage. Demeure sa « neige », son temps, sa clôture. Et quel que soit l'envers de l’image importe peu. Ce qui compte est qu’elle se propage jusqu'au plus intime de soi-même. Nous sommes son survivant(e)s : elle souffle sur les errants que nous demeurons. L'air se trouble : en émerge le pouvoir de l'étrangeté qu’elle impose par son pouvoir du lieu.
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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