Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Huang Yong Ping


Huang Yong Ping

Huang Yong Ping

Huang Yong Ping né en 1954 à Xiamen, province de Fujian (Chine). Vit et travaille à Paris

House of Oracles:
A Huang Yong Ping Retrospective

This first monograph to look back over Huang Yong Ping's work to date finally brings the full range of his accomplishments to an international audience. As a contemporary artist in China working with diverse traditions and new and ancient media, Huang has built an artistic universe comprised of provocative installations that challenge the viewer to reconsider everything from the idea of art to national identity to recent history. He was once one of the leading figures of the Xiamen Dada movement--a collective of artists working to create a new Chinese cultural identity by bridging trends in Western modernism with Chinese traditions of Zen and Taoism. He continues to confront established definitions of history and aesthetics with sculptures and installations that draw on the legacies of Joseph Beuys, Arte Povera, and John Cage as well as traditional Chinese art and philosophy, juxtaposing traditional objects, iconic images, and modern references. House of Oracles echoes that blend by binding photographs, essays, and striking sketchbook pages, which are presented with translations of the artist's calligraphy, in a matte soft cover with two facing spines--it opens with the plates on one side and the essays and artist writings on the other.

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Huang Yong Ping : des animaux malades de la peste

par Jean-Paul Gavard-Perret

"Théâtre du Monde" de Huang Yong Ping
H
 uang Yong Ping fait partrie de l’avant-garde qui bouleversa l’art « officiel » de la Chine dans les années quatre-vingt. L’originalité de sa réflexion et la vivacité de sa provocation qui pousse parfois jusqu’à l’absurde est constante. C’est le moyen pour lui de rendre la complexité du réel non seulement chinois mais mondial. En Chine il lui arriva de brûler ses oeuvres en résistance au « réalisme socialiste ». Il se fit  connaître en France par son installation de Marseille intitulée « Trois pas - neuf traces », une installation inspirée par les actes terroristes de Paris en 1995. L’artiste ne cherche pas forcément de grands sujets. Il préfère les emprunts dans la vie quotidienne de l’endroit où il se trouve. Mais pour lui l’intérêt que l’on peut porter à ces événements peut être provisoire. Ce qui compte reste comment traiter un sujet, comment le transformer en oeuvre d’art. Bref comment créer quelque chose qui dépasse cet événement. Mais cet emprunt au réel octroie la possibilité de casser ce qu’on nomme parfois la nécessaire autonomie de l’art.

Huang Yong Ping refuse que l’art évolue en circuit fermé. Il estime à la fois difficile et dangereux de traiter l’actualité sans l’illustrer et sans utiliser le sensationnel de l’événement lui-même. Tout son travail se consacre à ce questionnement expérimental. Le créateur cherche à comprendre comment l’art peut établir des rapports avec la société sans perdre son indépendance.  Du grand bouillonnement des années quatre-vingt restent selon Huang Yong  des créateurs bien plus isolés qu’à l’époque. Toutefois, si l’art actuel en Chine se préoccupe trop de commercialisation, le plasticien  s’interroge toujours sur les manières de créer dans le monde  capitaliste tout en conservant le dialogue avec ce qui s'est passé dans les étapes antérieures. Il essaie de conserver en occident l’esprit d’opposition au pouvoir formé  en Chine et de créer un regard original à partir de cette perspective transculturelle. « Scorpions dans la paume d'une main à Guangzhou en Chine » est un exemple typique de son approche. L'oeuvre met en scène une série d'insectes et de reptiles. Cette  composition a provoqué la colère de militants canadiens pour la  protection des animaux. Toutefois Huang Yong Ping, n’hésite pas  continuer. Dans « théâtre du monde » il expose sauterelles, cafards, tarentules, mille-pattes, lézards, scinques et scorpions, sous un dôme  en forme de carapace de tortue. Il s’agit pour lui de créer un microcosme des conflits mondiaux" qui sévissent entre les hommes. Rappelons que cette pièce avait été censurée lors de l'exposition "Hors Limite" à Beaubourg et seule la Galerie Froment et Putman a eu le courage de la montrer.

Cette censure montre combien on se trompe sur un travail où l’on peut  reconnaître l’influence du Livre des mutations (Yi jing), du bouddhisme Zen, de Wittgenstein et de Foucault. L’artiste a d’ailleurs affirmé « nous devrions combattre l’Occident avec l’Orient et, vice-versa,  l’Orient avec l’Occident”. Pour lui les interactions et les influences réciproques entre des cultures différentes sont très importantes. "Occident" et "Orient", "Moi" et "Autre" ne sont pas des concepts fixes et définis une fois pour toutes. Un artiste (mais il n’est pas le seul) peut les faire changer. Et l’artiste de préciser « Quand j’étais en Chine, j’étais très intéressé par l’Occident en le considérant comme une entité différente de moi et comme une source d’inspiration. A l’inverse, maintenant que je suis en Occident, je parle plus de la Chine ». Combattre l’Occident avec l’Orient signifie  combattre l’euro-centrisme voire l’ethnocentrisme et éviter de  s’enfermer dans un nationalisme élémentaire.

Evidemment, ces préoccupations changent constamment selon les différents contextes. Mais dans le contexte mondialisé de l’art, les clivages ne sont plus ce qu’ils étaient il y a encore quelques décennies. Et si Huang Yong Ping a acquis leur notoriété grâce à l’engouement et à l’engagement des étrangers, il n’est pas étonnant que ce soit un tel artiste qui ouvre la  dialectique entre deux « mondes » jadis opposés en prouvant à l’occident qu’un artiste peut être subversif en dehors de son pays. C’est pourquoi son œuvre demeure une des plus importantes et des plus neuves car des plus "nocives" aux yeux du monde entier. Certes, son travail attise bien des convoitises marchandes. Toutefois l’artiste continue de ne pas  sacrifier à l’argent même si le « buzz » qui entoure son œuvre en fait un acte fondateur pour l’art chinois contemporain plus que la simple vitrine d'un néo futurisme critique.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.