Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Josiane Hubert

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contact : Josiane Hubert


Cent énigmes de la peinture
de Gérard-Julien Salvy

Depuis des siècles, le langage de la peinture est riche en énigmes ou équivoques mystères du modèle ou de la main à laquelle on doit l'oeuvre, incertitude quant à l'identité du sujet, incohérence de sa représentation, contradiction troublante entre le titre du tableau et ce qui est montré, jeux illusionnistes liés aux vertiges du regard et au contenu crypté. Ce livre dévoile cent de ces secrets. Au terme de sa lecture, vous ne regarderez plus les tableaux comme avant!

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ENCRES ET FUSAINS : EXTASES DE JO HUBERT

par Jean-Paul Gavard-Perret

Lavis sur papier de coupe, brou de noix, éosine, encres diverses
dont encre de Chine. Dimensions : 25 x 18,5 cm

josianne hubert
Josiane Hubert aime à se faire appeler Jo. Jo Hub. Afin de mieux brouiller les pistes. Pour effacer en quelque sorte non sa féminité mais le marquage qu’on accorde (parfois encore et trop souvent) au féminin. Pourtant l’artiste ne prend pas de gants pour créer. A l’inverse elle ne cherche pas à provoquer.  Pour la paraphraser « Quand tu me dis « tu », j’entends « vous » et la distance entre nous ne fait que croître. Comme des météores qui se sont croisés un bref instant dans l’espace, nous nous éloignons l’un de l’autre à la vitesse de la lumière ». Mais cette distanciation provoque la rencontre sans ambiguïté, sans jeu de la séduction. En témoigne les écrits comme les fusains et les encres de l’artiste.  Il faut prendre le temps nécessaire pour en saisir le sens. Même si ce sens est celui que le regardeur choisit de leur donner. L’artiste laisse place à la libre interprétation pour nous toucher. Il s’agit là d’une élégance, d’une politesse mais surtout le plus sûr moyen de provoquer des fortes émotions tenaces et qui ne sont pas le fruit d’une simple émotivité de surface.

Les lavis sur papier de coupe, brou de noix, éosine, encres diverses dont l’encre de Chine de l’artiste sont sobrement intitulés « encre 10 », « encre 11 », etc.. Tous sont bourrés d’émotion, de désir et de chaleur. Encres et brou ne sont plus chargés de miasmes. Ils coulent, s’insinuent, s’installent pour que sur la désolation d’un lieu vierge que l’amour a déserté ou ignoré, la matière témoigne d’une vie et d’un orgasme. Et si la propre vie de l’artiste lui a «  appris à douter fortement de la pureté des intentions d’un homme qui porte des gants » elle n’hésite pas à l’inverse à se salir les mains afin de laisser des traces et des germinations. D’où l’attraction que produit son œuvre en ses diverses opérations d’apparitions. Elles représentent des troubles et des pullulements. Josiane Hubert ressuscite des mondes et des êtres  au feu délicieux de ses couleurs et de ses formes. La vie est là. Elle fait peau neuve au sein d’une séduction particulière. Celle qui n’est pas faite que pour plaire, celle qui ne porte pas de gants.

Les encres et les fusains surgissent de l’endroit où s’enchevêtrent les engrenages du monde.. En ce lieu le bruit est assourdissant et l’obscurité implacable. Mais l’artiste lui donne un silence et une visibilité. Et c’est à la peau que s’adressent les images. Il faut être tout contre. Au contact même afin que le sens nous parvienne.  Chaque technique choisie par l’artiste développe son propre poids, sa propre rugosité et ses contractions. Nous pouvons alors ôter nos propres gants face à ce qui se découvre sous formes de défi. Des glissements d’encre, des figurations des fusains surgissent des voix venues de loin en fils conducteurs de couleur ou de noir (mais le noir aussi est une couleur). Les images venues se répandent sur nos existences désabusées. Elles courent au milieu de notre nuit « d’encre ». S’y découvrent d’étranges poupées humaines auxquelles on a fait subir des violences, mais le plus souvent des encres comme des fusains émergent des accentuations d’espérance afin que « le glas des amours (soit) dépassé ».

L’œuvre combat la routine de la vie et du regard. De ses ornières jaillissent des images rares. Elles nous détournent de nos ornières et de nos  œillères. Josiane Hubert secoue notre joug. Elle refuse « le bât d’un modèle de vie » et d’un modèle de vue. Chaque encre, chaque fusain deviennent des rédemptions et les refus de la soumission aux normes étriquées de la médiocrité et de la conformité. L’artiste refuse de créer simplement du bout des doigts comme on parle du bout des lèvres. Il faut que dans sa tête une explosion retentisse. Le voyage de l’art prend alors son départ et ses formes s’esquissent. Parfois plusieurs semaines d’incubation sont nécessaires afin que les plaines de l’extase s’étendent à perdre haleine sur le papier en de folles chevauchées.  Créer est donc bien un acte d’amour. L’œuvre « prend » l’artiste, l’artiste « prend » l’œuvre dans un hymen particulier. L’artiste s’y noie, elle s’y sauve pour nous sauver. Elle ramène à la vue. Elle ramène à la vie. Car pour « Jo » créer et vivre vont de paire. «  L'art est un pont lancé dans l'espoir : celui de rencontrer, à l'autre bout, des êtres en recherche de compréhension de soi-même et des autres » écrit-elle. Et sa vie va de même.

 

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.