Artistes de référence

Robert Hupka


Robert Hupka
1919 - 2001

Né à Vienne en Autriche, il émigre aux USA pour fuir les persécutions des nazis et fait l'essentiel de sa carrière à la CBS Television.

Ce n'est qu'en 1972 que Robert HUPKA songe à publier ses photos. L'attentat contre la PIETA l'a bouleversé. Il sélectionne 150 parmi les plus belles de ses reproductions, et en compose un merveilleux petit livre aujourd'hui disponible chez Amazon.

Depuis l'attentat qu'en 1972 un fou a perpétré contre elle, la PIETA, derrière sa vitre pare-balles, sur son socle élevé, et à plus de 6 mètres des visiteurs, est devenue une sorte de " Beauté inaccessible ".

Le livre et l'exposition de Robert HUPKA la restituent au public comme nul jamais ne pourra plus la voir.



HUPKA "LECTEUR" DE MICHEL ANGE
par Jean-Paul Gavard-Perret

 


Robert Hupka, La Pietà de Michel Ange, Abbaye de Hautecombe, jusqu'au 30 août 2009.

La Grange batelière est un bâtiment construit à la fin du 13ème siècle sur le site de l'Abbaye de Hautecombe enclave italienne en terre française. Il a été entièrement rénové en 2007 par le département pour faire de cet ancien grenier à grains et fourrages dont la partie basse et voûtée servait de hangar à barques, un haut lieu de diffudion culturelle pour le plus grand nombre. Elle permet de donner un écrin rare - qui a lui seul vaut déjà le déplacement - aux oeuvres de Hupka.
Le lien entre le photographe et la Pietà est une longue histoire. C'est surtout une manière, par la photographie, de donner vie au marbre et de révéler la "chair" du chef d'oeuvre de Michel-Ange. L'exposition des épreuves de Robert Hupka suscite une émotion et un ébranlement intenses

Mais revenons en arrière. En 1964 le Vatican expose la Pièta de Michel-Ange à l'occasion de la foire de New York. Robert Hupka était à l'époque ingénieur du son et aussi cameraman car il avait fuit les persécutions nazies pour New York. Il avait été le seul à pouvoir photographier le chef d'orchestre Toscanini et pour cette raison et lors l'exposition américaine il est autorisé à photographier la Pièta sous tous les angles. Des centaines de clichés en ressortent. Les circonstances exceptionnelles dont a bénéficié Robert Hupka lui ont permis de découvrir la Pietà en toute liberté. Séparant des détails corporels du propos même de l'oeuvre le photographe  les fait sortir à la fois sous une sorte de crudité mais aussi parfois d'intimité presque érotique.

Hupka crée dans la perfection du marbre et ses formes accomplies un certain déséquilibre, un certain forage.  La statue n'est plus comme en sa géométrie classique. Le photographe comme dans les géométries modernes, recrée restrictions, ségrégations, modulations de la spatialité originelle. Le sujet  s'éloigne comme pour nous permettre de nous interroger sur le sens même de l'oeuvre. Ne retenant parfois qu'un morceau du visage, un sillon d'un bras ou une démarcation en profondeur, Hupka devient le sujet agissant de l'oeuvre. Ces clichés sont autant de morceaux choisis  à la recherche non de l'insolite mais de l'insondable en ce qui tient d'une traque et d'une dérive.

L'oeuvre de Michel Ange y prend une dimension exponentielle. Du magma marmoréen émerge la vision d'une vie secrète où l'opulence des chairs et de la lumière jouxte la précarité de l'existence fut-elle divine. Le corps y est montré non seulement comme partie intégrante de la structure architecturale mais devient le paysage d'émotions insondables que le jeune Michel Ange (il n'avait que 24 ans lors de la réalisation de ce chef d'oeuvre) créa pour suggérer l'ambiguïté d'un destin qui dévore sans laisser place à beaucoup de liberté. La Pietà n'est plus una statue, elle devient une histoire de solitudes, de peaux et de chairs à coeur ouvert.  Au pays des essences pures et de la perfection classique le cercle de l'absence s'inscrit dans les corps à ciel ouvert. Chaque cliché devient un instant ciselé dans la blancheur du marbre, de la lumière et du temps.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.