Artistes de référence

Jacques Barry


Né en 1943 à Limoges, Jacques Barry vit et travaille à Paris et à Saint-Etienne où il est professeur à l’Ecole des Beaux-Arts. Il peint des silhouettes, animaux, objets, maisons, personnages nus ou Indiens à cheval dont il ne reste sur la toile que la masse étalée par le biais d’une matière souvent épaisse et qui se détache fortement sur un fond uniforme. Les couleurs parcimonieuses, utilisées deux par deux, sont franches et énergiques alors que sur les sujets représentés se perchent parfois des ajouts incongrus, poules, fleurs, pleins d’humour et qui donnent à l’ensemble une saveur poétique conforme à la vision du monde de l’artiste. Jacques Barry est un habitué de l’édition, il a contribué à plusieurs petits ouvrages qui accompagnent son œuvre ; il aime voyager, notamment dans les pays de soleil dont il rapporte impressions et croquis qui nourrissent son travail.

Jacques Barry : le site

 

Kilo de plomb, kilo de plume :
La peinture de Jacques Barry

de Jean-Joseph Goux

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Jacques Barry : la peinture "OTIS".

par Jean-Paul Gavard-Perret

Jacques Barry, « En promenade avec un chien d’avalanche », A.del Gallery, Lyon, du 4 novembre au 13 décembre.

L’erreur de certains peintres est souvent de se prendre pour des métaphysiciens comme si l'art plastique devenait une science qui cherchait ses preuves non en son dedans mais au dehors. Ils font de la peinture une “ vue de l’esprit ” alors qu’elle ne peut être que ce qu’en “ montre ” Jacques Barry. A savoir une affaire de lignes et d’affect, de couleurs sans nuance et de silhouettes vives dont l’éveil est ni enluminure, ni rosaire mais mise sous tension. Barry n'est donc pas un métaphysicien raté mais un véritable “ poète ” qui réussit parce qu’il congestionne ses hommes d’intensité paradoxale. Ses hommes “ de couleurs ” représentent un éveils des eaux dormantes, éveil étrange car il est fait d’ouvertures mais aussi de retenues comme si leurs têtes au menton proéminent étaient nourries de rêves carrés que la raison parfume. Cette odeur n’est pas celle de la sainteté mais celle des aisselles d’un bras manipulateur qui les maintient dans des postures résolument altières. Ecrasant les fausses perspectives (dans une postulation que Bram van Velde avait souligné en affirmant “ ce que j’aime dans la poésie c’est que c’est plat ” ), par la “ platitude ” - et non par la feinte d’une perspective en trompe l’oeil de lignes de fuites qui portent bien leurs noms - tout passe. On entre dans le corps et jusque dans sa dimension sociale autant que sexuelle par horizontalité. La verticalité de l’homme engendre donc cette autre perspective et un équilibre particulier. A la superbe s’oppose un raidissement programmé. Sans visages, les hommes s’embarquent sur des promesses dont la pompe de cale est une chimère à bras. Tous représentent – sans mot dire, sans que rien ne soit clairement montré - une accumulation de catastrophes désamorcées. On peut alors parler de peinture “ Otis ” : entendons par là l’apparition d’un ascenseur pour l'échafaud dont le peintre n’a pas coupé les câbles. Volumes homogènes et motifs, les hommes debout joue sur toutes les ambiguïtés des oppositions binaires : cause/effet, essence/apparence. Barry pratique de la sorte la “ dissémination ” chère à Derrida : chaque oeuvre introduit le leurre dans le leurre par le chiasme ou la césure des silhouettes égarées et écrasées dans un univers déserts où ils sont accrochés comme nous. Regardons-les, apprenons à les voir : ce sont nos semblables, nos frères.

 

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.