Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Jacki Maréchal


Jacki Maréchal

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Jacki Maréchal : le site


Les images osent à peine se poser à la surface. On distingue les traits, les faits demeurent presque imperceptibles avant de s'amasser peu à peu à travers les destins croisés de deux peintres (Gauguin, Hooper) afin qu'un troisième apparaisse. Il y aura donc juste ces images qui découvrent mais ne montrent pas, qui lancent, par la bande, une sarabande.

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Jacki Maréchal et la hantise de l'espace.

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Jacki Maréchal, Les Clarines, 7630 Le Chatelard du 17 décembre 2008 au 8 mars 2009.

jacki maréchalJacki Marechal ne cherche pas le tour de force du virtuose. Sa peinture n’est pas cette d’un acrobate qui cherche à perfectionner un numéro de haute voltige. L’artiste tente simplement d'éclairer ce qui est vrai dans l'acte de peindre comme si à travers les coulées, les griffures il fallait revenir aux principes essentiels qui ont forgé le langage humain. Dans ses toiles il n'existe jamais de remplissage. La couleur s'affiche lorsque le besoin s'en fait sentir par nappes ou par lignes. Le "dessin" n'y est ni cerne, ni cloison. Dans toutes les séries de toiles ( si différentes soient-elles quant à leur couleur de base, bleu, rouge, noir, blanc ou gris) ) il n'existe pas de tache à accomplir, de travail besogneux. La peinture c'est le plaisir. Ou si l'on veut la réflexion et la jouissance qu'un tel travail procure à l'artiste qui le conçoit.

Chez lui le dessin garde toute sa liberté et permet à la couleur de préserver aussi la sienne. Chacun élément cohabite sereinement avec les autres : pendant que la couleur produit une profondeur, le dessin, le graphisme décrivent des trajectoires secrètes sur une sorte de peau, un peau faite de plusieurs couches de matière colorée et selon une technique qui est propre à l'artiste. Ses oeuvres donnent une idée à la fois de souplesse et d'épaisseur, de rêve et de réalité, d’abstraction et de figuration. L'œil de Marechal instille sa précision « déréglante » à la main afin de lui faire décrire des courbes dont le changement d'intensité, de vitesse, de volumes produisent cette peinture de signes héritière sans doute pour une part des "drippings" de Pollock mais qui explore d'autre manière l'action et la manière de peindre.

Se devinent chez l’artiste l'acuité visuelle et le plaisir du geste de caresse. Celui-ci n'est jamais un tic nerveux qui - en particulier chez les faux calligraphes - ne donne qu'un débordement mécanique de l'ivresse sur commande. Ici et à l'inverse Maréchal ne confond pas vitesse et précipitation. D'où la fraîcheur, la "respiration" des tableaux en leur expansion contrôlée de la matière colorée sur la toile.. L'épaisseur s’y fait ambiguë et en constitue le prix. Nulle saturation, nulle évidence, nul poids : reste toujours une sorte de liberté et de respiration : la matière ne bloque pas tout. Et la peinture tient ses promesse, demeure riche d'un nouveau départ. En faisant rentrer le discontinu dans le monde continu du tableau, sa situation change. A nous de rentrer dans le dialogue de la peinture dont nous subissons la douce violence d'assomption de la présence. Tout est là et il suffit d'effleurer la toile au bon endroit pour que sa peau s'ouvre et rende tout visible. La moindre tache piège le réel et se nourrit, comme elle le nourrit de l'expérience d'un vécu qui a généré pas à pas l'œuvre.

On sent qu'un réel est là. Ce est le lieu d'action du peintre. Mais ce que fait l’œil du peintre est moins de fabriquer un tableau que de le (conce)voir (voir ce qui se passe sur la toile) afin que, en contre coup, nous voyons autrement pour faire de ce qui émerge une vérité . Il existe donc chez Jacki Marechal des étapes, des "stations" pas forcément d'un calvaire mais plutôt de cette assomption citée plus haut. L’artiste s'éloigne du convenu par le pouvoir à la fois raisonné et irraisonnable de son regard. En contemplant sa toile pour qu’elle avance il ne regarde que nous à travers des interstices laissés pour que l’espace respire et la lumière passe..

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.