Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Valérie Jayat

Valérie JAYAT



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Contrats du monde de l'art
de Véronique Chambaud.

Cet ouvrage rassemble les contrats et accords essentiels dont un artiste a besoin tout au long de sa carrière... ... » la suite


Pourquoi ces chefs-d'oeuvre
sont-ils des chefs-d'oeuvre ?

de Alexandra Favre et Jean-Pierre Winter

Pourquoi Guernica de Picasso et La Laitière de Vermeer sont-ils célèbres au point d'être immédiatement identifiables par tous ? Outre leur valeur artistique, de nombreux facteurs jouent dans la popularité des chefs-d'oeuvre de l'art occidental. Au-delà de l'histoire et des faitsc ce sont aussi des chefs-d'oeuvre parce qu'ils exercent sur nous une fascination inconsciente.

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LES ECORCHÉS VERTICAUX ou LES MONDES PARALLELES DE VALERIE JAYAT

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Les personnages scénarisés avec humour par Valérie Jayat vivent dans un étrange monde. D'autant plus étrange qu'il semble proche du nôtre. Même dans leur rencontre tout se difracte : les corps sont plus parallèles qu'en réelle communication. Chacun est dans sa bulle. Ou son œuf. Ils en sortent parfois en vagues vagues majuscules presque nonsensiques ou absurdes. Où leurs actions les mènent-ils ? On ne le sait pas vraiment. L'artiste elle-même le sait-elle ? Ne préfèrent-elles pas plutôt s'en amuser ? Dans ses vignettes elle poursuit son voyage, invente une fausse naïveté.

La souffrance ou le plaisir procède par touches magnétiques. L'artiste les incise en sismographe déréglée. Elle invente en conséquence des portraits en déséquilibre compensé. Parfois ils glissent Parfois ils ont des gestes de statues nègres. Toujours est-il que leur « je » est incertain. Mais il semble conjurer l'illusion des « Tu » mordant et leur attirance. Il se peut même que, lorsque la lumière se retire des toiles, les personnages ressemblent à des ruelles où miaulent d'impossibles chats.

Valérie Jayat jette le doute sur le réel. Avec élégance et ironie elle semble assez dure quoique parfois apitoyée sur des silhouettes aux voluptés mécaniques. Leur masque veut habiter leur visage et dans leur prison d'espace il se peut que leur temps soit compté. Pourtant de tels écorchés rêvent de la vitesse des flèches sans curare. Leur pensée claque – drapeau au vent – mais on ne peut en dire où les mènent leur réflexion ou leur songe.

Le jeu des lignes que l'artiste crée laisse apparaître des êtres aux signes souvent bifides. On se demande comment ils peuvent progresser – car ils progressent malgré tout – en dehors de la solitude. Leurs mains tournent autour des spectres (poêle à frire, crêpe plus ou moins bretonne, gibier d'eaux) ce qui ne les empêchent pas de vivre – au besoin – des insomnies heureuses. L'artiste réinvente pour eux la naïveté que l'on accorde aux temps anciens. Elle imagine presque (le presque est important) des rencontres idéales où se cambrerait le dos d'amants. Pas question pour autant de rencontrer dans l'œuvre des buveurs d'alcôves et de mues drapées.

Reste cette confrontation drôle avec l'absurde. Mais il ne l'est pas tant que ça. Aux temps préhistoriques Valérie Jayat aurait gravé des signes acerbes sur les falaises calcaires. Aujourd'hui elle griffe sur d'autres supports l'humour. Il met en scène le cynisme lorsqu'il se débat avec une certaine indifférence. Des femmes semblent accompagner de vagues gangsters d'opérette, des harceleurs mimant l'amour, des mères de vinaigres voire des pères sévères. Pour autant elles ne se font aucune illusion. Pas de quoi pour autant miner leur moral. Quelque chose suit son cours. Et ce n'est déjà pas si mal. Elles brossent leur poussière d'être puis écoutent la sève à leurs oreilles en vivant pour le baiser qu'elles ne recevront jamais. A leur côté absent un écorché allume une cigarette. L'une est un point l'autre une ligne. Les deux comme toute l'humanité animée par la créatrice voyagent à vue.


Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

 

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.