Jérôme BOUTTERIN ; compositions
par Jean-Paul Gavard-Perret Jérôme BOUTTERIN, « Aus der La main »,
du 1er mai au 20 juin,
Galerie Andrieu, Christburgerstr. 25, 10405 Berlin,

Jérôme Boutterin
Rose 04, Oil on canvas, 2008, 200 x 160 cm
Jérôme Boutterin est né 1960, il vit et travaille à Paris.. C’est sans doute un des peintres français les plus importants du moment . Il a déjà exposé entre autre à New Work ( galerie Rose Burlingham Contemporary Watercolor), en Allemagne (Malerei, Städtische Galerie Waldkraiburg), en Belgique ‘Taché-Lévy Gallery, Bruxelles) à Zagreb ( Galeriia Forum) et bien sûr en France. Boutterin se méfie de la peinture mais pour autant pourtant refuse de s’en écarter. Il se bat avec elle au sein d’une sorte d’abstraction héroïque, où le geste spontané et direct prend tout son sens. Une puissance du « overall » illimité et toujours présent dans ce qui représente pourtant une rupture dans la simulation et la recherche d’une peinture autonome qui cherche un sens entre l´abstraction et une réalité retrouvée. Par son approche Boutterin dissèque les éléments de base de la peinture afin d’en dompter la violence. Il poursuit ainsi les recherche sur les possibilités de l´image abstraite dans un ensemble où le « hasard » (programmé) organise les différents éléments pour former un ensemble nouveau et surprenant, avec une souveraine légèreté.
Adepte depuis un certain temps des «Monochromes», il utilise une couleur non mélangée mais ses toiles restent profondément novatrices et n’ont rien à voir avec ce qu’on entend par ce terme en tant que surface unie et monochrome.
La composition apparemment intacte se révèle être un réseau complexe et fragmenté d´abréviations. Elle crée divers types d’associations d’images ininterrompues. «Mailles» ou «Monochromes» surprennent par la simplicité provocante de leur compositions sensuelles déroutantes tandis que l´aspect systématique de la trame engendre des zones de perturbation. L’apparente spontanéité du geste se trouve doublée d´un acte de composition réfléchi au sein d’un équilibre parfait entre hasard et calcul fruit d’une recherche de plus de vingt ans. Les lignes sensuelles mais aussitôt cassées créent une érotique et une conduite de deuil où s'agrippe l'œil. "Discours" en acte de l'intelligence et du geste la peinture nous porte vers un lieu de plaisir-douleur (puisque comme le dit Lacan c'est toujours dans la peine que nous jouissons). Existe dans cette œuvre rare un battement sourd de mesure et de démesure au sein de mailles substantielles que le devenir de l'oeuvre incorpore dans une peinture à fleur de peau. L'œil parcours un espace inédit par lequel nous évaluons, à travers la peinture, nos forces, nos faiblesses, notre violence, notre envie.
Le rapt d'une telle peinture - où s’allonge le geste sur lequel l’attention doit porter et par sa prise par le ventre et l'esprit - crée l'impossible, dans le contour et le centre. A travers le passage des maillages l’œuvre ouvre divers plans de sous-sols là où existerait la tombée de l'inhibition capitale. L'abstraction devient substance, conduite forcée, aller sans retour Surgissent aussi un fond, un bruit, un fluide, un flux. Appelons cela l'oxygène de la peinture - mais aussi son azote. Sa valeur ajoutée. En elle tù tout se joue et où à notre tour il s'agit de trouver l'équilibre entre le corps de la peinture et celui de l'être au sein d'une "partition" troublante.
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
|


