Artistes de référence

Jocelyne Artigue


"la photographie, une suite de coincidences merveilleuses."

"quand je voyage ,je regarde ce qu'on me montre et je photographie à côté."

Henri Cartier-B resson

 

Jocelyne Artigue

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©photo Jocelyne Artigue


Jocelyne Artigue : souffler n'est pas jouer

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Jocelyne Artigue parvient (chose rare) à retourner nos attentes les plus lourdes et lancinantes. Elle permet de franchir la frontière interne de l’être, bref ce que l’on redoute de traverser, de transgresser et que les couleurs et les lignes de ses photographies mettent devant notre conscience, notre inconscient et notre regard.

Quelque chose se découvre : notre propre être est dénudé là. Mais tout narcissisme se quitte parce que une telle photographe ignore elle-même l’hypertrophie du moi Elle possède le mérite de décaper le miroir de l'autosatisfaction : l’autre (l’exclu) devient nous-mêmes à l’intérieur de sa frontière. Et soudain le rapport à l'altérité provoque un autre passage que celui – obligé - du désir. Nous sommes en quelque sorte extrait de la pure illusion et de la simple la transgression. Le seuil d’immobilité devient une barrière qu’il nous faut traverser puisqu’on n’a pas de choix. Demeure un espace clos/ouvert où dans le silence, les photographies règlent les comptes du sujet, de son désir et de son refoulement.

La photographie fait coupure et rétention. Tout nous retient, tout nous échappe : à notre tour nous sommes seuls dans une inavouable communauté dont nous devenons partie prenante. Nous nous trouvons en expectative, dans l’espoir d’une levée d'écrous loin de tout fantasme. Jocelyne Artigue propose une effraction concrète.

Ses photos ne sont plus de purs miroirs mais des scissures - ce qui est le contraire d’une évasion : à savoir une invasion, un envahissement. Et cde parce que l’artiste témoigne d’abord de ce qui est (un port, une simple fleur, un monument). Mais elle ouvre, porte, donne consistance non au corps ou au réel, non à la chose elle-même mais à sa fiction. Que va-t-il se passer ? Surgit l’incarnation d’une descente jusqu’aux verts paradis. Le corps glorieux du monde - l’inverse de celui des mystiques- devient le lieu où se perdre. “ Absent ”, hors champ, le corps de la photographe est là : il fait passer du gisant au jouissant . Cela revient non à finir dans le décor mais, à travers lui, de redécouvrir qui nous sommes aux rayons d'un mince soleil d'hiver sur l’Irlande. Il s'agit d’empreintes au fond de l’ogive de l’image là où la pensée manque de prise et devient la battement sourd d’une porte dérobée .

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.