ILOA : LE ROUGE POUR TOUT« DIRE »
par Jean-Paul Gavard-Perret
Iloa est faite pour le rouge. Dans cette couleur et ses dégradés l’artiste donne toute la force de son émotion. Elle doit en faire son unique territoire, sa chasse gardée. De cette couleur émergent de nouvelles métamorphoses, un passage inédit à travers lequel l’artiste peut continuer de fouiller sans fin. Le rouge lui permet des reprises et des variations et il élimine le « per ornamento ». A travers lui la créatrice va vers quelque chose de plus puissant et, de caché. De quelque chose de l’ordre de l’organique. L’artiste l’éprouve inconsciemment.
Dans la souveraineté du rouge et de ses variations une circulation et un flux de métamorphoses prennent forme. Iloa y trouve des potentialités de substances comme de langage. Cette couleur consume le vernis des apparences et il ouvre à une paradoxale transparence. Il ne laisse rien perdre de l’absence – ou de la présence - qu’il retient. D’autant que sa puissance symbolique résonne comme un réveil et appelle à la fusion. Il avale l’ombre et le corps. Il le creuse jusqu’au sang.
L’art d’Iloa naît donc du rouge et de l’abstraction. Ces éléments ouvrent sa peinture à un territoire en devenir. L’artiste y exerce son regard. Ce rouge nie la neige, retourne les terres noires. Il devient l’approche d’une nudité brûlante. Il épouse l’angoisse du vivant de manière fébrile et lumineuse. Le mouvement de la peinture est donc rouge comme le regard dans l’amour lorsque la bûche croulante se donne à sa fin et que le lumière se décompose entre le jour et la nuit. Il donne au temps une ténuité et une éternité. Il porte le feu et fait de la peinture une combustion étrange. Son intimité dilate en une belle impudeur que la pudeur de l’abstraction retient.
Ce rouge devient l’eau profonde du corps et de l’âme qui parfois peut s’y noyer. Plus tard peut-être l’artiste changera de couleur. Mais pour l’heure le rouge est là pour découper le temps, déplier l’aube en divers pans. De ce sang là on meurt et on vit. Rouge de la déchirure, de l’hémorragie et de l’enfantement. Le rouge pour tout dire, pour conjurer la mort et qui permet d’accoucher dont on ne sait quelle chimère. Il donne du repère et permet de saisir ce qui ne pourrait autrement se dire, se montrer. Il reste le nécessaire intrus qui scanne la pénombre. En ses variations et ses appliques le monde n’est plus un songe mais une autre forme de réalité.
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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