Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Nathalie Jourdan

Mirondella,  
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UN ÉTÉ A LA RENVERSE : LES "STRIPTEASES" DE NATHALIE JOURDAN

par Jean-Paul Gavard-Perret


Jourdan NathalieClarté,  acidité, humour, on ne pense plus. Le corps est bien décelé mais dans de drôles d'envergures dans un drôle de zénith. Il faut faire le deuil d'un certain classicisme pour de bien belles grimaces. Les figures trouvent d'autres lignes afin que se quittent nos belles certitudes. On perd le cours du réel, se traverse sa rue mais pas forcément pour le contourner.
Nathalie Jourdan devient rédemptrice et complice de nos torsions. Doucement nous coulons, nous nous laissons prendre. L'artiste nous fait quitter la berge de la réalité pour nous couler dans ses dérives mais aussi nous installer sur  d'autres rives. Les couleurs changent. Les formes aussi. Il y a des carotides saillantes, les sourires sont en pénombre. Quoi de mieux pour métamorphoser le monde ? On peut appeler cela le pas au-delà de la peinture.
A cela une raison : le rythme que l'artiste impose à ses créations. Chaque image est une danse - surgissent même parfois des instruments de musique pour le souligner. Un pas en avant, un pas en arrière. Le pas qui se dérobe pour que la peinture dévoile, mette à nu. Le rythme des scansions visuelles nous rêve parce nous-mêmes nous sommes rêvés et lorsque nous nous réveillons nous nous  surprenons nous-mêmes à regarder de telles œuvres comme nos semblables, nos sœurs. Le pas  de la peinture, son rythme est accentué par ce qui s’étend. L’être créé Nathalie Jourdan est dedans et disparaît complètement.
A  sa façon l’artiste épuise le réel et ce dernier y laisse forcément des plumes. Elle le met en état d’abandon pour qu'il refasse surface autrement. Sa peinture devient non son espace de défection mais  celui de son dégazage dans le vertige des apparitions qui cassent nos vieilles façons de voir les belles femmes comme les vieux cons.
Un souffle monte sans cesse dans les ingrédients trop rares dans l'art que sont le décalage et l'humour - à moins que de la peinture on passe aux techniques dites mineures de la bande dessinée en ses strips. Nathalie Jourdan quitte cependant si on ose dire le "strip" pour le "tease" puisqu'il s'agit pour elle de dénuder les apparences en jouant autant d'une forme de sensualité que de dérision.
Il convient de se laisser immerger en cette danse sur place dont l'artiste multiplie les passes. Elle rend le monde plus poreux et apparemment plus léger. Mais ne nous trompons pas demeure une gravité. Elle est cachée mais elle est là sous la tendresse de l'humour. Cette tendresse, même sous l'effet de distorsions des apparences, est tendue comme une peau de caisse claire pour y faire passer des vibrations.
Alors tout est possible en des séries de désarticulations, de contradictions motrices. Le corps enseveli sort de lui-même, se met en état de marche. La peinture n’est donc plus une question de regard mais de marche. Elle réactive le sang des images, elle en modifie le langage.
L’ancrage et la colorisation est dans le pas de danse, le pas de deux contre le même. L’invention est dans le morceau de musique interne qui cette peinture induit. Tout est dans le poids, la densité de la chair qui imprime par les muscles le pas. Le poids ainsi est rendu tactile, la peinture est  affaire de densité, de « dansité ».  Et il n'est pas jusqu'à une façon de ralentir le pas de devenir une manière d’accélérer la montée de l’image et de ce qu’il en pleut en couleurs vives et ailées au sein d'un double rythme, d'un déploiement de contrastes. C’est ainsi par la résurrection du mort, de l’immobile que la peinture travaille.

 

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.